La Réserve marine a tout saisi :

280 kilos de poissons pêchés en toute illégalité cette année


Publié / Actualisé
Régulièrement, la Réserve naturelle marine de La Réunion poste les différentes saisies de pêche illégale. Des dizaines de kilos de crustacés, de murènes et de poissons en tout genre, mais qui n'ont rien à voir avec la pêche réglementée. Et quand les saisies sont faites directement dans la réserve, c'est double peine. Les acteurs maritimes s'activent pour limiter cette forme de braconnage : Réserve marine, Direction de la mer, gendarmerie ou encore Ifremer. Résultat, la pêche illégale sous-marine est légèrement en baisse depuis quelques années. Mais cette année, les saisies record atteignent malgré tout une cinquantaine de kilos de poissons. (Photos Réserve marine)
Régulièrement, la Réserve naturelle marine de La Réunion poste les différentes saisies de pêche illégale. Des dizaines de kilos de crustacés, de murènes et de poissons en tout genre, mais qui n'ont rien à voir avec la pêche réglementée. Et quand les saisies sont faites directement dans la réserve, c'est double peine. Les acteurs maritimes s'activent pour limiter cette forme de braconnage : Réserve marine, Direction de la mer, gendarmerie ou encore Ifremer. Résultat, la pêche illégale sous-marine est légèrement en baisse depuis quelques années. Mais cette année, les saisies record atteignent malgré tout une cinquantaine de kilos de poissons. (Photos Réserve marine)

Depuis environ 4 ou 5 ans la surveillance de nuit s'est renforcée chez les gardes de la Réserve naturelle marine. Il faut dire que les infractions se multiplient, mais l'action des acteurs de la mer permet "une légère diminution" du braconnage, nous explique Jérôme Suros, responsable de la cellule surveillance et police du secteur Nord à la Réserve marine.

Chaque soir, les gardes de la Réserve font des rondes de nuit à 3 ou 4 agents, en collaboration avec la gendarmerie et la Brigade nature. "Il est important d'être plusieurs au cas où l'interpellation dégénère, si le pêcheur refuse qu'on lui confisque ses prises ou son matériel par exemple. Et le fusil harpon reste une arme, il ne faut pas l'oublier", précise Jérôme Suros.

Petits pêcheurs contre grands braconniers

Les paniers sont variés mais souvent composés des mêmes poissons : perroquets, capucins, mérous… souvent des juvéniles, "le lagon ça reste une nurserie" nous dit Jérôme Suros.

La star, c'est bien la langouste. Celle-ci est généralement pêchée dans le lagon, notamment dans le secteur de Trou d'eau, et en pleine nuit. Les mêmes techniques reviennent : "les braconniers sont équipes d'une lampe, d'un fusil harpon, de palmes, masque et tuba et ils vont jusqu'à la barrière" nous explique Jérôme Suros. Ce qui rend parfois compliquée leur interpellation.

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Bien évidemment, les gardes et les gendarmes font la différence entre les petits pêcheurs du dimanche qui récupèrent du poisson pour leur famille, et les braconniers qui repartent avec des dizaines de poissons sous les bras.

"Si la pêche est faite dans la réserve, ou qu'elle dépasse la limite autorisée, on informe le pêcheur, on sensibilise, mais on ne va pas arrêter ceux qui ressortent avec seulement quelques petits poissons, sinon on en serait à 300 procès-verbaux par an !" L'année dernière 63 PV ont été réalisés, cette année on en compte 49 mais la fin de l'année est souvent plus chargée.

Des prises de plusieurs dizaines de kilos

Le record cette année ? Une prise de 54 kilos de poissons en juillet. Deux pêcheurs étaient sur les lieux, ils ont sorti de l'eau langoustes et perroquets en grande quantité. "Les perroquets sont faciles à pêcher de nuit, ils restent contre les rochers", indique Jérôme Suros.

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Pas plus tard que la semaine dernière, un autre pêcheur a été arrêté avec 23 kilos de poissons à lui tout seul, dans le secteur de Trou d'eau à la Saline. "Dans un espace aussi petit que la Réserve qui ne représente que 35 km2, 23 kilos c'est déjà énorme."

Depuis le début de l'année 280 kilos de poissons ont été pêchés illégalement. Les crustacés vivants sont relâchés dans l'eau, les autres partent chez l'Ifremer, qui effectue des analyses sur les spécimens dans un cadre scientifique, avant de les envoyer à l'équarrissage.

Jusqu'à 22.500 euros d'amende

Si on peut pêcher dans le lagon (sauf dans la Réserve marine bien sûr), il y a des règles à respecter. Les prises ne doivent pas excéder 5 kilos par jour et par pêcheur, et les poissons doivent mesurer nécessairement plus de 10 centimètres. Les pêcheurs sont aussi censés se signaler en surface à l'aide d'une bouée. Des critères qui ne sont pas toujours respectés et la Direction de la mer sud océan indien (DMSOI) est au premier plan pour le constater.

"Pêcher des dizaines de kilos comme ça est passible d'une amende de 22.500 euros" nous explique Jérôme Lafon, directeur adjoint à la DMSOI. Et quand la pêche illégale est réalisée dans la Réserve marine c'est double peine. "C'est la même amende, et elle s'ajoute à la première."

Lorsqu'un braconnier est arrêté, son matériel est immédiatement saisi. Les pêcheurs sont bien connus des gardes. "Nous on a grandi ici, on les reconnaît et on voit toujours les mêmes revenir. On a fait un bon nettoyage depuis 2016 mais il reste encore un noyau dur" nous dit le responsable. En effet, 70% des braconniers arrêtés sont des récidivistes.

Le parquet durcit donc les peines pour ces personnes qui reviennent. "Ce n'est pas une activité anodine, le braconnage c'est du pillage qui cause de vrais dégâts à la biodiversité" ajoute pour sa part Jérôme Lafon.

Le braconnage nuit à la pêche professionnelle

Pour la DMSOI il est important de rappeler que la pêche illégale sous-marine cause une concurrence déloyale à la pêche professionnelle. "Des enquêtes sont lancées après une interpellation pour comprendre où vont ces poissons. En général, les braconniers les vendent sous le manteau auprès de restaurateurs ou de particuliers" explique Jérôme Lafon.

Ainsi il conseille aux amateurs de poissons de "bien regarder à qui on achète son produit pour ne pas être complice du braconnage, même malgré soi". La poissonnerie indépendance ou en grande surface reste le meilleur moyen d'avoir une traçabilité du produit, selon lui. Le milieu de la pêche est déjà suffisamment menacé pour la DMSOI pour y ajouter l'impact du braconnage.

A l'approche des fêtes de fin d'année, les acteurs de la mer se mobilisent et sont prêts. La pêche illégale de la langouste augmente à cette période. Il faudra donc redoubler de vigilance pour éviter - au mieux - de nouveaux pillages dans le lagon.

mm / www.ipreunion.com / redac@ipeunion.com

   

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