Très peu de suivi des entreprises adhérentes :

Club Export : 20 ans d'existence et un bilan en demi-teinte


Publié / Actualisé
L'association Club Export, financée par des fonds européens et régionaux, a fêté ses 20 ans d'existence l'année dernière. Mais, alors que La Réunion compte 7 entités liées de près ou de loin au monde de l'export, quel place l'association a-t-elle aujourd'hui ? Les entreprises adhérentes se disent satisfaites, grâce au réseau développé en interne. Pourtant, avec 700.000 euros de subventions à l'année, l'utilité du Club Export est discutable. L'association organise voyages et salons, mais ne témoigne d'aucun suivi de ses adhérents... une tendance que la présidence veut changer aujourd'hui, pour gagner en cohérence et en visibilité. Un réveil (un peu tardif) qui paraît en effet nécessaire.
L'association Club Export, financée par des fonds européens et régionaux, a fêté ses 20 ans d'existence l'année dernière. Mais, alors que La Réunion compte 7 entités liées de près ou de loin au monde de l'export, quel place l'association a-t-elle aujourd'hui ? Les entreprises adhérentes se disent satisfaites, grâce au réseau développé en interne. Pourtant, avec 700.000 euros de subventions à l'année, l'utilité du Club Export est discutable. L'association organise voyages et salons, mais ne témoigne d'aucun suivi de ses adhérents... une tendance que la présidence veut changer aujourd'hui, pour gagner en cohérence et en visibilité. Un réveil (un peu tardif) qui paraît en effet nécessaire.

Censée aider les entreprises réunionnaises à aller vers l'export, grâce à un système de réseautage et de partenariat, le Club Export se veut aujourd'hui "incontournable" dans le paysage économique réunionnais. Pourtant, très peu de Réunionnais connaissent ce nom... Le président Laurent Lemaître persiste et signe : "Nous sommes une association unique, qui n'a pas vraiment d'équivalent en France".

L'association organise salons, conférences, réunions, voyages, rencontres B2B (business to business) … les missions sont multiples, et les entreprises que nous avons contactées globalement satisfaites.

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Pourtant, force est de constater que l'association ne fait aucun suivi de ses entreprises adhérentes. Certes, chacune possède une carte d'identité avec ses principales caractéristiques. Mais rien ne permet de savoir concrètement ce qu'a apporté le Club Export aux entreprises… chose que souhaite d'ailleurs changer le président fraîchement débarqué, Laurent Lemaître.

Pas de suivi des entreprises en 20 ans

Quand on lui demande, lui qui est à la tête de l'association depuis moins d'un an, quel est le suivi des entreprises parties à l'export, le silence est un peu pesant… Puis le président se reprend : "Aujourd'hui il y a une volonté de structuration de ce suivi, après tout on fonctionne sur des fonds européens et des fonds de la Région…"

En effet, le Club Export a touché 700.000 euros de subventions l'an dernier. Un chiffre qui évolue d'année en année selon les missions prévues. Sur cette somme, 500.000 euros sont des fonds européens (distribués par la Région), 90.000 euros sont des fonds venant de l'Etat et le reste sont des fonds propres de la Région. Soit environ 100.000 euros.

A la question de savoir pourquoi ce fameux suivi n'a pas été fait auparavant, Laurent Lemaître n'a pas vraiment de réponse… Ce qu'il peut affirmer aujourd'hui c'est qu'en 20 ans, le Club Export a aidé environ 500 entreprises différentes. Aujourd'hui l'association compte 120 adhérents, pour des cotisations allant de 500 à 1.300 euros en fonction de la taille de l'entreprise.

Parmi eux, Philippe Arnaud, à la tête de Digital Réunion et du salon Business Forum NxSE. Selon lui, "il est difficile de faire des évaluations si les entreprises ne donnent pas leurs résultats". C'est en effet un point que souligne le président. "Les entreprises ne nous tiennent pas forcément au courant." Mais il maintient que "mettre en place un suivi paraît normal puisque ces entreprises touchent de l'argent pour leur développement".

En effet, si les missions du Club Export se basent essentiellement sur le réseautage et les partenariats, des sommes peuvent être allouées aux entreprises qui souhaitent participer à un voyage professionnel par exemple, dans le cadre d'une conférence organisée dans l'océan Indien.

Gilles Brouzeng, adhérent depuis 5 ans et à la tête de l'entreprise Forintech spécialisée dans le forage, en a profité. "J'ai participé à un voyage au Mozambique et deux à Madagascar. On paye environ les deux tiers du voyage, le reste est financé par l'association".

Des voyages, qui comme la plupart des séjours professionnels, bénéficient d'un certain standing… ceux de Madagascar se déroulant à l'hôtel 4 étoiles Colbert par exemple. Un certain confort apprécié des adhérents, mais les affaires suivent-elles ? Les résultats sont globalement positifs mais pas unanimes pour autant…

Des expériences mitigées

Pour Gilles Brouzeng, de Forintech, le résultat est sans appel. "Je peux paraître un peu fayot en disant ça, mais je n'ai vraiment rien à reprocher au Club Export. Ça faisait longtemps qu'on voulait s'exporter à l'étranger, mais notre manque d'expérience bloquait la PME que nous sommes. Aujourd'hui nous nous sommes construits un vrai réseau, ça dépasse ce qu'on aurait pu faire seuls". L'année dernière, il a créé une filiale à Madagascar. "Les premiers matériels sont livrés cette année" nous dit le chef d'entreprise.

Mêmes propos dithyrambiques du côté de Patrick Hervier, patron d'une TPE appelée Aveolys et spécialisée dans la sécurité informatique. "Le réseau s'est avéré efficace dès le début. Maintenant que j'ai des contrats signés à Madagascar, le club ne m'apporte plus grand-chose mais je reste adhérent car cela me permet de faire de nouvelles rencontres, il y a un vrai partage".

Avis plus mesuré du côté de Patrice Fages, à la tête d'une entreprise de 80 salariés du même nom dans le domaine paysager. Implanté au Mozambique, il n'observe pas vraiment d'évolution sur son chiffre d'affaires depuis son entrée dans l'association il y a maintenant 9 ans. "On n'a peut-être pas fait de business mais ça nous a permis de conforter nos choix et trouver des partenariats. C'est surtout du réseau."

Une opinion qui n'est pas partagée par l'ensemble des chefs d'entreprises. Un autre, préférant rester anonyme, nous avoue avoir été déçu de constater que le Club Export organise surtout des voyages "découverte", "or les interlocuteurs dans les pays cibles ne sont pas dans cette perspective. Par ailleurs, il n’y a pas de bilan de ces missions dans une perspective à moyen ou long terme qui permettrait d’évaluer la pertinence de ce travail."

Un autre, anonyme lui aussi est plus tranchant : " C’est une politique du chiffre. Ça permet de dégager de la statistique : tant de missions, tant d’entreprises, etc. Mais, notez il n’est jamais question de résultats." Ces deux chefs d'entreprises ont depuis bien sûr quitté l'association.

Mais ne pas réussir à percer n'est pas forcément de la responsabilité du Club Export, estime le président… "L'association est un facilitateur, donc on ne s'attend pas à ce que grâce à nous, l'entreprise explose tout d'un coup. On n'est pas là pour signer à la place de l'entreprise, c'est elle qui s'investit et montre sa volonté d'aller à l'export."

La Réunion loin d'être championne de l'export

Malgré les moyens alloués, La Réunion est encore à la traîne dans le domaine de l'export. Selon Bruno Millot, président de la CCEF (Conseillers au commerce extérieur) à La Réunion "on importe 4,5 milliards de tonnes de biens contre 300 millions de tonnes d'importations".

Par ailleurs les derniers chiffres indiquent que "800 entreprises environ ont déjà fait une transaction extérieure à La Réunion, et parmi elles, entre 200 et 300 sont des exportatrices régulières".

Laurent Lemaître est conscient de ce retard… "Il est vrai que sur les bilans des entreprises à l'export à La Réunion, on est quand même assez faibles" concède celui qui est pourtant à la tête d'une association aidant les entreprises à exporter…

Mais le président est lucide : "120 sur le nombre total d'entreprises, c'est forcément très faible mais ça dépend aussi qui est au Club Export. Nous avons été récemment approchés par de grandes marques, comme le groupe Isautier qui vient de nous rejoindre et réalise 40% de son chiffre d'affaires à l'export".

D'autres noms, secrets pour l'instant, pourraient aussi rejoindre l'association, notamment dans le domaine de la pêche, et des services, qui sont en pleine expansion. "Un tiers de nos entreprises font du service maintenant" explique le président. Une tendance relativement nouvelle, qui émerge depuis une dizaine d'années.

Alors pourquoi, malgré toutes ces bonnes nouvelles, les entreprises réunionnaises ne parviennent pas à décoller ? Certains chefs d'entreprises ont leur avis sur la question. Nous retrouvons l'un de nos deux entrepreneurs anonymes. "La raison de tout ça est simple. Il existe une grande dispersion de l’action dans ce domaine de l’export. La cause de cette dispersion est la multiplicité des acteurs : Maison de l’Export, Club Export, CCEF, UbiFrance, NEXA, ambassadeur de France pour l’océan Indien, Business France… et aucune coordination".

Il faut dire que La Réunion a "plusieurs handicaps" explique Bruno Millot de la CCEF. "La Réunion est une zone très peu industrielle, située dans l'hémisphère sud, dans une zone économique pauvre. On a aussi de gros problèmes pour parler anglais sur l'île."

Un manque de visibilité à l'international

Aujourd'hui le Club Export vise l'Afrique, "continent demandeur de notre expertise réunionnaise", assure le président. Destination en vue : le Mozambique, avec ses gisements gaziers "prometteurs". Total rachète l'entreprise américaine Anadarko, pétrolier en Afrique. "On parle de centaines de milliards d'investissement dans les 20 prochaines années… à La Réunion, il faut qu'on se positionne là-dessus."

Lire aussi : Le Club Export Réunion met le cap sur l'Afrique

Mais les opportunités au Mozambique sont-elles réalisables étant donné les difficultés que connaît aujourd'hui le Club Export pour être visible à l'étranger ? "Notre offre doit être cohérente, et notre image structurée, on en est bien conscients", avoue Laurent Lemaître. "Nous sommes en train de refaire notre calendrier d'offres, classées par secteurs. Ce sera terminé ce mois-ci".

Les missions des entreprises devraient gagner en cohérence justement via le projet "Team France export" qui consister à mutualiser entreprises réunionnaises et entités commerciales françaises comme Business France, les différentes chambres de commerce et d'industrie (CCI) et les régions. Objectif : arborer ce label "France" qui donnerait une meilleure visibilité aux Réunionnais, pas toujours considérés comme "Français".

"Les gros internationaux veulent savoir qui on est, qui on représente, qui pèse et c'est bien normal que ces acteurs se disent : "moi je veux bien bosser avec des gens de La Réunion, mais qui sont-ils, quelles sont leurs spécialités, comment je les contacte". Aujourd'hui on veut gagner en visibilité" explique Laurent Lemaître.

Une étude devrait justement être menée, par la CCEF et en collaboration avec le Club Export, nous annonce Bruno Millot. "La Réunion a du mal à exporter, pourtant il y a une vraie culture française à l'export, quand on regarde toutes celles qui sont implantées en Afrique. On va donc étudier les liens possibles entre entreprises métropolitaines et réunionnaises en Afrique du Sud, pour voir ce qu'on peut construire ensemble." Les résultats de cette étude seront connus d'ici fin décembre.

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

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Illustration : Kwa Films

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