Près de 116 000 réunionnais concernés :

Illettrisme et analphabétisme : un quotidien compliqué


Publié / Actualisé
Ce mercredi 4 septembre 2019 ont été présentées les journées d'action contre l'illettrisme en France. Elles vont se tenir du dimanche 8 septembre au dimanche 15 septembre 2019. La préfecture, la région, le département et le rectorat ont présenté les actions à mener localement en préfecture. La Réunion se trouve en première ligne face à ce problème sociétal : près de 116 000 réunionnais seraient concernés. Comment concilier son quotidien quand on est illettré ou analphabète? Imaz Press s'est penché sur la question...
Ce mercredi 4 septembre 2019 ont été présentées les journées d'action contre l'illettrisme en France. Elles vont se tenir du dimanche 8 septembre au dimanche 15 septembre 2019. La préfecture, la région, le département et le rectorat ont présenté les actions à mener localement en préfecture. La Réunion se trouve en première ligne face à ce problème sociétal : près de 116 000 réunionnais seraient concernés. Comment concilier son quotidien quand on est illettré ou analphabète? Imaz Press s'est penché sur la question...

Ce mercredi 4 septembre 2019, une quinzaine de personnes lisent à l’unisson et à voix haute une phrase écrite sur le tableau blanc. Les mots sont hésitants, peu assurés mais sont appliqués. Le petit local de l’association des maisons de la famille de La Réunion-école des parents et des éducateurs (Amafar-ese) est plein à craquer.

A raison de deux fois par semaines, durant trois heures, ces adultes viennent apprendre les rudiments de la lecture, de l’écriture, du calcul et de l’informatique dans le quartier des Camélias. Certains sont illettrés, d’autres analphabètes.

Louis Caron, 65 ans fait partie de la classe. Il se montre très fier de son cahier d’écriture. Il raconte : "je suis allé à l’école, maternelle, primaire, mais à 8 ans j’ai dû arrêter l’école pour m’occuper de mes frères et sœurs. Alors je sais compter, je sais comment écrire mais je ne sais pas ce que j’écris et je ne sais pas lire."

Malgré ses difficultés, il a été cuisinier pendant 42 ans au sein d’une banque réunionnaise. "ça me gênait un peu dans mon travail de ne pas savoir lire et écrire mais j’ai appris à cuisiner depuis enfant chez moi." Louis s’est inscrit aux cours de l’association "pour ne plus demander s’il-vous-plaît, pour ne plus être obligé de demander à mes enfants d’envoyer un papier ou de lire un relevé."

Besoin d’autonomie

Mahefa Andria est formatrice, accompagnatrice socio-professionnelle, référente alphabétisation famille et des cases à lire pour l’association Amafar-ese. Depuis 2014, elle apprend patiemment à ses élèves les rudiments du français, des mathématiques et de l’informatique.

Ses explications sont imagées. Pour enseigner du vocabulaire, elle donne à voir à ses élèves. Ces derniers le lui rendent bien, se montrent appliqués, impliqués et studieux. L’objectif de l’association est, à terme, de donner de l’autonomie à ces adultes illettrés comme analphabètes. Regardez.

Difficultés du quotidien

On ne se rend pas forcément compte des problèmes engendrés par l’illettrisme et l’analphabétisme dans la vie de tous les jours. Pourtant, ils sont très concrets. Louis Caron raconte : "à l’époque, dans les petites boutiques, chaque article avait son prix devant lui. De nos jours, dans les rayons des grandes surfaces, les prix sont sur des grands panneaux. Je suis obligé de demander aux gens de me dire quel est le prix pour tel ou tel article."

Il poursuit : "je conduis, j’ai le permis. Avec les nouveaux parcmètres de Saint-Denis, il faut taper le numéro de la plaque d’immatriculation, rentrer plein de choses dans la machine. Je préfère descendre au Chaudron, prendre le bus pour aller au centre-ville plutôt que d’utiliser les parcmètres."

Un examen de code spécial

Louis Caron est le seul, ce jour là dans la classe, à détenir son permis de conduire. Cela n’a pas été simple. "J’ai passé deux fois le code. A l’époque, on pratiquait le code sur des diapositives et sur des cassettes-vidéos, j’écoutais bien les questions et je l’ai eu."

Passer le code de la route n’est pas une mince affaire, même pour ceux qui maîtrisent la lecture et l’écriture. Certaines auto-écoles offrent des formations spécifiques aux illettrés. C’est le cas de l’auto-école gérée par Claude Moinard à Saint-Denis. Il propose des "formations personnalisées et adaptées selon ses élèves. Tous les samedis matins, durant trois heures, j’accueille une quinzaine d’élèves en situation d’illettrisme, je leur apprends des mots, des notions, je leur donne des explications complémentaires. Oui, cela coûte un peu plus cher : 150 euros pour trois mois de code au lieu de 90 euros pour trois mois pour une formation dite classique".

Claude Moinard poursuit : "il existe un examen du code adapté aux illettrés, ils bénéficient d’une double lecture des questions et de temps supplémentaires pour y répondre."

Selon les chiffres de l’INSEE datés de 2012, 23% de la population réunionnaise âgée de 16 à 65 ans serait illettrée.

On parle d’illettrisme quand une personne, malgré sa scolarisation en France, n’a pas acquis les fondamentaux en matière de lecture, écriture, calcul afin d’être autonome dans les situations simples de la vie courante. L’analphabétisme désigne une personne qui n’a jamais été scolarisée, elle ne possède aucune base de connaissances.

lp/www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

école gratuite, depuis son mobile, Posté
La France offre l'instruction de 3 ans à 16 ans , elle paye des professeurs , elle offre les petits déjeuners, et on a encore des illettrés . Le problème est ailleurs mais chut pas le droit de le dire.