Une situation qui stagne depuis des années :

"L'illettrisme peut tuer" : plus d'un Réunionnais sur cinq concerné


Publié / Actualisé
23% des Réunionnais sont en situation d'illettrisme. C'est le dernier constat - alarmant - relevé par l'INSEE en 2012 et qui ne bouge pas depuis 30 ans. Chez les jeunes le taux est 14,8%... contre 3,6% en métropole. Une différence qui fait froid dans le dos. Plus que jamais, la lutte contre l'illettrisme "est une priorité" déclamaient de concert la préfecture, le département, la région et le rectorat ce mercredi 4 septembre, alors que s'ouvrent les journées nationales d'action contre l'illettrisme du 8 au 15 septembre. Si les constats et les prises de conscience sont au rendez-vous, obtenir de vrais résultats est un défi aujourd'hui. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
23% des Réunionnais sont en situation d'illettrisme. C'est le dernier constat - alarmant - relevé par l'INSEE en 2012 et qui ne bouge pas depuis 30 ans. Chez les jeunes le taux est 14,8%... contre 3,6% en métropole. Une différence qui fait froid dans le dos. Plus que jamais, la lutte contre l'illettrisme "est une priorité" déclamaient de concert la préfecture, le département, la région et le rectorat ce mercredi 4 septembre, alors que s'ouvrent les journées nationales d'action contre l'illettrisme du 8 au 15 septembre. Si les constats et les prises de conscience sont au rendez-vous, obtenir de vrais résultats est un défi aujourd'hui. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Les chiffres stagnent… tristement. Aujourd'hui on estime que 116.000 Réunionnais sont en situation d'illettrisme, ce qui représente 23% de la population. Le même chiffre qui revient inlassablement. Alain Armand, vice-président du Conseil départemental a souhaité le souligner ce mercredi 4 septembre lors d'une réunion entre la préfecture, le département, la région, le rectorat et les associations. "Il faut l'admettre : on y arrive pas. Comment peut-on mettre autant de moyens et obtenir aussi peu de résultats ?"

Ces moyens ne sont pas la panacée non plus selon certaines associations réunies autour de la table. La représente de l'une d'entre elles, située à la Plaine des Cafres, n'a pas hésité à le faire remarquer. "Vous savez quel est notre budget de l'année ? 30.000 euros. Oui, il y a de l'argent, oui on reçoit des aides. Mais c'est essentiel pour avancer, on ne peut pas faire sans", estime-t-elle.

23% de la population souffre d'illettrisme

Là-dessus, tous les partis s'accordent : l'illettrisme à La Réunion est un vrai fléau. Car tandis que le taux de personnes illettrées est de 7% en métropole, il culmine à 23% à La Réunion. La Journée nationale de la citoyenneté à La Réunion a aussi permis de constater que 14,8% des jeunes sont en situation d'illettrisme, contre 3,9% en métropole, selon les derniers chiffres de 2015.

"Depuis 2009, ce sont les mêmes chiffres", admet la sous-préfète Isabelle Rebattu, en charge de la cohésion sociale et de la jeunesse. "On se rend compte que les compétences de base pour ces personnes-là ne sont pas maîtrisées".

La sous-préfète va même plus loin : "l'illettrisme tue, il faut le dire aussi. Car ne pas savoir lire a forcément un impact sur la santé, sur la façon dont on se soigne."

Des actions surtout nationales

La semaine dédiée à la lutte contre l'illettrisme promet d'être chargée. Si l'on en croit du moins le planning officiel qui prévoit concours, ateliers lecture, conférences ou débats en présence des enseignants, collecte de livres, questionnaires et jeux en tout genre.

Mais qu'en est-il, au-delà de la sensibilisation des actions prises aux quotidiens par nos élus pour lutter contre l'illettrisme ? Peu, hélas, d'actions spécifiquement réunionnaises. Il s'agit plutôt, expliqueront les représentants de la préfecture en l'absence de Jacques Billant, de "renforcer les actions déjà mises en places sur le plan national".

"Collectivement on doit s'interroger sur nos compétences dans le cadre de cette prévention. Ça passe par la formation initiale, en retravaillant les connaissances de base, savoir lire ou écrire ce n'est pas comme le vélo, ça s'entretient" précise la sous-préfète Isabelle Rebattu.

Lutter contre le décrochage

La Région a malgré tout investi 50 millions d'euros cette année dans les PIC (pack investissement compétences). L'occasion de lutter contre l'illettrisme auprès des adultes et dans le secteur de l'emploi. "Il ne faut pas négliger la formation professionnelle" explique Isabelle Rebattu. "L'idée avec ce projet régional c'est bien de mettre en place des formations adaptées, privilégier la qualité plutôt que la quantité."

Ce travail passe aussi par les entreprises, qui "ne doivent pas négliger ce type de profil", estime la sous-préfète. Difficile cependant, en fonction des emplois, de prioriser un employé qui aura du mal à lire face à un autre qui déchiffre les lettres avec aisance…

Pour le vice-président du Département Alain Armand, c'est tout le problème de notre époque : "savoir bien lire et écrire est forcément synonyme de réussite sociale, il y a une évolution à faire également, et se poser les bonnes questions."

Sur le plan régional, une convention existe également depuis 2017 visant à lutter contre le décrochage en formation initiale, par un projet appelé PSAD (plateformes de suivi et d'appui aux décrocheurs). Chaque sous-préfet en est garant.

Les jeunes au coeur du combat

C'est en attaquant le problème à la source qu'on a le plus de chance de le résoudre. Ainsi le jeune public représente le cœur du projet. Pour le recteur de l'Académie de La Réuion, Vêlayoudom Marimoutou, il faut "faire un énorme effort dès le primaire, sur les apprentissages de base".

La loi de l'école de la confiancea statué sur l'école obligatoire à 3 ans, une mesure qui permet justement de travailler avec plus d'attention sur les fondamentaux. "Ceci pour que les enfants puissent se construire avant d'entrer en CP, et être fluide en lecture, avec un bon bagage en vocabulaire." Et au coeur de ces fondamentaux, Vêlayoudom Marimoutou assure que le créole a toute sa place. "Le plurilinguisme est essentiel sur l'île et c'est justement en alliant ces différents langages que l'on enrichit son vocabulaire."

Le dédoublement des classes en primaire fait aussi partie des mesures à saluer selon le recteur, afin d'aller vers plus de pédagogie. Mais demander sans cesse aux professeurs des écoles d'être attentifs aux spécificités de chaque élève, n'est-ce pas une charge de travail trop colossale ? Encore faut-il en avoir les moyens… Dédoublement des classes oui, mais cela concerne uniquement les classes prioritaires. Dans le reste des établissements, les enseignants ne peuvent pas se dédoubler.

Pourtant le recteur est clair, "on vise 100% des élèves qui arrivent en 6ème et savent lire, écrire et compter". Les premières mesures de l'Etat portent-elles leurs fruits ? Jean-Michel Blanquer lors de sa récente visite sur l'île intense avait dit rencontrer des professeurs satisfaits du dédoublement des classes. Nous n'en doutons pas, la charge de travail étant divisée par deux. Un exemple à suivre pour les autres niveaux également.

Car l'illettrisme ne concerne pas que les petits. Parmi les actions phares de l'Etat il y a ce partenariat avec le Régiment du service militaire adapté de La Réunion (RSMA). En moyenne, 35% des 1110 jeunes volontaires sont détectés en situation d'illettrisme chaque année. "C'est un travail de tous les jours fait à leurs côtés pour réacquérir ce socle, les fondamentaux nécessaires pour progresser", précise Isabelle Rebattu.

Durant 3 mois, le RSMA est censé aider ces jeunes avec des difficultés plus importantes en leur proposant une remise à niveau. Objectif : être capable de suivre une formation professionnalisante à leur sortie.

Un travail de terrain

Toujours est-il que la plupart de ces actions existait déjà auparavant. Concrètement le constat est le même mais la volonté d'agir se veut renforcée. Et rien ne serait possible sans la présence autour de la table ronde de dizaines et de dizaines de représentants d'associations luttant au quotidien, sur toute l'île, contre l'illettrisme des Réunionnais. Ateliers de lecture, apprentissage des basiques du numérique, rencontres et partenariats en tout genre… les idées de projets ne manquent pas.

Le numérique, parlons-en justement. C'est à la fois une fracture supplémentaire dans les différents niveaux de l'illettrisme et une force, selon la préfecture. "On parle d'illectronisme à ce sujet, mais le numérique peut être un outil pour lutter contre l'illettrisme. On peut avoir des outils très utiles, des programmes compétents créés exprès… ça peut être un support intéressant", souligne la sous-préfète Isabelle Rebattu.

Dans tous les cas, "l'illettrisme, quelle que soit sa forme, n'est pas une tare, ce n'est pas une maladie", rappelle-t-elle. "Le principal risque étant de s'isoler socialement. Mais on peut sortir de l'illettrisme à tout âge, il faut bien le garder en tête."

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Georges, Posté
rdv dans 5 ans avec les mêmes chiffres et les mêmes constats et des milliers d'euros dépensés
Jojo, Posté
c'est pou ça mi veut pas que zaute y a monté mon zefant cause creole a lekol
Strop, Posté
"Et au coeur de ces fondamentaux, Vêlayoudom Marimoutou assure que le créole a toute sa place." "Le plurilinguisme est essentiel sur l'île et c'est justement en alliant ces différents langages que l'on enrichit son vocabulaire."

Et en répétant le même z'affaire, y obtient le même résultat.
Tout le temps qu'y continue de prétendre que le créole c'est un' langue séparée du français, nous va continuer aller dans le fossé.