Et le consommateur dans tout ça ? :

Alternative au rachat de Vindémia : beaucoup de promesses, peu de concret


Publié / Actualisé
La semaine a commencé fort ce lundi 16 septembre 2019 avec l'annonce de Leader Price, Super U et E.Leclerc. De concert, les trois enseignes de la grande distribution ont annoncé une offre de rachat de Vindémia, filiale réunionnaise de Casino et jusqu'ici briguée par le GBH (groupe Bernard Hayot). Aujourd'hui ils veulent proposer une "alternative locale et crédible" pour contrer le tentaculaire GBH. Locale, oui. Crédible ? Il faudra attendre pour le voir... Les trois enseignes lancent de grandes promesses : faire baisser les prix, donner plus de place à la production péi et laisser une place importante au consommateur. Mais le Réunionnais a-t-il vraiment une place au milieu de cette guerre de grandes enseignes ? (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
La semaine a commencé fort ce lundi 16 septembre 2019 avec l'annonce de Leader Price, Super U et E.Leclerc. De concert, les trois enseignes de la grande distribution ont annoncé une offre de rachat de Vindémia, filiale réunionnaise de Casino et jusqu'ici briguée par le GBH (groupe Bernard Hayot). Aujourd'hui ils veulent proposer une "alternative locale et crédible" pour contrer le tentaculaire GBH. Locale, oui. Crédible ? Il faudra attendre pour le voir... Les trois enseignes lancent de grandes promesses : faire baisser les prix, donner plus de place à la production péi et laisser une place importante au consommateur. Mais le Réunionnais a-t-il vraiment une place au milieu de cette guerre de grandes enseignes ? (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Des mots, toujours des mots, les mêmes mots… Si Leader Price, Super U et E.Leclerc unissent leurs forces aujourd'hui, c'est pour le bien du Réunionnais. Guillaume Kin Siong, représentant les commerces indépendants Super U, le dit : "Vous savez dans la vie, il y a de l'amour, il y a surtout des preuves d'amour".

Oui mais les preuves sont bien floues pour le moment. Les trois marques parlent de baisse des prix, de développement de l'emploi, d'une plus grande place donnée aux consommateurs et à la production locale ou encore le maintien des petits commerçants… Des promesses clinquantes sur le papier, mais sans véritables garanties derrière.

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Une première offre rejetée

Il faut savoir que dès septembre-octobre 2018 les trois enseignes avaient déjà mis une offre sur la table. La crise des gilets jaunes aurait motivé leur mobilisation. "Nous avions une proposition qui ne concernait que La Réunion", explique François Caillé. "Or il fallait une offre plus complète, qui englobe aussi les "3 M" : Maurice, Madagascar et Mayotte." Le groupe Casino s'y est donc opposé. Faute de financement, les trois enseignes ont retiré leur offre afin de rechercher de nouveaux partenaires.

Entre temps il y a eu l'entrée fracassante de GBH. "Une douche froide" se souvient François Caillé. "On s'est dit : ce n'est pas bon, il ne peut pas y avoir qu'un seul acteur dominant comme celui-ci."

Les trois enseignes affirment donc avoir "réussi à s'entendre" et proposent une nouvelle offre de reprise de l'activité de Vindémia. "Nous dénonçons la main-mise d'une groupe sur l'ensemble de l'économie locale au détriment du consommateur", ajoute le représentant de Leader Price. Un acteur "tentaculaire", qui "achète tout ce qu'il touche".

Cette offre de rachat par GBH a d'ailleurs mobilisé récemment de nombreux élus : présidents des conseils régional et départemental de La Réunion et parlementaires ont adressé un courrier à Emmanuel Macron le 28 août 2019.

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L'offre de Leader Price, Leclerc et Super U n'est pas exclusive, d'autres acteurs sont appelés à s'y joindre si l'envie leur dit. "On invite même monsieur Hayot s'il veut récupérer des actifs", s'amuse François Caillé… Par ailleurs les trois enseignes assurent qu'il n'y aura "pas d'entente", et que "chacun d'entre nous reprend un peu d'actifs mais on reste bien séparés".

En effet s'arranger entre eux serait totalement illégal et contraire à ce qu'attend justement l'Autorité de la concurrence… Ce serait quand même dommage…

"Il n'y aura pas vraiment de baisse des prix"

Premier (gros) dossier : faire baisser les prix. Une question centrale pour le consommateur. Pour Guillaume Kin Siong, c'est une logique structurelle : "la concurrence est une garantie pour le pouvoir d'achat des Réunionnais, elle sera plus forte s'il y a quatre ou cinq acteurs plutôt que deux."

Difficile d'y croire quand on voit les prix bondir dans les Super U anciennement Leader Price. Le représentant de l'enseignant garantit que cette conséquence est dûe "à des erreurs informatiques" : "ces magasins où on a eu un petit décrochage ont rectifié la tendance", assure-t-il.

Les enseignes disent vouloir "rivaliser d'ingéniosité pour faire baisser les prix". En l'occurrence, l'euphorie retombe vite quand François Caillé explique qu'il n'y aura finalement "pas vraiment de baisse des prix, surtout un changement du système, aujourd'hui défaillant". Comprendre : limiter les promotions qui aujourd'hui envahissent les grandes surfaces, et donc lisser les prix. "On estime qu'entre 50 et 60% du panier réunionnais sont constitués de promos" ajoute Pascal Thiaw-Kine.

Aucun chiffre à donner

Autre promesse : faire baisser l'écart entre les prix de La Réunion et ceux de la métropole. Mais aucune garantie chiffrée. "Nous sommes prêts à prendre des engagements avec un pourcentage à atteindre chaque année", ajoute le représentant de E.Leclerc. Avec ses acolytes, il espère notamment faire bouger l'octroi de mer, "souvent anormal sur beaucoup de produits".

Les trois enseignes se reposent (beaucoup) sur la volonté de Didier Robert d'agir à ce niveau et estiment que "tous ensemble on a plus de chances de faire bouger les choses". Encore faudrait-il avoir des chiffres à proposer. Mais pas trop vite nous dit-on. L'Autorité de la concurrence doit encore examiner cette offre avant de parler business. "Il ne faut pas faire la boue avant la pluie", ajoute François Caillé.

Pas de chiffres non plus sur le nombre de magasins à reprendre. "Depuis un mois et demi, l'information de notre offre a bien circulé, et nous avons été contactés par plusieurs gros acteurs industriels, qui restent anonymes pour l'instant pour des raisons évidentes", explique François Caillé. "Le seul problème qu'on pourrait avoir finalement serait de faire un choix parmi ces investisseurs pour reprendre l'activité de Vindémia".

GBH envisageait une transaction à 219 millions d'euros. Concernant "l'alternative locale", une fois de plus, aucun chiffre n'a été avancé. "C'est confidentiel", nous dit le représentant de Leader Price, les concertations n'étant "pas terminées".

Quand il s'agit de contrer les chiffres avancés le même jour dans un communiqué de GBH par contre, ça se bouscule au portillon. "Le groupe Bernard Hayot parle de 1,2 milliard de chiffre d'affaires auprès des consommateurs réunionnais. Les trois autres enseignes tablent plutôt sur plus de 2 milliards, en englobant "tous les univers économiques" touchés par le groupe Bernard Hayot. "Qu'il nous les montre ses chiffres !" ajoute François Caillé.

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Une guérilla anti GBH, bien loin du consommateur

Et le Réunionnais dans tout ça ? "Notre slogan "l'engagement aux côtés des Réunionnais" chez Leclerc montre bien qu'on veut faire ce qui est bon pour La Réunion", assure Pascal Thiaw-Kine. Rien à voir avec la guerre menée entre Leclerc et Carrefour, selon lui...

François Caillé, à la tête de Leader Price, est moins langue de bois : "bien sûr que je pense aussi à mon entreprise ! Si cette transaction avec GBH se réalise, je serai totalement marginalisé".

Pourtant les accusateurs qui estiment que François Caillé a fait "entrer GBH à La Réunion" sont nombreuses… "C'est un débat qui n'a pas lieu d'être. Comme je n'avais pas les moyens d'ouvrir le premier centre commercial réunionnais tout seul, et que tous les distributeurs locaux m'ont envoyé promener, il a bien fallu que je trouve un partenaire. Je l'ai fait rentrer en 1988 et j'en suis fier. Il serait arrivé de toute façon, moi je veux bien porter toute la misère du monde, mais il y a des limites" se justifie le représentant.

Quoi qu'il en soit, bien qu'il ne regrette rien de cette décision, il compte bien contrer la toute puissance de GBH aujourd'hui. "Nous voulons faire barrage à la domination économique d'un seul acteur", ajoute-t-il.

Mais au milieu de ces déclarations, un aveu à demi-mot… oui ce réveil est un peu tardif. "Il y a eu un déclic" explique pour sa part Pascal Thiaw-Kine. Les gilets jaunes n'y sont pas pour rien : le mouvement de protestation a permis de faire bouger les lignes, et la proposition de rachat de GBH a accentué la prise de conscience. "Quand on est dos au mur, on devient intelligent", concède François Caillé.

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

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