Des dizaines de milliers de Réunionnais exilés :

L'Histoire de La Réunion, c'est aussi le sinistre Bumidom


Publié / Actualisé
Alors que la France fait actuellement face à ses fantômes du passé colonialiste et esclavagiste, le site Loopsider a récemment mis en avant un autre pan douloureux de l'histoire de France, souvent méconnu, celui du Bumidom. Si à La Réunion, ce terme est certainement tristement évocateur pour les plus âgées, les jeunes générations, quant à elles, ignorent pour la plupart les tenants et aboutissants de cette histoire qui nous touche directement, et qui fait d'ailleurs toujours l'actualité. Sans doute parce que des centaines de milliers d'Ultramarins, dont des dizaines de milliers de Réunionnais ont été exilés avec leur "accord" vers un improbable ailleurs prometteur. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Alors que la France fait actuellement face à ses fantômes du passé colonialiste et esclavagiste, le site Loopsider a récemment mis en avant un autre pan douloureux de l'histoire de France, souvent méconnu, celui du Bumidom. Si à La Réunion, ce terme est certainement tristement évocateur pour les plus âgées, les jeunes générations, quant à elles, ignorent pour la plupart les tenants et aboutissants de cette histoire qui nous touche directement, et qui fait d'ailleurs toujours l'actualité. Sans doute parce que des centaines de milliers d'Ultramarins, dont des dizaines de milliers de Réunionnais ont été exilés avec leur "accord" vers un improbable ailleurs prometteur. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

- Le Bumidom, la promesse d’un eldorado -

Il y a un peu moins de 60 ans, en 1963, naissait le bureau pour le développement des migrations dans les Départements d’Outre-mer (Bumidom), à l’initiative du député de La Réunion et ancien Premier ministre, Michel Debré. En pleine période de reconstruction de la France post-guerre mondiale, l’objectif était de pourvoir aux besoins de main d’œuvre de la Métropole. L’idée est donc de recourir à une main d’œuvre facilement accessible, dans les Outre-mer, des territoires en proie au chômage, à un fort taux de natalité, à une économie déclinante ainsi qu’à des velléités indépendantistes.

Ce pan de notre histoire est résumée dans cette vidéo mise en ligne par Loopsider. Regardez (cliquez sur la vidéo pour la voir dans le bon format) :

En 1963 et 1981, plus de 260 000 ultramarins sont ainsi envoyés vers la Métropole, souvent jeunes, souvent dans des conditions très douloureuses (des enfants sont arrachés à leur famille), avec une promesse d’eldorado. La réalité est bien sûr toute autre. Ces travailleurs du Bumidom se retrouveront très rapidement en bas de l’échelle, comme le rappelle Loopsider, isolés, en grande précarité, et sans possibilité de retourner dans leur territoire d’origine faute de moyens pour payer un billet d’avion.

Le Bumidom constitue ainsi, comme indique Loopsider, un des plus importants épisodes de migration intérieur de l’histoire de France.

- A La Réunion, le cas particulier des enfants de la Creuse -

Comme aux Antilles, de jeunes Réunionnais seront arrachés de leur racine réunionnaise pour être envoyés vers les territoires ruraux de Métropole, la Creuse en particulier, ce qui laissera le triste nom de cet épisode douloureux des " enfants de la Creuse ". Sur place, ces enfants sont placés foyers ou adoptés dans des familles où ils seront parfois maltraités. Ils n’ont plus aucun lien avec leur famille réunionnaise. Entre 1963 et 1981, près de 2000 enfants Réunionnais seront ainsi envoyés en Métropole dans le cadre du Bumidom, un aller sans retour pour beaucoup d’entre eux, avec toute la souffrance et les séquelles qui en découleront. Aujourd’hui encore, nombreux sont ces " enfants de la Creuse " en quête de leurs racines et qui posent, pour certains, les pieds pour la première fois à La Réunion.

- Un devoir de mémoire et encore une histoire de statue -

Ce devoir de mémoire est porté depuis plusieurs années par le comité national des déportés de la creuse ainsi que par l’association Rasinn Anler. C’est deux organismes défendent d’ailleurs la nécessité d’une réparation par l’Etat pour la " déportation " dont ont été victimes ces " enfants de la Creuse ". Pour l’heure, aucune indemnisation n’a été prononcée par la justice. Néanmoins, en 2014, les députés français ont reconnu la " responsabilité morale de l'État envers ces pupilles", une avancée historique pour l’ensemble des victimes. Une commission nationale de recherche historique des Enfants de la Creuse avait par la suite été créée par la ministre des Outre-mer de l’époque, George Pau-Langevin. En 2018, une étude menée par cette commission permet de mettre en lumière la réalité et les conséquences de cet épisode douloureux pour bon nombre de familles Réunionnaises.

En 2013, la commémoration des 50 ans de la création du BUMIDOM est l’occasion pour le Département d’inaugurer une statue installée en face de l’entrée de l’aéroport Roland Garros, une oeuvre de l’artiste Nelson Boyer représentant la souffrance de ces enfants arrachés de leur terre natale.

L’installation de cette œuvre fera polémique, par la voix du président de l’association Grand Raid, Robert Chicaud, qui, dans un courrier, expliquera qu’ " en terme d’image, on peut nécessairement faire mieux ", s’interrogeant sur l’impact de l’installation d’une telle stèle sur le tourisme réunionnais.

La statue n'a pas déboulonnée. Fort heureusement. L'enseignement de cette sinistre partie de notre histoire, n'est toujours pas d'actualité. Fort malheureusement…

Le devoir de mémoire devra encore attendre.

www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

Pour aller plus loin

Lire aussi : Migrations forcées: un lieu mémoriel pour les enfants de la Creuse

Lire aussi : 50 ans plus tard, elle retrouve sa famille réunionnaise

Lire aussi : Déboulonner les statues, c'est bien, pouvoir apprendre la vraie Histoire, c'est mieux

   

5 Commentaire(s)

Léla, Posté
Tout ceci est très dérangeant quand on a été spectateur de cette Réunion des années 60... ce qui était choquant quand on arrivait à la Reunion ( pour moi, 1961) c'est l'immense misère de l'île à cette époque ( au sortir de la colonisation, suite aux immenses difficultés de l'après guerre en France et bien entendu à la Reunion nouvellement département dans les textes mais pas dans les actes ). Ce qui était le plus choquant c'était le nombre d'enfants pour des femmes non mariées et livrées à elles-mêmes... des enfants dans le dénuement le plus absolu et pour l'immense majorité sans trop d'affection. Debré, fit tout basculer, et permis en un temps record, de faite de notre île, une île au mode de vie moyenâgeux, une île moderne du XXeme siècle. Mais la tâche était immense ! Je me souviens des slogans sur les radios qui prÃ'naient la limitation des naissances pour arrêter l'abandon des enfants; Â" un enfant oui, 2 encore, 3 ça suffit ! Â" que faire de tous ces enfants maltraités, oubliés, affamés, exploités par les parents et souvent maltraités.
Pour pallier cette misère, l'affreux Debré développa la cantine dès le petit déjeuner et un vrai repas le midi même pendant les vacances !!! Ayant enseigné en fin d'années 60 dans un quartier de St Denis, je fut confronté à cette misère chronique: pendant la coupe canne, les classes se dépeuplaient complètement pendant plus d'un mois et nos enfants revenaient tous les 2 ou 3 jours juste pour manger !!! ( le travail au champs les occupait complètement ). Un jour dans ma classe je remarquais qu'une de mes élèves (Cm2) avait une vilaine plaie au genou... pendant la récréation je l'interrogeais sur les soins qu'elle recevait: aucun. Je l'emmenais chez le directeur et on lui soigna sa plaie... elle nous raconta sa vie: placée dans une famille réunionnaise d'accueil, il était mal traitée... mangeait les restes et dormait avec le chien dans un abri sous tÃ'le minuscule... l'assistante sociale dépêchée nous raconta l'odieux de sa situation comme des milliers d'enfants abandonnés et placés dans des familles justes intéressées par l'argent pour un grand nombre... l'alcoolisme des petits ( sirose du foie des 5ans ) détecté à l'hÃ'pital d'enfant de St Denis... etc.etc...
Ainsi l'adoption des enfants étaient une obligation face au boom de la natalité de l'argent braguette...mais dans ce domaine, la Reunion était incapable d'y faire face...
Certains ont souffert de cette séparation, certains ont été exploités mais beaucoup ( qui n'ont pas droit à la parole) ont connu une destinée positive... il en était ainsi pour tous les enfants qui ont connu l'abandon en France ou ailleurs.
Tilmuch, Posté
J'ai appris cette exode bien long temps après le décès de Michel Debré notre ancien ministre des armés pendant un temps sous de Gaulle celui là même qui avait interdit la pilule anti anticonceptionnelle pour la Réunion durant son mandat de député.La france, à travers ses élites n'ont pas fait que du bien pour l'ille ni non plus ailleurs dans les colonies je peux causer pour avoir vécu une bonne dose. j'ai ce souvenir de mon enfance, Madagascar ou ailleurs où j'ai eu la chance avoir été lors de mes années militaire beaucoup plus tard, des années 50. l'âge de la majorité était à 21 ans pour l'appel sous les drapeaux. Les vas nus pieds, la nénène des années 40 qui souvent devait passer sous le patron si elle devait être acceptée comme bonne à tout faire cela s'appelait l'embauche sans un coppet bien sÃ"r. Nous étions sous estimés comme l'ont été les malgaches dans casernes ou ailleurs en Afrique. La France ne savait qu'une chose tirer profit d'ailleurs rien n'a véritablement changé , la France exploite es richesses de ces pays africains. Rappelez vous en volant leur pétrole ou autre richesse, l'or ou le gaz pendant que la population meure de faim ou vive dans des taudis...Qu'est ce qu'il a été faire en CÃ'te d'Ivoire notre morveux de président en cÃ'te d'Ivoire récemment... c'est l'un des pays africains record pour l'or de production d'or.La CÃ'te d'Ivoire est aussi connu pour le pays africain des plus grand voleur par internet sans omettre le Bénin. La France c'est quoi aujourd'hui plus grand chose sinon elle survie en faisant toujours croire une grande puissance, cette France elle n'existe par son "nom."FRANCE. Il n'y a plus la France.
Loplop, Posté
Facile de vivre dans le passer c est jamais de ma faute mais des autres il ne faut pas oublier le passé mais il y a des limites je suis blanc et quand systématiquement on me dis que être blanc c est être raciste et esclavagiste ca me fa
Met les boules mais sérieusement je vous invite à bien regarder l histoire du continent européen mais surtout du continent africain qui était dejat adepte de l esclavagisme et ce de puis bien longtemps
LE BASQUE, Posté
COmme d'habitude, on est considéré comme des pions que l'on peut déplacer, supprimer comme on veut, le passé est un éternel recommencement. Actuellement on nous confine, on nous trace, on va nous vacciner, on va nous surveiller pour la soi disant épidémie : si ça ce n'est pas de l'ESCLAVAGE. à méditer
Pascal Sinaman, depuis son mobile, Posté
Bonjour
Le député à l époque c'était Michel DEBRE