Dans l’interview publiée par l’AFP, Marc Soria rappelle que "27 requins ont été marqués depuis septembre 2011". En ce qui concerne les prélèvements, "un seul requin a été pêché", et le docteur en écologie comportementale marine souligne qu’un "nouveau protocole est en train d’être mis en place afin que ce soit le Comité des pêches de La Réunion qui mène ces opérations".
"Cela nous permettra d'avancer dans notre programme scientifique de marquage qui n'a été signé et donc validé par l'ensemble des parties que depuis juin. La décision de lancer cette opération de pêche contrarie notre programme. Nous souhaitons toutefois contrôler ces prélèvements pour éviter que les requins déjà marqués soient tués", ajoute Marc Soria dans cette interview.
Il rappelle par ailleurs que l’objectif de l’IRD est de marquer 80 requins d’ici la fin de l’année. "Je pense que nous y arriverons car nous allons y mettre les moyens", indique-t-il, tout en précisant : "Actuellement, les pêcheurs ne trouvent pas de requin bouledogue. Il est possible qu'ils soient davantage méfiants ou qu'ils soient plus au large car c'est la période de reproduction. A cela s'ajoutent des mauvaises conditions météo".
Marc Soria souligne aussi que selon les premières observations, "nous avons à faire à des requins nomades et non pas sédentaires d’une zone particulière de l’île". Ainsi, sur la zone d’études de Saint-Gilles, les requins marqués ont disparu entre dix et quinze jours, voire une quarantaine de jours. "Nous en avons retrouvé certains à Trois-Bassins et Saint-Leu, à plusieurs dizaines de kilomètres. S’ils peuvent aller jusque-là, rien ne dit qu’ils ne vont pas plus loin", note le docteur en écologie comportementale marine à l’IRD.
Selon lui, "un requin qui reste longtemps dans une zone ne constitue pas une menace si elle se trouve au large loin des spots de surf". "Il faut faire la distinction entre la présence d’un requin et le danger d’un requin", précise Marc Soria.
Enfin, à la question de l'AFP lui demandant ce qu'il a à répondre à ceux qui réclament un prélèvement massif de requins, il répond : "Il faut bien comprendre que l'augmentation récente du nombre d'attaques est potentiellement liée à un déséquilibre de l'écosystème. (...) Dans un écosystème dégradé - de nombreux signes le montrent à la Réunion - on observe une augmentation ou une disparition d'espèces, et parfois des comportements aberrants de certaines espèces. Dans ce cas, le retour à l'équilibre peut prendre plusieurs années, voire ne jamais réapparaître si rien n'est fait pour régénérer le système".
Selon Marc Soria, "un prélèvement massif va à l'inverse de cette régénération car les requins sont les prédateurs les plus hauts dans la chaîne alimentaire et jouent un rôle de régulateur". Il souligne ainsi qu'en Afrique du Sud, "la suppression des requins blancs dans une zone où ils étaient jugés dangereux a entraîné la prolifération des otaries qui a provoqué une forte diminution des populations de poissons qui n'ont plus été capables de se régénérer. Par cascade, non seulement cela a empêché le retour à l'équilibre de l'écosystème mais a entraîné la faillite de nombreuses exploitations de pêche".












