Des embouteillages, encore des embouteillages :

Routes : la décongestion, ce n'est pas pour maintenant


Publié / Actualisé
Comme chaque matin et chaque soir, les routes réunionnaises sont embouteillées, congestionnées, asphyxiées. Impossible de prendre son véhicule sans voir poindre le spectre des ralentissements quotidiens. Ne parlons même pas en cas de pluie ou d'accident, la route devient alors un parcours du combattant, et même les chemins alternatifs censés être des " raccourcis " n'ont alors plus d'utilité. En parallèle, l'usage du transport en commun peine à se développer, certainement faute de moyen alternatif au bus. Les projets routiers sont quant à eux au ralenti, à l'image du chantier de la Nouvelle Route du Littoral. Tout cela au grand dam des usagers de la route ( (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Comme chaque matin et chaque soir, les routes réunionnaises sont embouteillées, congestionnées, asphyxiées. Impossible de prendre son véhicule sans voir poindre le spectre des ralentissements quotidiens. Ne parlons même pas en cas de pluie ou d'accident, la route devient alors un parcours du combattant, et même les chemins alternatifs censés être des " raccourcis " n'ont alors plus d'utilité. En parallèle, l'usage du transport en commun peine à se développer, certainement faute de moyen alternatif au bus. Les projets routiers sont quant à eux au ralenti, à l'image du chantier de la Nouvelle Route du Littoral. Tout cela au grand dam des usagers de la route ( (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Des bouchons, toujours des bouchons

Dès 6 heures chaque matin, les premiers bouchons fleurissent sur les routes réunionnaises, notamment sur la liaison Saint-André vers Saint-Denis et Saint-Pierre vers Saint-Denis. " Si on doit arriver à 8 heures à Saint-Denis, il n’y a pas d’autre moyen que de prendre la route très tôt ", confie un automobiliste excédé. Au total, la CRGT enregistre chaque jour 40 km le matin et 17 km l'après-midi d’embouteillages cumulés sur les routes réunionnaises.

Même rengaine le soir, à partir de 16 heures où les travailleurs quittent leurs postes, les embouteillages se développent rapidement, multipliant souvent par 2 voire 3 le temps de trajet " normal ". Cela, si tout va bien. Car en cas de grosses averses ou d’accident, le temps peut paraître interminable pour les automobilistes comme ce mercredi 13 novembre après-midi où 18km d’embouteillages ont été recensés entre la Pointe du Gouffre et Saint-Paul suite à un accident.

Au-delà des aléas climatiques et des faits divers, deux éléments expliquent cette asphyxie routière quotidienne : un réseau routier sous dimensionné par rapport au nombre de véhicules en circulation plus de 350 000 véhicules et un trafic à la hausse de 1,5% à 3% en moyenne chaque année, ainsi qu’un manque d’attractivité et d’interopérabilité du réseau de transport en commun qui, pour l’heure, se résume au bus.

Nos élus bien pensants

Paul Vergès, à l’époque président de Région, avait l’ambition de développer un réseau ferré tout autour de l’île, le tram-train. Un projet tombé aux oubliettes en 2010 avec l’arrivée aux commandes de la pyramide inversée de Didier Robert qui promettait à la place 2000 bus, qu’on attend encore de voir venir près de 10 ans après cette promesse fracassante.

Lire aussi : Didier Robert cherche les responsables d'un "échec sans précédent"

Depuis quelques temps, le président de Région défend un projet de réseau ferré, le Run Rail, avec un premier tronçon devant relier Sainte-Marie et l’entrée Ouest de Saint-Denis pour un coût estimé de l’opération de près de 300 millions d’euros. Toute ressemblance avec un projet enterré en 2010 serait purement fortuite... 

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En parallèle, la CINOR défend son propre projet de voie ferrée, devant lui aussi relier Sainte-Marie à Saint-Denis faisant ainsi concurrence au projet régional même si Gérald Maillot, président de l’intercommunalité, s’en défend. Les projets qui foisonnent c’est bien, mais porter quelque chose de cohérent c’est mieux. Heureusement, les deux autorités ont engagé des pourparlers en vue d’optimiser le chantier et de mettre en commun certaines voies. Ouf de soulagement.

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Les autres intercommunalités ont-elles aussi engagé des réflexions autour d’un projet de voie ferré. A croire que nos élus découvrent subitement que le bus ne peut être la seule alternative au tout-auto à La Réunion.

Outre le transport ferré, le téléphérique a aussi le vent en poupe en ce moment, comme à Saint-Denis où un projet de téléphérique urbain est porté par la CINOR pour relier les hauts de Sainte-Clotilde aux bas. Saint-Leu veut aussi son téléphérique, partant du cirque de Cilaos, passant par les hauts de Saint-Leu pour rejoindre les bas.

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Pas de perspectives d’amélioration sur le réseau routier


Nos élus ne manquent pas non plus d’idées pour développer le réseau routier. Didier Robert aura eu le mérite de lancer le projet de Nouvelle Route du Littoral, un projet longtemps annoncé mais jamais concrétisé jusqu’alors. Le chantier est actuellement au ralenti et fait certes l’objet d’une enquête préliminaire concernant les conditions d’attribution des marchés. Mais reconnaissons que la route fait son petit bout de chemin et devrait, sauf aléas divers, ouvrir à la circulation en 2023.

Si cette route devrait sécuriser les automobilistes (quoi que, les défauts recensés sur certaines piles n’ont rien de rassurant...), elle ne résoudra certainement pas le problème de la circulation entre Saint-Pierre et Saint-Denis, cela malgré la livraison prochaine d’un nouveau pont sur la rivière des galets.

D’une part la question relative à la nouvelle entrée ouest de Saint-Denis n’est toujours pas tranchée, sujet qui devrait faire l’objet d’âpres débats lors des municipales de 2020, mais encore la vraie problématique se trouve, comme on peut le voir quotidiennement, au niveau de Savanna qui joue parfaitement, chaque matin, son rôle de goulot d’étranglement, tout le flot de véhicules venant des hauts de Saint-Paul se déversant sur cette zone.

Dans le Sud, point de salut. Les embouteillages sont très nombreux aux heures de pointes et la situation ne cesse d’empirer. La route des géraniums portés par la Région et devant permettre de faire une liaison entre les bas et la Plaine des Cafres en contournant le Tampon a été abandonnée, compte tenu d’une opposition très forte des habitants menacés d’expropriation et des riverains de cette future voie.

Ça réfléchit, ça imagine, ça annonce

Dans l’Est, la situation n’est guère meilleure. Dans les bons jours, les embouteillages commencent au niveau de Petit Bazar à Saint-André et se poursuivent jusqu’à la ville de Saint-Denis, pour une moyenne de 24 km de bouchon le matin dans le sens est-nord. Un spectacle assez impressionnant pour un touriste qui se rendrait de l’Est.

Là encore, les idées ne manquent pas. Le Département a ressorti des cartons le projet de " Route des Hauts de l’Est ", une sorte de route des Tamarins, mais dans l’Est. Un projet ambitieux qui vise à désengorger la route nationale. Un projet vieux de près de 30 ans et qui est aujourd’hui à l’étape d’avant projet et des études réglementaires. Mais surtout un projet qui entraînera très certainement des expropriations et qui sera exposé aux contraintes liées au relief de l’île.

Quand on sait qu’entre la présentation du projet de route des Tamarins et sa livraison, 10 ans se sont écoulés (1999 – 2009), sans compter les surcoûts, le budget étant passé de 700 millions d’euros à 1,14 milliard d’euros au final, ce projet de route des hauts de l’est ne laisse guère de place à l’optimisme. Au mieux, il verra le jour, pas avant de très nombreuses années. Au pire, il retrouvera le carton où il était consciencieusement entreposé.  

En bref, ça réfléchit, ça imagine, ça annonce, ça lance des études et des enquêtes publiques à coût de centaines de milliers d’euros, ça pose des premières pierres. Tant mieux. Mais en attendant, les usagers poursuivent leur galère sur la route, encore et encore ! Une chose est sûre, l’industrie automobile peut voir l’avenir très sereinement, car la décongestion, ce n’est clairement pas pour maintenant...

www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

13 Commentaire(s)

Lolo, Posté
Avez vous penser à la toute-puissance des 2 plus gros vendeurs de véhicules sur l'île....
Le fait de mettre des bus .. ou pire ... mettre un train ð?¤" leurs fera perdre des millions ... donc si une haute autorité gouvernementales ne prends pas cette décision (le train) les bouchons auront encore de beaux jours devant eux et les concession vont encore vendre des voitures pour toujours égorger plus les routes ... ....hé oui !!! Si vous ne le savez pas encore l'île leur appartient et leur pognon gere tout ...
HK, depuis son mobile, Posté
Moi je roule à moto. C'est un bon moyen de contourner le problème des embouteillages. Je pense que la moto à un rôle à jouer. Il y a aussi la possibilité de rouler sur des motos à 3 ou 4 roues avec le permis voiture.
Strop, Posté
Un peu tard mon commentaire mais je l'écris quand même: le problème ce n'est pas les bus, MAIS LE MANQUE DE BUS.
Et puis il faut en urgence faire sauter le bouchon de savanna.
Joseph, Posté
Faites ce que vous voulez, il y aura toujours des embouteillages monstres !
Regardez simplement, quand une nouvelle grande surface ouvre, c'est plein direct de monde, et il y a en a autant dans les autres autour.
La nature a horreur du vide, créez de la place, elle le remplira.
Papillon diurne, Posté
J'ai commencé à travailler dans mon île en septembre 1990: je devais faire un trajet domicile-travail de près de 50 km, en traversant totalement le chef-lieu et la route exposée en pied de falaise (matin pour arriver avant 7 h 00 & soir après 17 h...). Les difficultés existaient déjà : car nous n'avions pas de déviation et autre contournement des villes et agglomérations (Sainte-Marie, Grand-Bois, La Saline, Est, etc.).
Depuis, la population ici à continuer de croître : accroissement naturel ! Ce qui n'est pas naturel : c'est le flux migratoire soutenu des extra-départementaux... Et, notre réseau routier n'est pas extensible. La problématique des déplacements terrestres ici et son corollaire : la congestion routière étaient largement prévisibles, les autorités ont donc failli!!
Il y avait pourtant un projet moderne sur rails, le nouvel exécutif l'a abandonné en mars 2010, sans rien proposer en remplacement (Le trans éco express n'était pas un projet d'envergure...), La Réunion vient de perdre 20 ans au moins, peut-être 30 ou 40 ans : l'avenir nous le précisera !
À l'échelle d'une vie, on perd des années dans les embouteillages. La Réunion accumule un grand retard sur le reste du monde (Maurice, Besançon, Bilbao, Addis-Abeba, Cap Town, Paris (ligne automatique du métro numéro 14, etc.).
C'est dingue...
Nous n'avons les élus que pour qui nous avons voté, c'est d'une évidence. En mars prochain, nous avons une réelle occasion d'écarter les incapables et leurs amis, mettons en place dans les 24 communes des gens à la hauteur. Puis en 2021, donnons un grand coup de balai dans ces assemblées locales, puis viendra le temps de revoir nos parlementaires députés...en 2022 les 4 sénateurs !
Ce n'est pas en nous abstenons que nous allons faire bouger le système.
Spl, Posté
Demande à elle ou ki lé les 2000 bus? Ma fille elle sa sorte ses grands et jolis mots . Pas de communiqué de sa part pour les perquisitions de l'antenne Sud de la region, concernant les marchés des lycées, des perquisitions dans son ensemble? Bravo la rédaction de nous informer de ce qui se passe dans SA sphère
Boulay, Posté
C'est un
Vrai boulet ! Des bus , un coma circulatoire, pas de tram train.... non mais madame COUAPPEL, aucune vision du territoire !!!!! Vivement le changement en 2021 et hop au repos cette équipe qui ne construit pas l'avenir
Babeuf, Posté
Les bouchons ne sont pas une spécialité réunionnaise!
Lu sur la Dépêche
de Toulouse ce jour sachant que les agglomérations citées sont entre 5 et 8 km de Toulouse!

Un périphérique et des rocades bouchées, dès le moindre incident, même en dehors des heures de pointe, des routes d'accès à la métropole saturées, au point qu'il faut parfois une heure en voiture pour relier Fenouillet, Plaisance-du-Touch ou Labège à la Ville rose, matin et soirâ?| La question de la mobilité dans l'agglomération toulousaine est au cÅ"ur des municipales
Le Sudiste, Posté
Et oui, il faut également changer la mentalité réunionnaise qui pense encore que la voiture est un marqueur social...
Consciencedomoun, Posté
Incompétence de nos décideurs,prêt seulement pour leurs combat politique, négligeant les réels besoins en transport et autres, favorisant le tout auto...
On est dans une belle emmerde maintenant.
Bravo à Maurice pour son projet de métro léger. Nous on reste à quai...
ISMAEL, Posté
L'élue la region aux transports i dit et y vante à elle que les transports lé parfait. Demande à elle durant ces 2 mandats quoi elle l'a fait siouplait ? ? IMAZ PRESS il faut changer ces bras cassés là hein
Popote, Posté
Pas près de finir les embouteillages. Regarder le nombre de voitures neuves débarquées sur les quai du port
Joseph, Posté
Vous pouvez ajouter :
Les badauds qui s'arrêtent pour mater l'accident sur la voie opposée, les secours qui bloquent toute la circulation pour intervenir, les chantiers pour un oui ou un non, les débroussaillages, les tracteurs, les autos pas entretenues qui crament dans la circulation, les inactifs qui écument les routes pour "gagner" 2 ou 3 centimes de réduction en faisant leurs courses dans différents magasins, et j'en passe et des pires.