Les associations écolo dénoncent la supercherie :

Du plastique jetable vendu comme "réutilisable"


Publié / Actualisé
La supercherie a largement été diffusée via les réseaux sociaux et reprise depuis par d'autres collectifs comme l'ONG "Zero waste" (zéro déchet en français) : des industriels font passer des couverts ou gobelets en plastique jetable pour du réutilisable à l'aide d'une simple étiquette. Or depuis le 1er janvier 2020, il est interdit de vendre du plastique à usage unique en France. Les industriels ont une période de 6 mois pour écouler leurs stocks. Mais de là à faire passer du jetable pour du réutilisable, c'est un peu fort de café... (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
La supercherie a largement été diffusée via les réseaux sociaux et reprise depuis par d'autres collectifs comme l'ONG "Zero waste" (zéro déchet en français) : des industriels font passer des couverts ou gobelets en plastique jetable pour du réutilisable à l'aide d'une simple étiquette. Or depuis le 1er janvier 2020, il est interdit de vendre du plastique à usage unique en France. Les industriels ont une période de 6 mois pour écouler leurs stocks. Mais de là à faire passer du jetable pour du réutilisable, c'est un peu fort de café... (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Quelle ne fut pas la surprise de Florence Léchat-Tarery, secrétaire générale exécutive chez Association Climate Change, au moment de tomber sur ces paquets de couverts en plastique "réutilisables". Une simple mention ajoutée sur le paquet – lui-même en plastique – et le tour est joué : les couverts ne sont plus à usage unique.

Censés passer 20 fois au lave-vaisselle

Même design que les couverts jetables, ceux-ci deviennent comme par magie "réutilisables". Comment cela s'explique ? Tout simplement parce la définition même "d'usage unique" est compliquée. Pour être considérés comme réutilisables, les couverts doivent résister à 20 passages au lave-vaisselle.

Zéro Waste France a effectué des tests de lavage sur cette vaisselle, "qui se sont révélés non-concluants" explique l'ONG sur son site. "Nous avons pris au mot l’étiquette et tenté de manger 20 fois dans ces assiettes en les passant régulièrement au lave-vaisselle. Résultat : dès le premier lavage les assiettes ressortent légèrement déformées et cabossées. Après moins de 10 utilisations, la plupart étaient fendues ou avaient pris la couleur et les traces de gras des aliments qu’elles avaient contenu" détaille Laura Châtel, de Zero Waste France.

"Contourner la réglementation"

Les industriels ayant changé leur packaging assurent donc avec aplomb que même en plastique, les couverts et gobelets résistent au lavage. Difficile à croire face aux tests de Zéro Waste et alors qu'en plein pique-nique on peine déjà à découper sa viande avec ce type de couverts...

"C'est exactement le même gobelet que d'habitude, normalement à usage unique, et sur lequel on a écrit 'réutilisable'" explique Tristan Simille, gérant de la page Goodbye Plastic et membre de Zéro Waste La Réunion. "Ce n'est ni plus ni moins une façon de contourner la réglementation." L'ONG sur son site parle carrément de "tour de passe-passe".

Selon Le Figaro, le cabinet de Brune Poirson, secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, a réagi et estime que ces produits sont "un contournement manifeste de l'esprit de la loi" qui va entrer en vigueur. Les industriels fautifs "ne gagnent que quelques mois, ils se feront forcément rattraper par la patrouille".

Le gouvernement serait d'ailleurs en train de préparer un décret pour redéfinir les critères d'un produit en plastique "réutilisable".

Une sensibilisation efficace

Après une enquête menée en janvier, il a été constaté par Zéro Waste que la pratique était courante. Le groupe Carrefour s'est fait épingler comme étant le plus gros commerçant d'assiettes en plastique soi-disant "réutilisables".

"Une aberration alors que le groupe est par ailleurs signataire du Pacte national sur les emballages plastique et communique régulièrement sur son engagement de “100% d’emballages réutilisables, recyclables ou compostables” d’ici 2025" dénonce l'ONG.

Bonne nouvelle : action réaction. L'enseigne annonce aussitôt sur Twitter retirer les articles en question de ses rayons. La sensibilisation fonctionne.

 

Savoir choisir le "vrai" réutilisable

Via un hashtag (mot-clé sur Twitter) #OnLaissePasPasser, Zéro Waste a essayé d'attirer l'attention sur cette supercherie et a gagné en visibilité. "Ce qu'il faut ce n'est pas du faux réutilisable comme ce que font ces industriels, c'est du plastique dur ou de l'inox" affirme Tristan Simille. "Mais on sait que le combat sera long."

Les marques ont normalement six mois à compter du 1er janvier 2020 pour écouler leurs stocks, selon ce que stipule la loi. Alors pourquoi avoir essayé de faire passer du jetable pour du réutilisable ? "C'est un effet de mode aussi", estime le gérant de Goodbye Plastic. "De plus en plus de consommateurs se tournent vers des produits alternatifs, essaient de faire attention… Les attirer avec le terme réutilisable peut fonctionner." Et acheter en pensant responsable alors que cela ne l'est pas, "c'est une erreur qu'on a tous commise un jour".

Le membre de Zéro Waste en profite pour rappeler que les assiettes en carton ne sont pas forcément une bonne alternative. "On remplace souvent le plastique jetable par du carton. Mais de nombreux tests révèlent que la dégradation de ce type de carton est très mauvaise. Ça finit dans la nature ou ça sature les décharges."

Comment dénoncer à son tour ?

Il est possible de dénoncer à son tour des produits faussement réutilisables, si vous en voyez. Il suffit alors de partager une photo sur les réseaux sociaux ou en écrivant directement au service client du magasin en question. Vous pouvez également ajouter en cas de post sur Twitter le hastag #OnLaissePasPasser.

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Jacques, Posté
Plastique, carton, bambous et autres, pas d'inquiétude, les makotes les jetteront toujours dans la nature.

Ce ne sont pas les industriels qu'il faut viser, mais les crasseux bas de plafond.