Abolition de l'esclavage :

20 désanm : oubli pa nout listoir pou fé viv nout lavenir


Publié / Actualisé
Le 20 décembre 1848, Sarda Garriga proclame l'abolition de l'esclavage à La Réunion. 62 000 femmes et hommes sont affranchis... du moins sur le papier. En réalité, la traite perdure encore plusieurs décennies, insidieusement. Le passage de l'ombre à la lumière, de la servilité à la liberté est un long cheminement fait d'errance, de souffrance, de frustration, de larmes et de lutte. Des affranchis se battent pour ce en quoi ils croient le plus : la liberté, parfois au prix de leur vie. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le 20 décembre 1848, Sarda Garriga proclame l'abolition de l'esclavage à La Réunion. 62 000 femmes et hommes sont affranchis... du moins sur le papier. En réalité, la traite perdure encore plusieurs décennies, insidieusement. Le passage de l'ombre à la lumière, de la servilité à la liberté est un long cheminement fait d'errance, de souffrance, de frustration, de larmes et de lutte. Des affranchis se battent pour ce en quoi ils croient le plus : la liberté, parfois au prix de leur vie. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Et la route vers cette liberté est longue, pavée de moments de grâce et de rechutes. Des peuples oppressés, déportés, maltraités, pillés, forcés d’oublier leur Histoire, d’abandonner leur culture, d’effacer leur identité, quand un système a accepté qu’il y ait des dominés et des dominants, des esclaves et des maîtres, des êtres humains et les autres.

À La Réunion, le 20 désanm est le point de départ d’une soif de liberté longtemps inaccessible. L’esclavagisme, l’engagisme, l’exode forcé de Chinois, de Tamouls ou d'Européens issus de milieu modeste à qui on promettait une vie meilleure. Victimes de violence de classe, asservis, humiliés, à qui on a dit qu’ils ne valaient rien. Personne n’a été épargné. Tout le monde a été victime. Une violence d’État, les lois sociales valables pour tous les citoyens de la République ont parfois été oubliées à La Réunion. Le système colonialiste a fermé les yeux. Parce que ça l'arrangeait bien.

Briser une femme ou un homme, le mettre plus bas que terre pour une histoire de couleur, de classe sociale, de culture, de religion. Les dominés n'étaient pas libres, aucun doute, mais les bourreaux l'étaient-ils plus ? Comment être en paix avec soi-même ?

Les Réunionnais sont les descendants des esclaves, des engagés, des exilés de force, des anciens maîtres, Nous avons construit, main dans la main la société que l'on connaît aujourd'hui et l'avons nommée du plus beau nom qui soit : La Réunion, terre de vivre-ensemble. Ce vivre-ensemble est imparfait mais il a le mérite d’exister. Le mérite d’être reconnu. Le mérite d’apparaître.

Ce métissage est l'héritage d'un passé douloureux, marqué par l'ignominie. Mais rien n'est tout blanc ou tout noir. L'espoir, la réconciliation, la paix, la solidarité, l'acceptation de l'autre, l'humanité ont été plus forts. Ce vivre-ensemble, même bancal aurait pu ne jamais voir le jour si nos ancêtres ne s'étaient pas battus, n'avaient pas cru qu'une autre vie, une autre société étaient possibles.

Tous victimes mais tous tournés vers un avenir meilleur. Le passé a forgé La Réunion, même dans ce qu’il a de plus sombre. Ne pas faire l’impasse, ne pas oublier, mais avancer. Ce statut de victime doit être une force, le rappel que coule dans nos veines le sang de ceux qui ont eu foi en cette Liberté chérie. Ils sont arrivés par vagues sur cette terre inconnue, souvent contre leur gré, souvent sans savoir à quoi s'attendre. Ils ont vécu une vie de misère, maltraités, déshumanisés, bafoués pourtant, ils sont restés, certains s'étaient résignés, d'autres croyaient en un monde meilleur. L'Histoire de La Réunion, c'est l'ombre et la lumière, le meilleur et le pire. Aujourd'hui, la fierté d'être cette terre multiethnique, multiculturelle, multi religieuse que beaucoup nous envient.

Le vivre-ensemble réunionnais est fragile, imparfait, bringuebalant mais les Réunionnais y sont attachés et le chérissent parce-qu'il est rare.

Le 20 désanm n’est pas qu’une histoire de chiffre ou de date ou juste un jour férié de plus, c’est le commencement d’une longue route vers la Liberté entreprise il y a maintenant 171 ans.

fh / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

2 Commentaire(s)

Franck, Posté
Bonjour Joseph,
ici il est question de faire un devoir de mémoire. Pour nous réuionnais la fét kaf est l'occasion de fêter ce grand jour de libération. Célébrer par les créoles kaf ( d'origine afro malgache ), malbar ( travailleur indien ), yab ( ouvrier, pirate, commerçant venu la plupart du nord de la France ). Nous tous nous célébrons et honorons cette fête au-delà de la culpabilité de l'histoire que nous inculques l'école Consistant à oublier les histoires s'ombres de la France

De cette fête est né notre union et nos traditions entre créoles noirs, blancs, indien, chinois. Elle est l'héritage de notre bien vivre ensemble dans la joie et l'harmonie. L'âme de nos traditions créoles. Ayant survécu à l'esclavage et à la misére. Nous "créoles" avons survécus et accepter nos différences ethnique dans l'acceptation du passé dans la culture et la tradition créole de nos ancêtres

Ce jour est pour nous un jour de fête avant Noêl. Je ne vous en veux pas mais je souhaites vous faire partager la signification de cette tradition pour la communauté créole de la réunion qui me tient à coeur.

Pour finir oui l'esclavage a économiquement profité a de nombreux royaume et gouvernement dans le monde ( romaines, africaines, musulman, chinoise, empires coloniales...) Mais ne l'excuse aucunement à personne. Ni vous ni moi ne sommes responsable du passé. L'oublier serait une erreur et l'accepté serait avancer pour aller de l'avant. Comme l'on fait nos ancêtres créoles qu'elles que soit leur couleur et religion d'ou Le nom de notre île.

Désolé pour ce long texte Joseph, je pense que vous adorez la réunion. Et je voulais vous mettre en lumiére notre culture au-delà de votre message issu d'une volonté du gouvernement et des médias à mettre en tabous et culpabiliser sur ce qui fait notre force et nous rassemble notre histoire.

Sur ceux bonne fêtes à vous et votre famille Joseph. En souhaitant vraiment que vous appréciez et découvrez réellement la réunion
Joseph, Posté
Il serait bon de rappeler aussi :
1) Ces esclaves étaient vendus par des chefs de tribu Africains, car c'était souvent des prisonniers enlevés à des tribus adverses,
2) Les esclaves ont toujours existé, depuis l'homme de cro-magnons, en passant par les Maures (Maghrébins), les Romains, et par qui ont été érigées les pyramides,
3) Le servage en France, soit des pauvres (blancs) réduits à l'esclavage par des nobles,
4) Aujourd'hui, ne sommes-nous pas encore un peu esclaves, du système par exemple ?
Alors, arrêtez de pleurer, on n'est quand même pas les plus malheureux de la planète, et la majorité de ceux qui sont restés là où ils étaient, le sont plus que nous aujourd'hui.