Modélisations de l'épidémie de Covid-19 :

Anticiper l'évolution du virus, ce n'est pas de la voyance, c'est de la science


Publié / Actualisé
L'Institut Pasteur planche en ce moment sur des modélisations adaptées à chaque territoire, pour anticiper l'évolution de la pandémie de Covid-19 en France. Et déjà les complotistes sont de sortie : impossible de prévoir ces chiffres, ne vous prenez pas pour madame Irma avec votre boule de cristal... Pourtant faire des projections de ce type répond à une méthodologie scientifique qui se base sur des chiffres réels, et qui bien souvent fait ses preuves. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
L'Institut Pasteur planche en ce moment sur des modélisations adaptées à chaque territoire, pour anticiper l'évolution de la pandémie de Covid-19 en France. Et déjà les complotistes sont de sortie : impossible de prévoir ces chiffres, ne vous prenez pas pour madame Irma avec votre boule de cristal... Pourtant faire des projections de ce type répond à une méthodologie scientifique qui se base sur des chiffres réels, et qui bien souvent fait ses preuves. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Avec la Covid-19, plusieurs entités s'attèlent à faire des projections pour suivre et anticiper au mieux l'évolution du virus. Ainsi l'Institut Pasteur s'est lancé dans une vaste modélisation adaptée à chaque territoire. La Réunion, comme l'ensemble des départements ultramarins, fait partie du projet.

L'agence régionale de santé de La Réunion le dit, elle attend avec impatience les estimations de l'institut pour pouvoir adapter sa stratégie de lutte contre le coronavirus.

Lire aussi : Crise sanitaire : La Réunion en mode anticipation

- S'adapter au comportement des habitants -

Pour obtenir une modélisation la plus juste possible, encore faut-il connaître l'environnement dans lequel évolue le virus. Plusieurs paramètres sont pris en compte à commencer par l'attitude des habitants.

"On ne peut pas quantifier le comportement humain, mais on peut adapter les prévisions en fonction des mesures restrictives mises en place ou encore du respect des gestes barrières" explique la docteure Christine Kowalczyk, présidente de l'Union des médecins libéraux de La Réunion.

"Pour Covista par exemple nous avons décidé de séparer en périodes : avant confinement, pendant confinement, après confinement, en prenant en compte les changements de comportement. Depuis le 1er août, on a un comportement assez constant" indique Bertrand Miannay, data-scientist (expert en analyse de données, ndlr) ayant travaillé sur cette application web réunionnaise pouvant simuler l'évolution du virus en France.

Lire aussi : Covista, une application pour simuler l'évolution du Covid-19 en France

"On part du principe que la maladie se répartit en plusieurs groupes : les personnes saines, les personnes malades, les personnes décédées etc. C'est ce qu'on appelle des modèles à compartiments" explique-t-il. Ce qui permet de mieux comprendre comment évolue la maladie sur le territoire.

- Surveiller les cas positifs plutôt que les décès -

Les théories polémiques de scientifiques comme le professeur Raoult à l'institut de Marseille mettent en avant l'évolution des cas en réanimation et des décès, qui restent selon eux les véritables indicateurs à suivre dans une pandémie.

"Ils disent qu'une pandémie s'évalue au nombre de décès, c'est vrai, mais la phrase est incomplète : une pandémie s'évalue APRÈS au nombre de décès. Demain, quand ce sera fini, oui on pourra évaluer la Covid-19 en fonction du nombre de réanimations et de morts" estime Bertrand Miannay.

Pour le data-scientist, ces indicateurs sont certes importants, "mais ils sont à retardement et dépendent directement du nombre de cas positifs". Autrement dit, une fois que les décès augmentent, c'est trop tard.

"Je prends la métaphore de l'incendie : les pompiers ne vont pas regarder combien de maisons ont brûlé avant de se demander 'est-ce qu'on intervient ou pas', et fort heureusement pour nous. Les pouvoirs publics ne vont pas attendre les décès – et ils ont bien raison – avant de se dire : on va faire quelque chose" ajoute Bertrand Miannay.

- Une marge d'erreur inévitable, mais des courbes plutôt fiables -

La modélisation a ses limites selon la docteure Christine Kowalczyk : "une projection n'est pas toujours fiable, le plus efficace étant de dire aux gens : prenez vos responsabilités. On pourra toujours augmenter les mesures restrictives, mais il faut surtout changer nos habitudes de vie" estime-t-elle.

De fait il y a toujours une marge d'erreur sur les modélisations, comme de tout temps en science, rien n'est certain à 100%. Le docteur François Chièze, à l'ARS de La Réunion, se montre prudent. "Une modélisation prend du temps, elle reste complexe. Il ne faudrait pas annoncer une tendance trop hâtivement alors que ça ne correspond pas."

L'outil Covista développé à La Réunion veut justement s'inscrire dans une visée pédagogique : représenter les différents scénarios possibles en cas de respect ou de non-respect des gestes barrières par exemple. Histoire de faire comprendre à la population à quel point ces changements de comportements peuvent influencer l'évolution de l'épidémie.

Pour autant les courbes de Covista, qui suivent la circulation de virus au niveau national, sont révélatrices en ce moment. "Malheureusement, les courbes réalité / projection se suivent très très bien" explique Bertrand Miannay. "Depuis le mois d'août, c'est même assez effrayant, on a des variations de 1 ou 2% par rapport à nos projections en vitesse de propagation. Nos taux sont donc plutôt fiables."

Très attendue par l'ARS, la modélisation de l'Institut Pasteur, elle, permettra notamment de confirmer ou non un pic épidémique envisagé d'ici le mois de décembre à La Réunion.

Lire aussi : Covid-19 : le pic épidémique attendu en décembre à La Réunion

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

FERRERE, Posté
"pour pouvoir adapter sa stratégie de lutte contre le coronavirus". il y a plus de 1000 voyageurs qui arrivent par jour, il faut faire un test à l'arrivée car il est fait au départ mais en 3 jours il peut y avoir contamination et ce n'est pas fiable et rendre obligatoire le test à J+7. Cela fait longtemps que la docteure Christine Kowalczyk, présidente de l'Union des médecins libéraux demande ces mesures au préfet .