Le Conseil consultatif citoyen commente les orientations budgétaires 2020 :

"La Région n'a pas tiré les leçons des gilets jaunes"


Publié / Actualisé
Pour le Conseil consultatif citoyen (CCC), organisme participatif ayant pour but de donner la parole à des citoyens tirés au sort, la Région n'a pas tenu compte des revendications du mouvement des gilets jaunes de 2018. C'est en substance le commentaire exprimé dans le cadre de "l'avis citoyen" rendu sur les orientations budgétaires 2020 de la collectivité régionale. Ces dernières seront débattues ce jeudi 29 novembre 2019. L'instance dresse les mauvais points mais aussi les bons points de la politique régionale. Elle émet aussi ses préconisations en ces termes : "pour répondre à l'urgence sociale, la Région devra revoir et recentrer ses dispositifs en visant la transparence et l'efficacité de l'action publique, ainsi que le renforcement du pouvoir d'achat des Réunionnais" (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Pour le Conseil consultatif citoyen (CCC), organisme participatif ayant pour but de donner la parole à des citoyens tirés au sort, la Région n'a pas tenu compte des revendications du mouvement des gilets jaunes de 2018. C'est en substance le commentaire exprimé dans le cadre de "l'avis citoyen" rendu sur les orientations budgétaires 2020 de la collectivité régionale. Ces dernières seront débattues ce jeudi 29 novembre 2019. L'instance dresse les mauvais points mais aussi les bons points de la politique régionale. Elle émet aussi ses préconisations en ces termes : "pour répondre à l'urgence sociale, la Région devra revoir et recentrer ses dispositifs en visant la transparence et l'efficacité de l'action publique, ainsi que le renforcement du pouvoir d'achat des Réunionnais" (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Les mauvais points des orientations budgétaires de la Région

"D’emblée, aucune mesure du document des orientations budgétaires n’apparaît clairement venir modifier la politique régionale suite aux revendications des gilets jaunes", peut-on lire dans l’avis.

Les membres du CCC enfoncent encore le clou : "les problématiques autour du pouvoir d’achat et de l’impact des taxations, dont l’octroi de mer, sur la vie chère, ne trouvent pas de réponses claires, et aucune action n’est visible pour rétablir la confiance du citoyen et empêcher que les manifestations des gilets jaunes ne se reproduisent".

Le CCC se livre ensuite à une série de critiques portant sur l’organisation administrative, évoquant "le manque de coordination entre les différents acteurs" ou encore "la substituions qu’opère la Région sur les champs initialement dévolus à l’Etat, donnant un sentiment d’inefficacité et semblent manquer d’anticipation sur les besoins futurs".

Les citoyens estiment par ailleurs que "les dispositifs proposés par la Région sont souvent peu connus du citoyen", et que la plupart des mesures "cible une frange trop restreinte de bénéficiaires et ne couvre pas toute la population". Le CCC regrette par ailleurs que "la plupart des aides ne s’accompagne pas de contreparties exigées de la part de leurs bénéficiaires".

Le CCC s’interroge ensuite sur "la finalité et les impacts économiques et sociétaux d’un certain nombre de mesures et dispositifs" en commençant par s’interroger sur "l’effet d’aubaine induit par certaines aides" qui contribueraient, de fait, à l’augmentation des prix de certains bien et services ajustés sur les aides proposées. L’instance cite notamment les aides à l’édition, aux chauffe eau solaires, les bons POP (pour les ordinateurs portables) et les manuels scolaires.

Le CCC poursuit en évoquant la politique relative aux emplois verts, estimant qu’elle "maintient les bénéficiaires dans un système précaire sans perspectives d’insertion professionnelle". Elle pointe également du doigt une éventuelle "concurrence déloyale des associations supports face aux entreprises du secteur de l’aménagement paysager".

Sur la politique des transports et de déplacement, le CCC note un "manque de coordination entre les acteurs", ne permettant pas de proposer une offre en adéquation aux besoins des territoires. Sur les orientations touristiques, "les citoyens ont le sentiment d’absence d’action en faveur des touristes locaux", peut-on lire. En ce qui concerne le développement de la croisière, il "ne semble pas profiter au territoire et aux entreprises réunionnaises".

"De manière plus large, l’absence de mesures pour certains publics et secteurs économiques peut laisser penser à un projet économique élitiste, et à l’absence de projet d’envergure pour lutter contre le chômage de masse".

Parmi les autres points de désaccord, le CCC souligne la baisse chaque année de l’aide à la formation, l’absence de lien apparent entre formation et insertion professionnelle ou encore la non couverture de l’ensemble des lycées publics par du wifi.

Par ailleurs, "certains aspects n’ont pas été perçus au travers de ces OB", indiquent les citoyens dans leur rapport, citant "le lobbying qui pourrait être réalisé auprès de l’Europe dans le cadre de la recherche de financements, la pertinence du modèle digue/enrochement pour la NRL, la prise en charge des personnes porteuses de handicap, les initiatives liées à l’éducation et à l’environnement, la considération de l’impact environnemental des projets".

Le CCC regrette enfin l’absence de contrôle et d’évaluation des politiques publiques. "Si les bénéficiaires sont effectivement suivis tout au long de leur parcours, aucun suivi et mesure d’impacts ne sont assurés par la collectivité", commentent les citoyens tirés au sort.


Les bons points du Conseil Consultatif Citoyen

Le CCC note également quelques  "points forts" dans ces orientations budgétaires, notant que les actions volontaristes de la collectivité régionale "participent à une plus grande égalité des chances et impactent positivement le pouvoir d’achat des Réunionnais concernés à ce titre (continuité territoriale, accession à la propriété, dispositifs de cohésion sociale), ou en matière sportive (soutien aux associations, accompagnement des communes pour la réhabilitation des équipements...) ou culturelle (soutien des artistes et préservation du patrimoine)".

L’organisme consultatif dresse un bilan positif en ce qui concerne la politique de mobilité de la Région, saluant tout particulièrement le dispositif de continuité territoriale "en tant que dispositif en faveur du pouvoir d’achat, par le biais du maintien de cette aide par la Région malgré le désengagement de l’Etat, et de l’ouverture d’un nouveau volet dans le sens Métropole – Réunion".

Les actions consenties en direction des publics les plus précaires et des associations sont également vues d’un bon œil par le CCC, notamment les nouvelles aides aux colis alimentaires, les actions de lutte contre l’illettrisme dispensées dans le cadre des Cases à Lire, l’engagement à lutter contre les violences faites aux femmes ou encore le financement d’organisations telles que le CEVIF et l’ARAJUFA.

En ce qui concerne la politique des transports et des déplacements, les citoyens soulignent les efforts en matière d’amélioration des routes, de création de voies cyclables ou encore de développement des transports collectifs, dont ceux en sites propres.


L’ambition régionale en matière de maîtrise de l’énergie, de développement des énergies renouvelables et de recherche sur les alternatives écologiques aux énergies fossiles est également soulignée, tout comme les orientations en matière d’éducation, et de formation, "conduites par l’intention affichée d’amélioration de l’employabilité" (renforcement de l’offre de formations, dispositifs aux apprentis dont l’extension du POP à ce public, l’accompagnement des jeunes de plus de 16 ans et des étudiants...), les orientations du pilier économique (aide aux petites entreprises, accompagnement de la pêche artisanale locale, soutien à l’export, aide aux entreprises innovantes...) et celles relatives à la coopération (soutien au volontariat, coopération avec la Commission de l’océan Indien, réflexion sur la route de la Soie et le tourisme...).

Le CCC salue évidemment "les orientations visant à la participation citoyenne" avec la création de nouvelles instances telles que le Conseil Consultatif Citoyen et le Conseil Régional des Jeunes.

Les propositions citoyennes : transparence et efficacité de l’action publique par le renforcement du pouvoir d’achat

En dernier lieu, le CCC s’adonne à l’exercice des propositions citoyennes, estimant que "pour répondre à l’urgence sociale, la Région devra revoir et recentrer ses dispositifs en visant la transparence et l’efficacité de l’action publique, ainsi que le renforcement du pouvoir d’achat des Réunionnais".

En commençant par le dispositif de continuité territoriale que les citoyens jugent être une prérogative de l’Etat et pour lequel "la Région doit cesser de s’y substituer".  "Des crédits nationaux dédiés devraient être transférés à la Région pour un gestion globale du dispositif", poursuit le CCC qui propose par ailleurs de revoir les modalités d’attribution de l’aide.

"Les critères d’attributions pourraient être adaptés, en ne se basant pas sur le seul critère du quotient familial, mais en tenant compte de la fiscalité du ménage de façon général. Les membres du CCC s’interrogent également sur la pertinence de la possibilité de récurrence annuelle de l’obtention de l’aide. Limiter celle-ci à tous les deux ans par exemple et augmenter le plafond d’éligibilité pour permettre à davantage de public d’en bénéficier. Enfin, des procédures de contrôle afin de limiter les abus seraient souhaitables et permettraient d’optimiser ces dépenses de la collectivité", détaillent les membres du Conseil.

Le CCC invite par ailleurs la Région à des efforts de simplification et de communication sur les aides et intervention de la Région "encore trop méconnues du grand publics" à travers notamment le magazine régionale, l’organisation de référendums populaires, la mise en place d’unité mobile itinérantes ou le tenue de permanence régulières dans les villes et les quartiers.

"Une contrepartie qui serve aux Réunionnais"

Les citoyens plaident par ailleurs en faveur d’"une contrepartie qui serve aux Réunionnais" de la part des bénéficiaires des aides régionales. "Les élèves boursiers du supérieurs, par exemple, pourraient proposer des heures de bénévolat sur de l’aide à l’écriture ou de l’apprentissage des langues", défend ainsi les commentateurs dans leur avis.

Dans le domaine de la politique éducative, le CCC souhaite l’extension de l’accès au WIFI sur l’ensemble des lycées de l’île et demande à la Région d’anticiper les besoins lors de la construction de nouveaux établissements. Les citoyens demandent la suppression des dotations aux lycées privés et le "déploiement de zones d’éducation expérimentale dans le Sud-Est de l’île afin de pallier l’absence de lycées dans cette zone".

Sur le plan des transports et des déplacements, le CCC suggère d’élargir le Pass bus des étudiants aux lycéens, d’améliorer et de rénover les arrêts des Cars Jaunes, de coordonner les horaires des Cars Jaunes avec ceux des autres compagnies de transport, de favoriser la complémentarité vélo/bus en créant davantage de pistes cyclables et de parking vélos, de mettre en place de systèmes de parcage de véhicules en hauteur, de développer les aires de covoiturage, ou encore d’installer des bornes de recharge de voitures électriques dans les lieux publics gérés par la Région (lycées, musées etc.).

Pour ce qui est du développement économique, le CCC préconise de solliciter l’Etat sur trois points : la réduction des charges et de la fiscalité pesant sur les entreprises réunionnaises pour favoriser leur compétitivité, la priorisation des emplois PEC (Parcours Emploi Compétence) dans les entreprises et l’extension des zones franches urbaines à l’ensemble de l’île.

En ce qui concerne l’action économique régionale, l’organisation propose une adaptation des formations aux besoins réels des entreprises ainsi que la création d’un chèque à l’embauche pour tout salarié résidant à La Réunion. Le CCC demande également "plus de lisibilité sur la question de l’octroi de mer et de la taxe carburant".

"L’octroi de mer ne doit concerner que les seuls produits importés qui sont déjà produits dans l’île. Cela redonnera du pouvoir d’achat aux Réunionnais, et générera donc de la TVA dans les caisses publiques, ainsi que des cotisations sociales supplémentaires du fait de la création de nouveaux emplois", analysent les rédacteurs de l’avis.

Pour les carburants, le CCC ne remet pas en cause le régime de taxation mais estime que "des actions doivent être proposées afin de remédier à la pratique du prix plafond sur les carburant par l’ensemble des fournisseurs de l’île". Les citoyens évoquent également une réflexion sur le recours du bioéthanol, moins polluant.

Le rapport fait ensuite une série de préconisations en matière d’agriculture (accompagnement vers le bio et/ou raisonné, diversification des cultures), de tourisme (aide aux gérantes de gîtes, chèque tourisme à destination du touriste local, information touristique dispensée au cœur des quartiers), d’économie circulaire (mise en place de la consigne sur verre, valorisation des produits et savoir-faire locaux), de culture (création d’un musée de la Vanille dans l’Est, mise en place d’une carte pass pour les musées régionaux).

Enfin sur la question du développement durable, le CCC plaide pour la mise en place de mesures incitatives en faveur de la maîtrise de l’énergie et de la lutte contre les pollutions. L’organisme s’attarde également sur la question du traitement des déchets et de la problématique de la saturation des centres d’enfouissement. "Le CCC recommande d’étudier une alternative à l’incinérateur qu’il ne considère pas comme être une solution viable, car nécessitant à terme d’importer des déchets des pays alentours", expliquent les citoyens.

www.ipreunion.com
 

   

2 Commentaire(s)

Lol, Posté
Le CCC c'est du n'importe quoi. Juste un outil électoraliste pour Didier Robert
Zavoca marron, Posté
la politique, la gouvernance, l'administration, ne peut être l'affaire d'élus du peuple et encore moins de citoyens mais davantage de spécialistes et d'experts qui travaillent en équipe pluridisciplinaire et en mode projet et objectifs à atteindre : au bout de 3 ans ou 4 ans, on change d'équipe, comme ça il n'y a ni carrière dorée ni abus ni incapables ou incompétents qui s'accrochent ad vitam aeternam.ð??...