Mieux comprendre l'histoire :

Pénitenciers pour enfants de la Réunion : nouvelle édition de "Graine de Bagnard"


Publié / Actualisé
Quatorze ans après la sortie de Graine de Bagnard, l'autrice réunionnaise Pascale Moignoux publie, aux éditions Surya, une nouvelle version de son roman historique sur les pénitenciers pour enfants de La Providence et de l'Îlet à Guillaume. Une réédition enrichie et présentée sous forme de coffret beau-livre pour aller encore plus loin dans l'entendement d'une partie parfois méconnue de l'histoire de l'île, et rendre hommage aux milliers d'enfants passés par ces établissement dionysiens. (Photo DR)
Quatorze ans après la sortie de Graine de Bagnard, l'autrice réunionnaise Pascale Moignoux publie, aux éditions Surya, une nouvelle version de son roman historique sur les pénitenciers pour enfants de La Providence et de l'Îlet à Guillaume. Une réédition enrichie et présentée sous forme de coffret beau-livre pour aller encore plus loin dans l'entendement d'une partie parfois méconnue de l'histoire de l'île, et rendre hommage aux milliers d'enfants passés par ces établissement dionysiens. (Photo DR)

Plusieurs raisons expliquent qu’il lui aura fallu tant de temps pour mettre à jour la déjà riche première édition de son ouvrage. D’abord la recherche d’un éditeur acceptant de se lancer dans l’aventure : “Les rééditions sont toujours vues avec beaucoup de prudence parce qu’il y a un potentiel du lectorat qui a déjà acheté le livre. Ils partent du principe que ça se vendra forcément moins.”

Ensuite le gros du travail pour proposer un roman à la fois semblable dans l’histoire qu’il retranscrit mais doté d’un contenu plus approfondi encore, et sous un format novateur. Plus grand, plus lourd, avec une couverture cartonnée et “plus beau”, des dires de Pascale Moignoux, afin que même les possesseurs du la version originelle y trouvent leur compte.

“La nouveauté est tout le cahier iconographique de l’époque. Ce n’est pas un livre que vous consultez dans votre lit avec la tête sur l’oreiller. C’est un livre qu’on a plus sur les genoux avec le roman d’un côté et le cahier iconographique, auquel je fais souvent référence, de l’autre”, explique-t-elle.

Changement de format, changement de style, mais le fond, lui, reste le même. Pas question de dénaturer l'histoire des pénitenciers pour enfants. Pour agrémenter son quadrillage exhaustif de ce patrimoine de la Réunion, l’écrivaine a bénéficié du soutien des archives de la congrégation du saint-Esprit, qui avaient en charge les deux pénitenciers.

“Les archives religieuses sont en général très bien tenues, avec des gens très compétents et disponibles à leur tête. J’étais en contact avec eux depuis longtemps puisque mon premier livre était sur le père Raimbault, qui s’occupait de la léproserie de Saint-Bernard.” Et le père Raimbault était mon grand-oncle. Le père Clément Raimbault dont Pascale Moignoux est la petite-nièce.

- Les photos pour une représentation plus tangible -

Le choix de gravures, cartes postales, plans et surtout photographies de l’époque pour cette réédition s’est finalement imposé de lui-même. Le but étant d’éveiller les consciences et pousser à la réhabilitation de ces sites historiques. “Quand on montre des photos, on se dit que la seconde moitié du 19ème siècle n’est pas si éloignée que cela. On s’identifie plus qu’avec un portrait par exemple. Comme il y a pas mal de photos d’enfants dans le cahier iconographique, c’est assez étonnant et prenant de se concentrer sur ces visages.”

Outre la demande d’anciens lecteurs ou de curieux ne pouvant se procurer le premier livre à cause du dépôt de bilan de la maison d’édition, c’est la dégradation des pénitenciers, au fil des années qui passent, qui a motivé Pascale Moignoux de se remettre au travail.

“On est dans un département qui, depuis un certain temps, se réveille un peu pour remettre en avant des lieux chargés de mémoire. Mais très souvent, il y a plus d’appui et de personnes qui vont vers tout ce qui est histoire de l’esclavage”, déplore-t-elle.

Plusieurs milliers d’enfants réunionnais ont résidé dans les pénitenciers de La Providence et de l’Îlet à Guillaume entre 1856 et 1879, bien après l’abolition de l’esclavage en 1848. Deux histoires distinctes qu’il est donc difficile de forcément rapprocher, ce qui rend d’autant plus difficile l’appréciation de ce morceau de mémoire à sa juste valeur.

“On ne peut pas dire que c’est une exclusivité de La Réunion, parce qu’il y en a eu plein la France à cette époque-là. Et puis ce n’est pas une histoire toute noire ou toute blanche, avec les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. Certes les religieux s’occupaient de la colonie pénitencière, mais on peut dire que les administrations condamnaient avec beaucoup de facilité ces enfants-là.”

- Deux séances de dédicaces à venir -

Les pénitenciers pour enfants sont chargés d’une lourde et complexe histoire, un début d’explication à la curieuse méconnaissance dans la mémoire collective. Cette réédition de Graine de Bagnard n’est qu’en réalité la poursuite du travail entrepris il y a 14 ans par son autrice pour les mettre en lumière.

“Le plus jeune enfant que j’ai trouvé avait 7 ans. Il avait volé un poulet et s’était pris 13 ans de pénitencier. Quand je parle autour du moi, il y a très peu de gens qui savent qu’il y a eu ces deux pénitenciers. Rééditer ce livre était une façon de leur rendre justice et d’essayer de motiver pour qu’on fasse quelque chose pour ces sites.”

Un livre, une réédition et des discussions pour rappeler l’importance historique du sujet qui la passionne. Pascale Moignoux sera en séance de dédicaces à la librairie Autrement de Saint-Denis, le 14 mars à 14 h, et la Fnac du Port, le 21 mars à 15 h. S’ensuivra une conférence donnée dans le cadre des Amis de l’Université à Saint-Pierre, le 24 mars à 18h15.

aa / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com
   

2 Commentaire(s)

Sissi974, Posté
Et voilà un commentaire inutile, pourrait-on se passer d'émettre des commentaires négatifs ?
Tous la même tête, depuis son mobile, Posté
Ça change pas des têtes des gars qu'on a actuellement comme caniards comme quoi on changera pas les gens