Emmanuel Macron est à La Réunion jusqu'à vendredi :

Une première journée de visite présidentielle sans annonce majeure


Publié / Actualisé
Avec près de deux bonnes heures de retard (en raison d'un décollage tardif de Mayotte) le président de la République Emmanuel Macron est arrivé à La Réunion ce mercredi 23 octobre 2019. A peine descendu de l'avion, le chef de l'Etat a donné le sentiment d'une part de vouloir "parler vrai" en tenant compte des défis posés au territoire. D'autre part d'avoir envie régler ses comptes avec certaines personnalités politiques réunionnaises de premier plan. Le tout sur fond de tension et de heurts aux abords de l'aéroport entre les gilets jaunes et les forces de l'ordre... Au final il n'y a encore eu aucune annonce majeure (Photo rb/www.ipreunion.com)
Avec près de deux bonnes heures de retard (en raison d'un décollage tardif de Mayotte) le président de la République Emmanuel Macron est arrivé à La Réunion ce mercredi 23 octobre 2019. A peine descendu de l'avion, le chef de l'Etat a donné le sentiment d'une part de vouloir "parler vrai" en tenant compte des défis posés au territoire. D'autre part d'avoir envie régler ses comptes avec certaines personnalités politiques réunionnaises de premier plan. Le tout sur fond de tension et de heurts aux abords de l'aéroport entre les gilets jaunes et les forces de l'ordre... Au final il n'y a encore eu aucune annonce majeure (Photo rb/www.ipreunion.com)

• Une visite sous tension

Ils avaient promis de se mobiliser. Ils l'ont fait. Ils étaient environ une centaine présents à Gillot pour "accueillir" le Président de la République. Ils attendaient de croiser le chef de l’Etat, ce sont finalement les gendarmes et les gaz lacrymogènes qu’ils ont côtoyé. Cette première mobilisation donne le ton de cette visite, sous haute tension.

Un appel à la grève général a été lancé, l’intersyndicale se mobilise ce jeudi et ne cache pas son agacement de voir son trajet modifié par les autorités pour "raison de sécurité". Les acteurs du monde économique et agricole sont à cran. A n’en pas douter, et malgré les bains de foule et les selfies réalisés par Emmanuel Macron au centre-ville de Saint-Denis, cette visite présidentielle sera très animée et sujette au regard attentif, voire même très critique, d’une population réunionnaise qui vogue entre espoir et scepticisme.

Emmanuel Macron s’est quant à lui montré confiant, exprimant, dès sa descente d’avion, son "engagement" et son "attachement "pour La Réunion, et affirmant vouloir "agir fortement et avec le cœur". Reste à voir l’écart entre le discours et la réalité.

• Peu d’annonces concrètes pour cette première journée

Vie chère, logement, emploi, agriculture, Emmanuel Macron a indiqué qu’il n’évitera aucun sujet brûlant au cœur de l’actualité ces derniers mois, annonçant notamment dès son arrivée l’extension des exonérations de charges salariales à deux Smic et à certains secteurs d'activité tels que la presse.

Le monde économique s’attendait très certainement à d’autres annonces fortes en matière de soutien à l’économie réunionnaise lors de la clôture du business forum NxSE qui s’est déroulé ce mercredi à la Nordev.

Emmanuel Macron y a essentiellement plaidé pour une stratégie de coopération régionale " indo-pacifique " renouvelée, devant un parterre de représentants du monde économique réunionnais, des investisseurs métropolitains et des représentants des gouvernements et opérateurs économiques des pays voisins et de l’Inde.

A travers le slogan "choose La Réunion", il a soutenu la nécessité pour La Réunion et les pays de la zone de travailler davantage ensemble sur des thématiques telles que la sécurité maritime, la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de la biodiversité, la connectivité,  le développement durable sur le plan énergétique et agro-écologique, ou encore le renforcement des échanges humaines, touristiques, scientifiques et universitaires, autant de leviers qui pourraient contribuer, selon le chef de l’Etat, à lutter contre la vie chère.

Le président de la République a rapidement évoqué la nécessité pour La Réunion de tendre vers l’autonomie alimentaire, la nécessité de renforcer la concurrence, notamment dans la grande distribution et l’aérien, le soutien au développement touristique, ou encore l’allègement de la règlementation facilitant la coopération décentralisée. Mais aucune annonce concrète quant au soutien de l’Etat aux entreprises réunionnaises.

Ces annonces pourraient intervenir lors des prochaines séquences, ce jeudi  à l’Observatoire des prix, lors de sa rencontre avec des demandeurs d’emploi ou encore ce vendredi lors de son pique nique avec le monde agricole.

• Quand Emmanuel Macron tacle Didier Robert

Emmanuel Macron semble avoir peu goûté aux récentes sorties de Didier Robert contre l’action de la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, dans la presse locale. A peine les pieds posés sur le sol réunionnais, le président de la République a donc sifflé la fin de la récréation.

"Au moment de la crise des gilets jaunes, c’est à La Réunion qu’il y a eu la plus grande colère qui s'est exprimée, parfois avec beaucoup de force contre les élus locaux, que nous avons défendu et protéger car nous croyons dans la démocratie représentative. Les élus locaux savent et se souviennent que la ministre des Outre-mer a été là pour s’engager à leur côté lorsqu’ils étaient insultés […]", a-t-il déclaré, visant à demi-mot Didier Robert qui fut la principale cible des gilets jaunes il y’a un an.

L’élu réunionnais avait alors pu compter sur le soutien d’Annick Girardin pour désamorcer la situation. Mais, entre temps, les ennuis judiciaires se sont multipliés pour le patron de la pyramide inversée qui ne semble pas recevoir le soutien escompté de la part de l’Elysée dont il a ouvertement soutenu la politique depuis 2 ans. 

Conséquence, Didier Robert a pris ces distances depuis quelques semaines jusqu’à s’épancher dans la presse locale ces derniers jours, critiquant la ministre des Outre-mer, et donc, indirectement, le président de la République, qui le lui rend bien.

Même posture offensive concernant la question de la Nouvelle Route du Littoral qu’il a évoquée à Mayotte, parlant d’"échaudage". "Nous sommes échaudés par le chantier de la route du Littoral à La Réunion où nous n'avons collectivement pas su être au rendez-vous, et parfois aussi la production locale, et les acteurs locaux", avait-il déclaré. Interrogé par la presse locale sur ce même sujet,  Emmanuel Macron a renvoyé la responsabilité sur le président de Région, se félicitant simplement qu’un accord ait été trouvé concernant la fourniture des roches pour terminer le chantier. Une manière de dire qu’il ne viendra aucunement à sa rescousse.

Le président de la République a néanmoins semblé plus avenant à l’égard de Didier Robert durant la suite de sa visite, interpelant à plusieurs reprises ce dernier lors de son discours à la Nordev. Si le divorce n’est pas consommé entre le chef de l’Etat et le président de Région, Emmanuel Macron lui a en tout cas donné un sérieux coup de semonce dès son arrivée...

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