Attentats de Paris le 13 novembre 2015 :

Quatre ans plus tard, La Réunion se souvient


Publié / Actualisé
Déjà 4 ans jour pour jour qu'ont eu lieu les attentats de Paris. Une série d'attaques meurtrières sur les terrasses des cafés, au Stade de France et dans la salle de spectacle du Bataclan... Plusieurs mois après l'attentat de Charlie Hebdo, les Français ont dû faire face une nouvelle fois à l'horreur. 131 personnes ont perdu la vie durant ces attentats, et plus de 400 personnes ont été blessées. Aujourd'hui les Réunionnais se souviennent de cette soirée tragique, malgré les 10.000 km qui séparent notre île de la capitale. (Photo d'illustration)
Déjà 4 ans jour pour jour qu'ont eu lieu les attentats de Paris. Une série d'attaques meurtrières sur les terrasses des cafés, au Stade de France et dans la salle de spectacle du Bataclan... Plusieurs mois après l'attentat de Charlie Hebdo, les Français ont dû faire face une nouvelle fois à l'horreur. 131 personnes ont perdu la vie durant ces attentats, et plus de 400 personnes ont été blessées. Aujourd'hui les Réunionnais se souviennent de cette soirée tragique, malgré les 10.000 km qui séparent notre île de la capitale. (Photo d'illustration)

131 vies volées

Après la liberté de la presse, c'est la liberté tout court qui fut visée ce soir-là. C'est le monde de la fête, des loisirs, la musique, les verres entre amis et le sport, tout ce qui fait les petits bonheurs du quotidien, qui furent mitraillés le 13 novembre 2015. Emportant des dizaines de vies innocentes.

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Un drame d'une ampleur inouïe à Paris, qui résonna jusqu'à La Réunion. Les habitants le reconnaissent : la distance géographique a créé une certaine distance dans le recueillement également.

"L'événement étant éloigné, on ne se sent pas impactés directement" reconnaît le président du Conseil départemental Cyrille Melchior. "Mais on se sent quand même concernés parce qu'on imagine le deuil, la perte d'un être cher."

Ainsi, il le rappelle, à l'époque la douleur fut malgré tout "exprimée à l'occasion de petits hommages, des recueillements ou des minutes de silence". Une façon de soutenir et participer à distance aux commémorations en métropole.

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"Loin et près en même temps parce qu'on reste Français"

Marie* (le prénom a été changé à sa demande) est pour sa part particulièrement émue quand elle évoque les attentats de Paris. Aucune victime dans son entourage, cependant elle se souvient de son inquiétude ce soir-là pour des membres de sa famille qui vivent à Paris. "Au début je les appelais, ils ne répondaient pas, alors je sentais l'inquiétude monter" se rappelle la jeune femme de 26 ans. Elle préfère pour l'instant ne pas ressasser ces souvenirs, et se frotte les bras pour effacer les frissons d'horreur qui l'envahissent malgré elle lorsqu'elle évoque les attentats.

Anne-Gaëlle, 24 ans, se souvient bien de cette triste journée : "l'attentat reste gravé dans nos esprits, ça ne s'est pas passé il y a très longtemps". La jeune femme était chez elle, à Saint-Louis lorsqu'elle a pris connaissance des attaques. "J'ai des amis en métropole, donc j'ai eu peur, je me suis demandée s'ils étaient touchés par ces attentats. J'étais constamment en contact avec eux via les réseaux sociaux pour savoir s'ils étaient en sécurité".

Selon elle, la distance ne fait pas tout, et l'émotion était malgré tout palpable à La Réunion. "On fait partie de la France donc on se sent loin et près en même temps, moi je l'ai vécu comme ça."

Des hommages par dizaines à La Réunion

La Réunion, à sa manière, a tenu à rendre hommage aux victimes des attentats, bien qu'aucune d'entre elles ne soit réunionnaise. 

Aux Avirons cependant, les habitants ont organisé une cérémonie de recueillement, 4 jours après les attentats de Paris pour Anne Cornet Guyomar, dont les parents résident aux Avirons. Elle a été assassinée avec son mari lors du massacre du Bataclan. Beaucoup d'Avironnais avaient tenu à apporter leur soutien aux parents.

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Un rassemblement a aussi été organisé à Champ-Fleuri, à l'initiative de la Ligue des Droits de l'Homme pour exprimer la "solidarité nationale" des Réunionnais. Isnelle Gouljar, présidente de la LDH Réunion, se souvient : "nous étions plusieurs centaines, de toutes confessions, en communion, pour dire non au terrorisme et réaffirmer notre vivre-ensemble". Selon elle, "cette forte mobilisation citoyenne fut un moment de ferveur et de recueillement". Fleurs et bougies ont été déposées sur la Place des Droits de l'homme.

A distance, les habitants ont participé à la minute de silence observée le lundi 16 novembre, trois jours après les attentats. Certains ont aussi tenu à pavoiser leurs balcons de drapeaux bleu-blanc-rouge pour participer à l'hommage national demandé par le président de La République.

Chacun a tenu à participer à sa manière. Comme à l'Université de La Réunion, où étudiants et professeurs se sont recueillis sur le site du Moufia dès la reprise des cours pour observer eux aussi une minute de silence. A La Possession, où la natation réunionnaise a observé une minute de silence dès le lendemain des attentats, durant les interclubs de natation. Ou encore au jardin de l'Etat à Saint-Denis où 15.000 gramouns rassemblés pour la Journée départementale des personnes âgées ont tenu à se recueillir un instant.

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Une "guerre déclarée"

Le 16 novembre 2015, une minute de silence a été observée sur toute l'île. La Réunion s'est jointe une nouvelle fois au recueillement national. Plusieurs communes ont participé à cet hommage, comme Saint-André, Saint-Pierre ou Saint-Paul, ainsi que la préfecture et certains établissements scolaires.

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Le président du Centre régional du culte musulman de La Réunion en avait profité pour condamner immédiatement ces attentats. "Cette guerre déclarée constitue un véritable déni de moralité, de croyance religieuse, de respect des valeurs les plus élémentaires" avait-il évoqué dans une tribune libre.

"Une laïcité pleine et entière" à La Réunion

Aujourd'hui Houssen Amode se désole de voir que les amalgames continuent, mais il ne s'est jamais senti "obligé" de prendre la parole. "Je l'ai fait en 2001, je l'ai fait pour Charlie Hebdo, le Bataclan, Nice, ou encore Saint-Etienne du Rouvray… je l'ai fait à chaque attentat en métropole. C'est notre devoir en tant que responsables religieux de condamner ces actes et poursuivre notre appel à la paix."

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Le président du CRCM savait cependant que ses propos en 2015 seraient "très attendus" : "j'ai participé au recueillement de Champ-Fleuri. J'ai bien vu dans les regards de la foule que ma prise de parole serait écoutée au mot près".

Il salue cependant la spécificité réunionnaise : "nous avons de la chance de bénéficier d'une laïcité pleine et entière, où les religions sont protégées". Ce qui marque une profonde différence selon lui avec les tensions religieuses réveillées dans l'Hexagone suite à ces attentats.

L'état d'urgence étendu à La Réunion

Bien qu'épargnée par ces attentats en France, qui ne se limitent hélas pas au Bataclan, La Réunion a été elle aussi soumise à l'état d'urgence. Si le drame du 13 novembre 2015 a suscité une vague d'émotion malgré les kilomètres, il a aussi touché l'île en terme de sécurité.

Le 18 novembre, le gouvernement décide d'étendre le dispositif aux Outre-mer. L'état d'urgence visait à interdire la circulation des personnes, instituer des zones de protection et de sécurité, interdire des réunions ou manifestations, ou encore ordonner des perquisitions à domicile de jour comme de nuit.

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Sur le volet scolaire aussi, les consignes de sécurité se sont avérées très strictes. Le 16 novembre, comme en métropole, les écoles étaient ouvertes mais le recteur de l'Académie de La Réunion a transmis aux directeurs d'établissements un certain nombre de mesures à respecter. Parmi elles, le contrôle des sacs et cartables à l'entrée des bâtiments, l'interdiction des voyages scolaires hors du département, la suppression de tous les stages de formation des personnels...

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La Réunion touchée par le djihadisme

Trois jours après les attentats de Paris, l'enquête apporte un élément qui concerne directement La Réunion : la voix entendue dans une vidéo de revendication des attentats de Paris est celle de Fabien Clain. Toulousain, d'origine réunionnaise, le djihadiste est aussi suspecté à ce moment-là d'avoir participé au projet d'attaque avorté d'une église de Villejuif en avril dernier.

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Le 1er mars 2019, la coalition anti-Etat islamique (EI) dirigée par les Etats-Unis annonce la mort du djihadiste réunionnais de 41 ans. Son frère Jean-Michel, de trois ans son cadet, a quant à lui été identifié comme le psalmodieur des chants religieux entendus dans l'enregistrement. Il a lui aussi été tué en Syrie, deux semaines après Fabien Clain.

Courant novembre 2015, on apprendra également, dans le cadre du plan Vigipirate renforcé après les attentats de Paris, que depuis le début de la procédure de surveillance de possible de radicalisation "un peu moins d'une centaine de cas a été signalée" à La Réunion, selon le préfet de l'époque.

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En juin dernier, les forces de l’ordre avaient procédé au démantèlement d’un groupe djihadiste présumé à Saint-Denis. C'est là que celui qu'on surnomme "L’Egyptien", salafiste au sein du réseau présumé, a été incarcéré. C'était en juin 2015, avant les attentats de Paris, et après celui de Charlie Hebdo.

En provenance de Métropole, Naïl Varatchia, 25 ans, est arrivé à La Réunion le 8 octobre dernier sous l'étroite surveillance des forces de l'ordre. Il a été transféré de sa prison de l'Hexagone pour achever de purger dans l'île sa peine de huit ans de prison, assortis d'une période de sûreté des deux tiers de la condamnation. Prédicateur salafiste présumé, il aurait incité plusieurs jeunes de La Réunion à partir faire le jihad en Syrie. L'un de ces jeunes est ensuite mort en Irak.

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