Déjà des dizaines de milliers de signatures pour une nouvelle pétition :

Contre l'utilisation du plastique à La Réunion : "on a gagné la bataille de l'opinion"


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Le plastique c'est loin d'être fantastique et de nombreux Réunionnais s'insurgent contre l'omniprésence de ce matériau sur l'île, qui finit bien souvent sur les bords de route ou dans l'océan... Des actions menées de part et d'autre montrent qu'une vraie prise de conscience est en marche. Une pétition mise en ligne ce mardi 4 août et réclamant la fin du plastique à La Réunion affiche d'ailleurs plus de 30.000 signatures. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le plastique c'est loin d'être fantastique et de nombreux Réunionnais s'insurgent contre l'omniprésence de ce matériau sur l'île, qui finit bien souvent sur les bords de route ou dans l'océan... Des actions menées de part et d'autre montrent qu'une vraie prise de conscience est en marche. Une pétition mise en ligne ce mardi 4 août et réclamant la fin du plastique à La Réunion affiche d'ailleurs plus de 30.000 signatures. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

"Arrêtons le plastique à l'île de La Réunion" : c'est le titre d'une nouvelle pétition, mise en ligne ce mardi 4 août, et qui affiche déjà plus de 30.000 signatures. Un succès auquel sa créatrice ne s'attendait pas. Âgée de 12 ans seulement, elle a voulu selon son père "défendre un sujet qui lui tient à coeur".

Contactée, Norah, c'est son nom, nous explique son intention : "on a monté un groupe sur Instagram avec 5 autres jeunes et on a décidé d'agir sur un sujet qui était important pour nous : le plastique à La Réunion. On s'est réunis pour écrire la pétition, on l'a fait relire à mon père et on l'a mise en ligne".

Le succès est immédiat. "Au début quand on a regardé on était à 47 signatures. Et puis quand on est revenus un peu plus tard on était déjà à 6.000 !" Le nombre fulgurant de signatures sur cette pétition étonne, allant peut-être au départ jusqu'à faire croire à un système de signatures automatiques tant que le nombre explose de seconde en seconde.

A noter aussi que la majorité des signataires, dont la ville est affichée sur la plateforme, se situe en Métropole. Le père de la jeune fille, tout comme Norah, avoue ne pas comprendre ce succès. La réputation du site "Mes opinions" aurait pu jouer en faveur de la pétition, qui apparaît en tête de la catégorie "Nature et environnement".

La protection de la planète est un sujet qui intéresse fortement Norah depuis "un ou deux ans environ" : "quand je vois passer des sujets sur Instagram avec du plastique dans la nature, ça me brise le coeur". Quand la petite famille se rend à la Savane ou à la plage pour une promenade, ils emmènent avec eux un sac poubelle pour ramasser les déchets.

La pétition est adressée au président du Département Cyrille Melchior, au préfet Jacques Billant, à la maire de Saint-Paul Huguette Bello et au directeur d'EDF Olivier Meruyeis, ainsi que son adjoint Fabien Fauchard. Pourquoi ces deux derniers ? "Mon père les connaît via son travail" nous explique Norah. "On ne savait pas que la pétition ferait le buzz comme ça, et quand Norah m'a demandé si j'avais des noms de personnes influentes qui connaissent bien la politique, j'ai pensé à eux" explique l'intéressé.

Surnommé "Réunion la terre", le groupe de jeunes à l'origine de la pétition ne compte pas s'arrêter là. Norah prépare un site du même nom dédié à l'environnement qu'elle devrait bientôt mettre en ligne.

"Je tire mon chapeau à Norah et au groupe, nous sommes très admiratifs" témoigne son père. Une initiative jeune au même titre que les marches pour le climat lancées par Youth for climate ("la jeunesse pour le climat"), et dont les cortèges ont trouvé un fort écho à La Réunion.

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- Un plastique pas très fantastique -

Les actions se multiplient à La Réunion et les idées ne manquent pas pour dire non au plastique. Pas plus tard que le 26 juillet, une large action de nettoyage a été réalisée sur le site du Cap Lahoussaye, à l'initiative d'Expéditions Défi Plastik, Sea Optimism et PropReunion, et soutenue par Kélonia et Globice.



L'opération a permis de ramasser 100 kg de verre, 60 kg de déchets voués à l'enfouissement, 400 bouteilles plastiques, 10L de mégots, 50 kg de métaux en tous genres et 1,5 kg de fil de pêche. Une action menée aussi bien sur terre qu'en mer puisque les organisateurs rappellent que les plongeurs, également mobilisés, ont permis de ramasser 35 kg de déchets sous l'eau.

Localement, le site Goodbye Plastic s'attaque lui aussi au plastique, comme l'indique son nom, mais également au sans déchet largement mis en avant à travers la proposition de gourdes en inox, de pailles en bambou ou encore de barquettes réutilisables… Tout pour éviter le plastique.

Le fondateur Tristan Simille préfère d'ailleurs valoriser l'action aux pétitions... Celle lancée ce mardi 4 août le laisse un peu dubitatif. "J'avoue que les pétitions ont tendance à m'agacer. Aussi parce que dans le cas présent on se retrouve avec des milliers de signatures en Métropole alors qu'on a des spécificités à La Réunion qu'ils ne connaissent pas."

Cette pétition reste cependant un moyen de mobiliser le public et sur ce sujet, Tristan Simille estime "qu'on a gagné la bataille de l'opinion". Si celui qui milite pour la réduction du plastique et le zéro déchet attend plus d'actions de la part des communes et de la préfecture, il admet cependant qu'une prise de conscience est en marche à La Réunion. "Avant quand on parlait de zéro déchet, ce n'était pas évident. Maintenant il y a de vrais débats sur le sujet."

- Le plastique à usage unique -

Dès le 27 mars 2019, l'Europe avait dit non au plastique à usage unique, dans l'idée d'établir une interdiction de vente totale pour début 2021 au plus tard. En France l'interdiction de ces produits jetables devait être actée dès janvier 2020. Mais ce n'est pas si simple…

Lors de l'examen en cours au Parlement de la loi contre le gaspillage et pour l'économie circulaire, il a été prévu que certains des produits seront interdits en 2021, pour être en conformité avec le droit européen. Sous réserve de l'adoption finale de cette loi, trois types de produits plastiques ont été interdits le 1er janvier 2020 : les assiettes, les gobelets et les coton-tiges. Pour les autres, ce sera en 2021.

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D'autant que certaines marques ont trouvé une faille, et fait passer des couverts ou gobelets en plastique jetable pour du réutilisable à l'aide d'une simple étiquette. Les industriels avaient pourtant 6 mois à compter du 1er janvier pour écouler leurs stocks.

On le voit au quotidien, dans les restaurants, sur les plages, sur les pauses de midi… le plastique est partout et s'en passer est difficile. Certaines enseignes tentent des offres attractives en proposant un ingrédient gratuit pour celles et ceux qui viennent avec leur contenant personnel. D'autres proposent une réduction d'un ou deux euros. Pourtant la barquette en plastique, omniprésente dans notre quotidien, a du mal à disparaître.

Quelques initiatives locales existent, tout à fait louables, et ce dès le plus jeune âge. Mais bien que saluées lors de concours ou de travaux écoliers, ces idées peinent à être appliquées.

- Un manque d'action de la part des autorités ? -

Alors oui ou non, le plastique peut-il disparaître de notre horizon comme le réclame cette pétition... Rien de moins sûr et Tristan Simille de Goodbye Plastic pointe du doigt un manque d'action de la part des autorités. "Si on a gagné pour l'opinion, c'est du côté des élus qu'on ralentit. Si on veut réduire le plastiquue, il faut des initiatives fortes, valoriser le réutilisable, la vente en vrac, mettre en avant les associations..."

C'est ce que tentent parfois de faire les intercommunalités à l'instar du TCO et de sa sensibilisation aux piques-niques zéro déchet. Régulièrement pendant les vacances, des médiateurs viennent à la rencontre des usagers et donne des conseils pour éviter de retrouver le plastique en pleine nature : "transportez vos repas et ustensiles dans un cabas ou un sac réutilisable, utilisez de la vaisselle réutilisable, utilisez des gourdes et thermos pour vos boissons", etc...

Contactée, la préfecture de La Réunion affirme pour sa part que "la lutte contre la pollution plastique fait partie depuis plusieurs années déjà des priorités de l’État". Elle mentionne, sur le plan national, la loi sur la transition énergétique et la croissance verte du 17 août 2015 qui "a mis fin à la distribution, à titre onéreux ou gratuit, des sacs de caisse en plastique à usage unique destinés à l’emballage de marchandises dans les points de vente".

La pratique a quasiment disparu en effet et dans les marchés comme dans les magasins, quand les sacs ou sachets sont donnés gratuitement, c'est bien souvent qu'ils sont en papier.

La préfecture mentionne aussi la circulaire du Premier ministre du 25 février 2020 appelée "plan Services publics écoresponsables (SPE)" et qui a pour ambition "d’accélérer la transition écologique et solidaire des services publics". A savoir, entre autres, "ne plus acheter d'objets plastiques jetables pour une utilisation sur les lieux de travail et dans les événements qu’il organise".

Ce sera bientôt le cas à la DEAL (direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement), service de l'Etat : elle mettra d'ailleurs "à disposition de ses agents des contenants en verre réutilisables pour leur repas du midi" annonce la préfecture. "Ces contenants pourront être utilisés chez des restaurateurs déjà sensibilisés et identifiables par une affiche/sticker en cours d'élaboration."

Cette démarche se fait en partenariat avec l'association "Caryon" qui compte élargir son action aux entreprises et administrations de La Réunion.

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

4 Commentaire(s)

LouisP, Posté
C'est bien déjà toute jeune et capable de mettre en ligne un site Web ? Eh Bien... Enfin je pense que toussa c'est de la jolie manip pour parler de ces grands mouvements qui ratissent large au nom de l'écologie. Mais qu'ont-ils fait depuis que l'on signale l'énorme problème déchets à La Réunion ? Rien à part créer des choses gavées d'argent public.
Mayaqui, depuis son mobile, Posté
Si c est remplacé par le verre, c est pas mieux ...
Sur la plage de saint leu , tous les matins je ramasse du verre ....
Sparadrap, depuis son mobile, Posté
Pourquoi la vaisselle jetable plastique est-Elle toujours en vente dans les magasins de l'île alors que c'est interdit en France ?
7AC, Posté
Votre photo d'illustration montre bien que les Réunionnais sont contre l'utilisation des plastiques, et surtout de ne pas les jeter dans la nature.
Makotes un jour makote toujours, les bouteilles en verre, vous les verrez pétées sur les bords des routes, véritable fléau pour les cyclistes.