Enseignement :

Confinement et décrochage scolaire : une fracture peut en cacher une autre


Publié / Actualisé
Le confinement a changé nos habitudes, notre quotidien, notre manière de travailler, mais aussi notre manière d'éduquer nos enfants. L'école de la République s'est lancée dans la "continuité pédagogique". Utile et nécessaire, ce dispositif n'a malheureusement pas été des plus efficaces pour bon nombre d'enfants et de jeunes. La faute à la fracture numérique, estime le rectorat de La Réunion. La faute surtout à la fracture sociale, plus que jamais mise en lumière par ce contexte socio-économique (Photo rb/www.ipreunion.com)
Le confinement a changé nos habitudes, notre quotidien, notre manière de travailler, mais aussi notre manière d'éduquer nos enfants. L'école de la République s'est lancée dans la "continuité pédagogique". Utile et nécessaire, ce dispositif n'a malheureusement pas été des plus efficaces pour bon nombre d'enfants et de jeunes. La faute à la fracture numérique, estime le rectorat de La Réunion. La faute surtout à la fracture sociale, plus que jamais mise en lumière par ce contexte socio-économique (Photo rb/www.ipreunion.com)

Très clairement, l’Education nationale n’était pas prête à une telle configuration, celle d’une continuité pédagogique où les parents devaient se muer en "profs", avec l’aide, le soutien, et l’écoute, bien évidemment, des enseignants.

Face à cette situation inédite, l’ensemble des acteurs, l'Administration, les enseignants, les responsables d’établissements mais aussi les collectivités locales se sont mis en ordre de marche. Objectif : assurer au mieux cette continuité pédagogique et lutter contre la fameuse "fracture numérique". Le tout en un temps record et avec les moyens du bord. Cet effort mérite d’être souligné.

Malgré tout et selon le rectorat, près de 10 000 élèves de La Réunion ont été en situation de "déconnexion numérique" durant cette période. Autant de jeunes qui se sont retrouvés en difficulté d’apprentissage. Chiffre tout aussi inquiétant, selon le ministère de l’Education nationale, le confinement a accentué le décrochage scolaire Outre-mer, oscillant entre 15 et 25%.

Peut-on y voir un lien de cause à effet entre cette fracture numérique et ce décrochage scolaire ? Clairement. Le manque de moyens matériels pour suivre les cours a été un véritable handicap pour bon nombre de familles, favorisant, malheureusement, le décrochage.

Mais on ne peut justifier une telle situation par le seul fait de la fracture numérique sur une île particulièrement bien équipée. En effet, selon le dernier rapport de l'ARCEP de juin 2017, on dénombre 273 000 foyers connectés au haut et très haut débit et 875 000 lignes de téléphone actives dont 62 % de 3G et 4G, soit potentiellement 542 000 lignes connectées.

Selon une étude Médiamétrie, 86,8% des réunionnais ont déjà surfé sur internet, quels que soient le lieu et l’écran, en 2018. Toujours selon cette étude, 62,9% des internautes se sont connectés quotidiennement à internet via leur smartphone.

Le décrochage scolaire est une triste réalité à La Réunion, et ce, depuis bien longtemps. Les campagnes de sensibilisation et de lutte contre ce phénomène n’ont pas permis de mettre fin à ce fléau. Cela démontre aussi cette situation est avant tout consécutive de la réalité sociale de notre territoire.

Il suffit d’ailleurs d’interroger des responsables d’établissements da différentes zones de l’île pour s'en rendre compte. Les difficultés à communiquer avec les élèves et les familles durant le confinement sont souvent étaient plus marquées dans les quartiers socialement défavorisés.

Alors que les cours reprennent progressivement, il serait fallacieux de penser que tout va rentrer dans l’ordre, que nos marmay vont retrouver le chemin de l’école et que le décrochage scolaire fera partie du passé. Ce confinement n’a fait que mettre l’accent sur la fracture sociale dont souffre notre territoire, où 42% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Sans nier l’engagement d'une majorité de la communauté éducative pour faciliter et favoriser la reprise des cours dans des conditions particulièrement exigeantes, cette crise, sanitaire, économique et au final sociale, confirme la nécessité de repenser le modèle social et sociétal réunionnais.

Si les initiatives de lutte contre le décrochage scolaire sont louables, force est de reconnaitre que les maux sont  plus profonds. Ils sont ceux celui d’une société où les inégalités et les injustices sociales sont parfois à la limite du supportable. Ils sont ceux d'une société où des parents victimes eux-mêmes du décrochage et donc d'une forme sévère d'exclusion sociale, ont fini par démissionner de leur rôle d'éducateur. Ils sont ceux d’une société où le respect pour l’entité qu’est l’école ne cesse de s’effriter, peut-être parce le respect ne se décrète pas il se mérite

C’est en traitant ces maux profonds que les politiques de lutte contre le décrochage scolaire trouveront leur pleine efficacité.

C'est la voie quasi unique pour la résorption durable et profonde de cette problématique minant notre jeunesse et au final l'avenir de La Réunion

www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com


 

   

5 Commentaire(s)

CestUnPeuSimpliste, Posté
S'il est certain qu'il y a différence de suivi de ses enfants par les uns et les autres, réduire la fracture au fait des inégalités sociales, et de "42% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté" me semble un peu simpliste.

Par ailleurs, on est sur un territoire parmi les plus connectés de France. Dire "les gens ne peuvent pas se connecter", c'est se mentir.

Je ne vois pas de lien entre "avoir de l'argent" et "avoir envie d'apprendre" ou "avoir des capacités".
Je connais des personnes qui vivaient "au dessous du seuil de pauvreté" et travaillaient dur pour justement sortir de cette situation, et sont sorties diplÃ'mées, avec l'aide de leur bourse, avec leur envie,... ;
A contrario, certains qui vivent au dessus du seuil pourraient décrocher, parce qu'ils pensent n'avoir besoin de rien...

Si on fait ce qui est écrit : "la nécessité de repenser le modèle social et sociétal réunionnais"... beaucoup vont opposer le "pouké ou ve fé chanz à nou. nou lé pa plis pa moin" et comme on dit ici "cé sa le problem"
Ti Léon, Posté
Le constat du rédacteur est exact mais pas complet. Il oublie une dimension linguistique.
Malheureusement, une grande partie des familles en difficulté sociale ne maîtrise que très peu le français surtout à l'écrit.
7AC, Posté
C'est bizarre vous en conviendrez, mais personnellement, ces deux mois de confinement m'ont permis à gagner en efficacité, et en autonomie dans mon travail.
Je ne passe plus de temps à discuter avec les autres, fini la machine à café, la perte de temps à pointer ma tête au siège, je suis directement et efficacement sur mes lieux d'opérations.
Les réunions y'a qu'à, faut qu'on ont presque disparu, les formations "bidons" pour défiscaliser l'entreprise aussi.
Bref, je vais directement à l'essentiel, et mes objectifs 2020 son déjà presque atteints...
C'est avec ce genre de crises qu'il faut faire preuve d'intelligence, et comme toujours certains vont s'en sortir par le haut, d'autres par le pas...
Volonté, voilà le maître mot.
Mme Strong, Posté
Le respect se mérite en effet. Dans une société mortifère (capable de faire mourir), il est difficile de faire des choix qui demandent de faire des efforts. Il est plus facile de rester sur son canapé - surtout quand c'est l'Etat qui le demande - plus facile de demander des aides, que de se débrouiller tout seul. Pour les familles non connectées, des versions papiers étaient disponibles, des tablettes ont été distribuées, bref, des efforts ont été réalisés, peut-être que dans un seul sens.
Parasites, depuis son mobile, Posté
Pour aller chercher les allocations et d'épicer des certificats de naissance là pour les personnes sois disant en détresse ils ne connaissent pas la fracture , mais nous on paye la facture et elle est bien réelle , d'être de la sécurité sociale, augmentation des charges des prisons .