Distanciation physique obligatoire :

Capacité réduite de moitié dans les bus : colère des passagers qui restent à quai


Publié / Actualisé
La reprise est compliquée pour les transports en commun. Le port du masque, obligatoire à bord, n'est finalement pas la partie la plus complexe. Une deuxième règle est imposée à tous les opérateurs : un mètre de distance entre chaque passager. La capacité des bus et des autocars est donc obligatoirement réduite de moitié sinon plus. Les voyageurs sont bien souvent contraints de rester sur le quai et voir le bus repartir... à moitié vide. Pour les clients comme pour les réseaux de bus c'est une situation pesante si bien que des tensions naissent en gare routière, parfois entre les passagers refusés à bord et les conducteurs contraints de faire appliquer les règles. Le manque de moyens est évident, et il n'y a pas assez bus pour répondre à la demande actuelle, alors que l'affluence ne fait qu'augmenter depuis le déconfinement. Le résultat, aussi, d'une politique 100% voiture, où les transports publics sont relégués au second plan. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
La reprise est compliquée pour les transports en commun. Le port du masque, obligatoire à bord, n'est finalement pas la partie la plus complexe. Une deuxième règle est imposée à tous les opérateurs : un mètre de distance entre chaque passager. La capacité des bus et des autocars est donc obligatoirement réduite de moitié sinon plus. Les voyageurs sont bien souvent contraints de rester sur le quai et voir le bus repartir... à moitié vide. Pour les clients comme pour les réseaux de bus c'est une situation pesante si bien que des tensions naissent en gare routière, parfois entre les passagers refusés à bord et les conducteurs contraints de faire appliquer les règles. Le manque de moyens est évident, et il n'y a pas assez bus pour répondre à la demande actuelle, alors que l'affluence ne fait qu'augmenter depuis le déconfinement. Le résultat, aussi, d'une politique 100% voiture, où les transports publics sont relégués au second plan. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

"J'attends le car à Bras-Panon depuis 8h30 pour aller bosser à Sainte-Marie... Et il est 11h je suis toujours sur l'arrêt de bus car il y avait déjà 20 personnes. Hier c'était pareil" s'agace un internaute sur la page Facebook du réseau Car jaune.

"Si on achète un ticket sur l'application pour qu'on ne nous laisse pas rentrer dans le bus…" se plaint un autre. Sur Kar'Ouest même problème notamment sur la question des transports scolaires. "Vous allez donc renforcer le nombre de bus ? Car les bus sont pleins du moins pour le collège Teixeira Da Motta (établissement à La Possession, sic)" interroge une internaute. "Y aura-t-il de la place pour tous les élèves ? Parce que le nombre de fois où mes enfants ou même les voisins sont restés à terre..." témoigne une autre.

"10-15 personnes qui restent à quai"

Il suffit de passer devant une gare routière pour s'en rendre compte : les voyageurs qui restent sur le quai et doivent attendre le ou les bus suivants(s) sont nombreux. "On a parfois 10-15 personnes qui restent à quai après un passage" estime Julien Tenenbaum, dirigeant de Transdev services Réunion.

Il faut dire que la capacité d'accueil des bus est réduite de moitié voire plus en fonction des réseaux. "Si on compte les autobus qui accueillent aussi les voyageurs debout, on passe de 80 places à 20 places seulement" ajoute-t-il. La règle est stricte : une personne tous les 4 mètres carrés. Les rangées de places assises derrière les conducteurs sont également condamnées.

"C'est évidemment pénalisant pour les voyageurs et difficile à accepter pour eux" reconnaît Julien Tenenbaum, conscient des contraintes imposées.

Sur les réseaux urbains, les bus qui ont repris à 100% passent toutes les 10 minutes environ. Mais à Car jaune, c'est plus compliqué. "Nous avons une fréquence d'une demi-heure - 1 heure, parfois 2 heures en fonction des lignes", rappelle Yannick Bonnefond, directeur de l'exploitation du réseau.

"Prenez un bus qui part de Saint-Pierre, pour un client qui attend à l'Etang-Salé c'est souvent très compliqué de monter dans le bus. A Saint-Louis vous avez 20 personnes qui veulent monter, le bus est déjà plein." Un exemple comme un autre qui montre bien la répercussion qu'a cette capacité d'accueil réduite d'arrêt en arrêt.

Des tensions palpables

Au-delà des commentaires cités ci-dessus, la colère est palpable à même le quai. C'est d'ailleurs ce qu'observent parfois les conducteurs de bus, en première ligne. "Depuis le début de la semaine, nous avons des échos de plus en plus fréquents de gens qui ne peuvent pas monter. Pour les conducteurs c'est aussi difficile à expliquer aux clients" nous indique Julien Tenenbaum. Des situations extrêmement tendues parfois.

"On peut les comprendre, les habitudes de déplacement reviennent mais les clients restent à terre" estime-t-il. D'autant plus qu'une grande partie des voyageurs à La Réunion sont dits "captifs", ils n'ont donc pas d'autre moyen de se déplacer que le bus. Et voir plusieurs bus à moitié vides passer devant son nez n'a évidemment rien d'agréable.

"Comme tous nos collègues, nous sommes sous pression", raconte Matthieu Chichery, directeur de la Semitel. "Nous observons sur notre réseau une clientèle beaucoup moins nombreuse que d'habitude, environ 30% à 50% du trafic habituel. Mais qu'en sera-t-il quand les voyageurs reviendront plus nombreux et que nous serons toujours en capacité réduite dans les bus ?" Le nombre de personnes restées à quai pourrait alors augmenter, et les tensions avec.

"Double peine"

Pour Julien Tenenbaum, "il va falloir être plus souple" car les règles imposées, si elles sont compréhensibles, ne sont pas tenables sur le long terme et mériteraient d'être revues pour la suite du déconfinement.

"C'est la double peine : port du masque obligatoire et distanciation à bord" note pour sa part Yannick Bonnefond. "Il faut réduire les contraintes de distanciation, qu'on arrête de pénaliser ces voyageurs captifs. Et si les bars et les restaurants rouvrent, il faudrait revoir les contraintes imposées dans les transports." Un impératif économique.

D'autant plus que la situation ne semble pas gérable avec les moyens à disposition. "On a des véhicules de réserve oui, mais encore faudrait-il avoir assez de conducteurs. "On a repris 100% de l'activité mais avec 70 véhicules sur le réseau. Les cars, on ne peut pas les inventer." Depuis ce mercredi cependant, les 4 bus à étages du réseau ont également repris du service, bien que leur capacité passe de 80 à 40 places.

Ces remarques ne sont hélas que le résultat d'une politique du "tout voiture" sur l'île, où l'usage des transports publics passent toujours au second plan. Qu'il s'agisse des grands chantiers retenus ou des enveloppes dédiées à la modernisation (souvent tardive) des bus, les transports en commun n'ont jamais eu le vent en poupe à La Réunion.

Les opérateurs attendent finalement peu des annonces du gouvernement pour la deuxième phase de déconfinement. "De ce qu'on a compris, la double peine est partie pour être conservée au moins jusqu'en juillet, l'arrêt de l'une des deux règles n'est pas d'actualité" raconte Matthieu Chichery de la Semitel. Il faudra alors continuer tel quel, et se préparer à une reprise progressive de l'affluence, mais avec des bus qui resteront à moitié vides.

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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2 Commentaire(s)

John974, Posté
Alors qu'il n'y a pas assez de place dans les bus, certains réseaux (exp Car jaune..), fonctionne en mode "Vacances scolaires". C'est tendre le bâton pour se taper dessus aussi non ? Si c'est une question de personnel, faudrait pense en recruter.
Après si tous les usagers portent un masque, on pourrait aussi libérer des places assises.
La vérité si je mens !, Posté
Où sont ces fameux 2000 bus promis par un certain candidat lors des élections régionales 2010 ?

La REUNION est dans un coma circulation , les élus.es de tout bord regardent ailleurs

Les Les hommes politiques on devrait les faire soufflés dans le ballon pour savoir s'ils ont droit de conduire la France , l au désastre . Coluche