Les sceptiques sont de retour :

Vaccins anti-Covid : quand tout le monde veut jouer à l'apprenti sorcier


Publié / Actualisé
Alors que le gouvernement vient de présenter sa stratégie de vaccination pour les mois à venir, la défiance est au rendez-vous. Entre affirmations trompeuses, arguments complotistes et sensation de manipulation, tout le monde y va de son avis sur ce nouveau vaccin qui arrive vite, très vite. C'est justement sa mise en place accélérée qui est la source de tant d'inquiétude et de méfiance. Ainsi tout le monde s'invente expert, qu'ils s'agisse des "antivax" ou même parfois des pro-vaccins. Au détriment de la science, qui essaie tant bien que mal d'éradiquer une pandémie qui n'a pas fini de faire couler de l'encre. (Photo AFP)
Alors que le gouvernement vient de présenter sa stratégie de vaccination pour les mois à venir, la défiance est au rendez-vous. Entre affirmations trompeuses, arguments complotistes et sensation de manipulation, tout le monde y va de son avis sur ce nouveau vaccin qui arrive vite, très vite. C'est justement sa mise en place accélérée qui est la source de tant d'inquiétude et de méfiance. Ainsi tout le monde s'invente expert, qu'ils s'agisse des "antivax" ou même parfois des pro-vaccins. Au détriment de la science, qui essaie tant bien que mal d'éradiquer une pandémie qui n'a pas fini de faire couler de l'encre. (Photo AFP)

A chaque semaine son lot de polémiques, et depuis quelques jours c'est le vaccin anti-Covid qui remporte la palme d'or. Sur les réseaux sociaux, agora préférée des complotistes et faux experts en tout genre, une tendance : l'émergence aussi subite que dangereuse de "scientifiques en herbe".

Ces citoyens lambda ont un avis, souvent bien tranché, et tenteront par tous les moyens de prouver qu'ils ont raison. Bien souvent sans aucun fondement scientifique. Ces opinions sont basées sur un vécu, des inquiétudes - rationnelles ou non -, des témoignages entendus de part et d'autre. Bref, rien qui ne puisse se transformer en vérité générale.

C'est bien sûr le lot des "antivax" mais le modèle ne leur est pas réservé. Car sous une cape de justicier du net, tout le monde peut s'inventer apprenti sorcier, même un fervent défenseur du vaccin qui n'y connaîtrait rien non plus. Comme le disait Olivier Véran, ministre de la Santé, "la peur du vaccin se règle par la connaissance".

- Tout et son contraire -

Le gouvernement a d'ores et déjà annoncé que les résidents en EHPAD seraient vaccinés en priorité, suivis des autres personnes âgées. La Haute autorité de la santé a recommandé une campagne de vaccination en cinq phases. Emmanuel Macron de son côté envisage une vaccination pour le grand public entre avril et juin 2021. Les ultramarins sont bien sûr concernés par tout ceci, comme tous les Français, c'est en tout cas une promesse du ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu.

Ce jeudi 3 décembre 2020, le gouvernement a donné des précisions sur sa stratégie vaccinale : ainsi elle se fera en trois phases, par ordre de priorité, elle sera totalement gratuite (les prix seront d'ailleurs les mêmes en Europe) et 200 millions de doses vont être commandées pour la France dans un premier temps. Le gouvernement l'a dit et redit, la vaccination n'est pas obligatoire, mais elle est "un acte collectif" visant à se protéger et protéger les autres, selon les termes du Premier ministre Jean Castex.

Mais les internautes n'ont pas attendu les annonces du gouvernement pour réagir. Un bref coup d'œil sur les débats animés dont regorge Facebook actuellement et on y "apprend" que : le vaccin sera obligatoire, le gouvernement cherche à tuer tous les seniors, qu'Emmanuel Macron n'a pas voulu se vacciner en premier pour ne pas servir de cobaye, que le vaccin contient des nanoparticules qui va permettre de surveiller nos moindres faits et gestes, que ces nanoparticules permettront d'ailleurs d'envoyer des données sur nos vies via l'utilisation de la 5G. Etc etc etc. Évidemment tout ceci est faux.

Vous avez la tête qui tourne ? Nous aussi. Sauf que ces "arguments infaillibles" ne sont pas du fait d'une ou deux personnes. Ils sont bien souvent repris par des dizaines et dizaines de commentateurs en chef qui s'allient sous un même présupposé : on nous ment.

Des doutes et des insatisfactions qui s'embourbent souvent dans leurs propres contradictions. Ainsi au début du premier confinement, les Français manquaient de masques. Quand les masques sont (enfin) arrivés, et qu'il est devenu par la suite obligatoire de les porter, nouvelle polémique : "c'est inadmissible, c'est liberticide, voilà qu'on veut nous étouffer". De quoi alimenter les clowns du web à coups de "mèmes" (ces photomontages humoristiques que l'on voit fleurir partout). "On veut des masques" - "on en a pas" fait place à "on a des masques" - "on n'en veut plus"…

Idem avec l'apparition probable d'un futur vaccin. Quand la Covid-19 battait son plein, prenant tout le monde de court à commencer par les chefs d'Etat au premier semestre 2020, il fallait un traitement. Ainsi les laboratoires étaient accusés à tout va de ralentir volontairement les recherches parce que, c'est bien connu, "ça arrange le lobby pharmaceutique que les gens soient malades".

Voilà que désormais plusieurs vaccins sont à l'étude… mais ça ne va pas. Les vaccins arrivent trop vite, ce n'est pas normal, c'est louche. "Et de toute façon hors de question que je m'injecte ce truc" peut-on lire dorénavant. La méconnaissance du virus entraîne avec elle un lot d'incertitudes que rien ne pourra guérir. Pas même un vaccin.

Dans certaines discussions on s'insurge que le Président de la République décide de faire vacciner les seniors en premier lieu. On l'accuse même le couple présidentiel de ne pas vouloir se prêter au jeu et laisser les citoyens "tester" le vaccin. Dans un univers parallèle, si Emmanuel Macron et la Première dame avaient en effet décidé de se vacciner avant tout le monde, et de réserver le vaccin aux membres du gouvernement, n'aurait-ce pas été un scandale ?

- Une incompréhension maladive -

Tout le monde le dit, ce déchaînement de questions et de fake news en tout genre, c'est l'autre maladie du moment. Le professeur Alain Fischer, immunologue en charge de la stratégie vaccinale du gouvernement, l'a rappelé : "pour que cette vaccination soit efficace, il faut établir la confiance".

Mais la défiance est là, bien présente, elle explique aussi le succès de documentaires comme le fameux "Hold up", financé par une cagnotte en ligne qui a permis de récolter plus de 180.000 euros pour l'équivalent de plus de 5.000 contributeurs. Un succès énorme pour un film de 2h45 truffé de contre-vérités, déjà amplement démontées depuis sa sortie le 9 novembre sur les plateformes vidéos en ligne.

Mais comment blâmer ces gens qui croient ces experts qui ne font que confirmer leurs doutes ? Comment leur en vouloir après les nombreuses incohérences du gouvernement depuis le début de la crise ? Masques inutiles puis obligatoires, chloroquine acceptée puis retirée du marché, virus qui passe par les mains puis qui passe par l'air, dépistage uniquement ciblé puis massif puis à nouveau ciblé puis encore massif… Les "bourdes" ou les erreurs de communication de nos dirigeants comme des représentants scientifiques sont nombreuses. Et l'ARS de La Réunion est loin d'être une exception.

Pas plus tard que cette semaine, le gouvernement a montré une fois de plus que la confusion régnait au moment de parler foot. La Coupe de France pourrait ne pas se faire, admet Jean Castex, peu sûr de lui et du bout des lèvres sur RMC… "Si, elle aura bien lieu cette année", maintient la FFF. On pourrait mettre en place une jauge d'occupation à 25% pour le public dans les stades, propose quant à elle la ministre des Sports Roxana Maracineanu. Bref, personne ne sait quoi faire de la compétition pour le moment et les premiers impactés, ce sont les clubs. A commencer par la Saint-Pierroise ici, qui prépare son match de 8ème tour contre le FC M'tsapéré de Mayotte.

On le sait, la gestion de la crise, sanitaire comme économique, n'est pas aisée. Il est toujours facile de critiquer, ça l'est beaucoup moins quand il s'agit de se poser en décideur. Pour autant cette vague d'affirmations, finalement contrebalancées voire contredites par le gouvernement lui-même, n'aide pas les Français à avoir confiance. Moralité de l'histoire : assurer quelque chose avec aplomb quand la situation ne le permet pas… mieux vaut éviter. L'épisode des masques en est peut-être l'exemple le plus criant.

- Mettre de l'eau dans son vin -

Si face à cette pandémie, tout le monde a tendance à mettre la charrue avant les bœufs, il serait peut-être temps de mettre de l'eau dans son vin. Calmer le jeu, écouter, se renseigner, peser le pour et le contre, admettre tout simplement que nous sommes dépassés par ce virus. Et aussi admettre que les efforts, heureusement, commencent à payer.

Alors oui, le vaccin débarque vite. Trop vite pour certains, qui vont jusqu'à comparer la rapidité des recherches à celles du Sida. Une comparaison qui n'a pas lieu d'être selon l'AFP Factuel qui, comme à son habitude, a démonté l'argumentation suivante, nouveau slogan des plus sceptiques : "Sida, 40 ans, 0 vaccin / Covid-19, 10 mois, 9 vaccins". S'il est vrai, comme le souligne l'AFP, que la course au vaccin a été menée "à une vitesse inédite", avec quatre fabricants annonçant un produit efficace, le nouveau coronavirus et le Sida n'ont rien à voir. Le premier est, comme la grippe ou la rougeole, une maladie dont l'on peut guérir parce qu'on fabrique des anticorps, le second est une maladie infectieuse plus complexe qui détruit le système immunitaire, dont on ne guérit pas.

Il en reste que ces recherches de vaccin anti-Covid ont été fulgurantes et c'est historique. Même l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le dit : "jamais dans l'histoire la recherche sur les vaccins n'a progressé aussi rapidement". Le Royaume-Uni est le premier pays au monde à autoriser le vaccin contre le Covid-19 de l'allemand BioNTech et du géant américain Pfizer, qui sera disponible dans le pays dès "la semaine prochaine", a annoncé le gouvernement britannique ce mercredi 2 décembre.

Oui c'est étonnant, oui c'est surprenant, et oui cela peut faire peur. Bien que le vaccin ne devienne pas obligatoire – c'est en tout cas ce qu'a garanti le ministre de la Santé Olivier Véran – il sera fortement conseillé pour enrayer l'épidémie. Mais le fait qu'il soulève des questions voire des angoisses n'a rien d'anormal.

Il existe cependant une frontière, et elle est importante, entre l'expression de doutes et l'affirmation de contre-vérités parfois à la limite de l'absurde. Rappelons tout de même que le vaccin fait partie de l'une des plus grandes avancées scientifiques de notre histoire, avec les découvertes de Louis Pasteur à la fin du 19ème siècle. Reléguer ces révolutions sanitaires au rang de tromperie aujourd'hui est bien dommage. Car les vaccins, ne l'oublions pas, sauvent avant tout des millions de vies. Jusqu'à éradiquer des maladies destructrices comme la variole.

Cela n'aurait jamais été possible si la défiance actuelle, souvent irraisonnée, avait pris le dessus sur les recherches des scientifiques. Le ministre de la Santé Olivier Véran l'a rappelé ce jeudi : "la peur du vaccin ne soignera personne".

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

8 Commentaire(s)

Alain, Posté
Ne te réjouis pas trop vite Ti Léon, Adekalom est capable d'étendre sa compétence et de passer de "bèf moka magazine" à "The Lancet"...J'ai quand même un doute sur le fait qu'il lise vraiment une revue scientifique...Au cas où mon cher Adekalom, pourriez vous nous donner référence d'une seule revue scientifique qui donne du crédit à l'hydroxychloroquine? une seule preuve que ce médoc (de big pharma, lol) a soigné quelqu'un dans ce bas monde???
Tony, Posté
je trouve toutefois étonnant que l'on puisse mettre avec ça on point en moins d'un an alors que normalement il faut entre 5 et 10 ans pour qu'il soit pourri A-t-il été testé correctement qui vont être les cobayes nous heureusement il est pas obligatoire heureusement il est pas obligatoire
Adekalom, depuis son mobile, Posté
Franchement après l'arnaque du Â" Lancet Â" le plus grand magazine scientifique du monde, qui publie une étude faussée et trompeuse sur la chloroquine, discréditant les travaux du Dr Raoul et dont nos chère politique et médias sont ravi de publié des fakes news juste au moment de sa sortie, voilà le résultat 2ieme confinement en France, alors que le covid est en baisse depuis des semaines ...
2jours après tous les vrais scientifiques du monde se révolte face à une étude du Lancet mensongère et complément fausse !! Mais Macron a quand même décidé le confinement ...
Ti Léon, Posté
Bis, Je suis rassuré par les quelques commentaires publiés. J'ai cru un instant que le lecteur type d'ImazPress n'était qu'un ronchon complotiste à l'instar de Quel ou de Torchon( je ne sais lequel est le nom,lequel est le prénom )
7AC, Posté
Bon article, du factuel, rien que du factuel.Le Français est hélas un gueulard invétéré, vaccin ou pas, de toutes façons jamais content.Ce vaccin n'est pas obligatoire, alors, faites comme bon vous semble !
Ti Léon, Posté
Je ne comprends pas les commentaires de "Quel torchon ". L'article me semble complet et d'une éthique journalistique assez remarquable qu'on ne rencontre pas si souvent.
Alain, Posté
Merci pour cet excellent article, bien documenté et argumenté.Adieu à "quel torchon" et merci pour cette citation qui prouve une fois de plus le savant de Marseille n'est pas plus pertinent dans ses citations que dans ses randomisations. Avec la naïveté et le complotisme, il y a aussi la croyance aveugle, merci de nous le démonter une fois de plus...
Quel torchon, Posté
"Entre la naïveté et le complotisme, il y a la lucidité" (D. RAOULT)Visiblement vous êtes vraiment des naïfs. Vivement que vous vous fassiez vacciner.ADIEU IPréunion