Attentat du 7 janvier 2015 :

Cinq ans après, c'est quoi "l'esprit Charlie" ?


Publié / Actualisé
C'était le 7 janvier 2015. Ce jour-là, 12 personnes ont perdu la vie, en moins de 2 minutes... L'équipe de journalistes et de dessinateurs du journal satirique Charlie Hebdo est la cible d'une attaque terroriste sans précédent, sous les balles des frères Kouachi. Très vite,à La Réunion comme en Métropole et ailleurs dans le monde, le hashtag #JeSuisCharlie est devenu un emblème de la liberté d'expression. Il a inondé les réseaux sociaux, remplacé nos photos de profil sur Facebook, fait la une des médias. Les manifestation de soutien ici comme dans l'Hexagone ont été nombreuses... Jusqu'à en lasser certains qui ont pointé du doigt les limites de "l'esprit Charlie", entre effet de mode et véritable hommage. Alors, cinq ans plus tard, que reste-t-il de l'esprit Charlie ? (Photos rb/www.ipreunion.com)
C'était le 7 janvier 2015. Ce jour-là, 12 personnes ont perdu la vie, en moins de 2 minutes... L'équipe de journalistes et de dessinateurs du journal satirique Charlie Hebdo est la cible d'une attaque terroriste sans précédent, sous les balles des frères Kouachi. Très vite,à La Réunion comme en Métropole et ailleurs dans le monde, le hashtag #JeSuisCharlie est devenu un emblème de la liberté d'expression. Il a inondé les réseaux sociaux, remplacé nos photos de profil sur Facebook, fait la une des médias. Les manifestation de soutien ici comme dans l'Hexagone ont été nombreuses... Jusqu'à en lasser certains qui ont pointé du doigt les limites de "l'esprit Charlie", entre effet de mode et véritable hommage. Alors, cinq ans plus tard, que reste-t-il de l'esprit Charlie ? (Photos rb/www.ipreunion.com)

12 morts, 2 policiers et 10 employés du journal, dont les dessinateurs Charb, Cabu, Tignous, Wolinski et Honoré ont péri sous les balles des frères Kouachi ce 7 janvier 2015. Un attentat doublement symbolique : l'intrusion du terrorisme de Daech en France et l'attaque de la liberté d'expression sous sa forme la plus imagée, la presse satirique.

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La Métropole a connu une série d'attentats par la suite qui a marqué à jamais son histoire. Deux jours plus tard, un autre jihadiste, Amédy Coulibaly, tuait cinq personnes à Montrouge puis à l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes à Paris. La même année, Paris connaissait les attaques du 13 novembre, faisant 129 morts et plus de 500 blessés. Il y a eu Nice, Saint-Etienne du Rouvray... Sous la mandature de François Hollande, 239 personnes ont perdu la vie sur le sol français à cause d'attentats jihadistes.

Aujourd'hui encore, les Français se souviennent et continuent de partager le traditionnel #JeSuisCharlie. Pour se souvenir. Pourtant le hashtag n'a pas toujours fait l'unanimité, loin de là. Au même titre que le filtre tricolore sur les photos des internautes suite aux attentats du 13 novembre, la commémoration a parfois été assimilée à un effet de mode.

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"Comment ça t'es pas Charlie ?"

"Être Charlie" c'est quoi au juste ? C'est là que les esprits s'échauffent. Est-ce rendre hommage aux victimes de l'attentat ? Soutenir la ligne éditoriale du journal, directement attaqué pour son humour noir décapant ? Défendre la liberté quelle qu'elle soit ?

Beaucoup ont été pointés du doigt car se revendiquant "Charlie", tout en ayant parfois crié au scandale lorsque la une du journal était jugée trop osée. Beaucoup ont aussi été pointés du doigt car se revendiquant "non Charlie", en dénonçant les limites de la commémoration collective, parfois victime d'une perte de sens.

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Le prénom "Charlie" était particulièrement très populaire, en 2013 il a connu un nombre record d'attributions. Mais depuis janvier 2015, le prénom est deux fois moins attribué. Trop dur à porter pour un enfant, estiment certains parents.

Un symbole qui a dépassé le journal

L'expression est devenue lourde de sens en 2015. Elle a envahi la place de la République à Paris et les différents cortèges organisés par la suite. Elle a marqué les esprits. Cinq ans après, tout le monde se souvient de l'esprit Charlie.

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Et quelque part "être Charlie" dépasse de loin la ligne éditoriale du journal satirique. Oui on peut ne pas adhérer au contenu clivant de ses pages, et pourtant se serrer les coudes dans un immense élan de solidarité. On peut ne pas acheter son numéro toutes les semaines et admettre l'horreur qui a secoué les couloirs de la rédaction ce jour-là. On peut ne pas être d'accord mais se souvenir, ensemble.

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Soutenir la liberté d'expression ne veut pas dire être en accord avec les unes d'un journal volontairement provocateur. Parce que c'est ce qui fait son identité. Et le 7 janvier c'est la liberté même qui fut attaquée. Tout comme les attentats du 13 novembre visaient le plaisir, le divertissement, la joie à travers ses balles fusant dans les cafés, près d'un stade, dans une salle de concert...

Charlie continue, avec le même esprit

L'esprit Charlie, c'est aussi et surtout applaudir un journal qui a su se relever, sans son équipe de choc. Ce mardi la rédaction sort un numéro qui s'en prend "aux nouvelles dictatures". "Hier, on disait merde à Dieu, à l'armée, à l'Église, à l'État. Aujourd'hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blogueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d'école", écrit le directeur de la rédaction, Riss, dans l'éditorial.

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Eh oui, c'est ça aussi Charlie Hebdo, s'attaquer aux "nouveaux gourous de la pensée formatée", continuer de se battre crayon à la main, barrer la route au politiquement correct. Et cinq ans après, l'esprit Charlie n'a pas bougé et dénonce les nouvelles formes de censures à coup de leçons de morale derrière son écran.

Dans ce nouveau numéro, la mère de Charb témoigne. Aujourd'hui encore, plus que jamais, elle défend la plume de son fils et la liberté d'expression : "On nous a traités de parents indignes quand il a dessiné Mahomet. Mais nous, on savait mieux que personne qu'il défendait des principes, nous connaissions mieux que quiconque ses valeurs et on admirait sa lucidité et son courage".

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www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com avec AFP

   

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