Cap Requins 2 à l'arrêt :

Plus aucun squale pêché à La Réunion


Publié / Actualisé
Le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) confirme la mise en stand-by du programme Cap Requins 2. Aucune opération de prélèvement ne se déroule dans les eaux réunionnaises depuis la mi-juillet 2017. Une information détaillée par le président, Bertrand Baillif. (Photo d'archives)
Le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) confirme la mise en stand-by du programme Cap Requins 2. Aucune opération de prélèvement ne se déroule dans les eaux réunionnaises depuis la mi-juillet 2017. Une information détaillée par le président, Bertrand Baillif. (Photo d'archives)

 

Rencontré ce lundi 7 août 2017 au port de Sainte-Marie lors du mouvement d'humeur des amodiataires, il s'exprimait à ce sujet. Une situation préoccupante avec l’hiver austral, période propice aux attaques. Les filets anti-requins, eux, restent non-opérationnels. À Boucan Canot comme aux Roches Noires.

La dernière capture remonte au 21 juin 2017. Celle d’un requin tigre à l’Étang-Salé. Ce samedi 5 août, un particulier observait un squale de type indéterminé dans le secteur de la Souris Chaude à Trois-Bassins dans l’Ouest. Le 23 juin dernier, un autre spécimen juvénile était attrapé. Quelques jours avant, une attaque survenait aux Roches Noires.

"On ne pêche plus depuis le 10 juillet. On attend le retour des avenants des pêcheurs en provenance des mairies, de l’État et de la Région pour payer les pêcheurs. Cela fait plus de deux mois qu’ils ne l’ont pas été. Cap Requins 2 a redémarré en mai et a été prolongé jusqu’à fin décembre 2017", lance-t-il depuis l’enceinte portuaire.

Le dirigeant parle d’un non-respect des procédures de paiement. Les professionnels ne sortent donc plus en mer. Les palangres de fonds et les drumlines ne fonctionnent plus. Une vingtaine de pêcheurs participe habituellement aux opérations de réduction du risque.

- Manque de trésorerie -

"Le protocole prévoit qu’après le dépôt des factures, il y a un délai de 15 jours pour les régler. Ce n’est pas le cas car il y a beaucoup de paperasse. Le budget du Comité est un gouffre. Sous l’ancienne mandature, il y a eu des augmentations de salaires alors que la structure était déjà en difficultés. La Région s’engageait à verser 100 000 euros au Comité pour boucler le budget de 2016", se justifie le professionnel de l’Étang-Salé-les-Bains.

Le CRPMEM ne peut avancer les fonds aux pêcheurs. En cause : le manque de trésorerie. Son responsable assure avoir supprimé les voitures de fonctions. Deux salariés sont aussi partis.

"J’ai hérité d’une maison trouée. Cela fait deux mois que je n’ai pas été payé. J’ai commandé un audit. Son rapport est sorti et nos avocats l’examinent. Ils diront s’il y a eu des abus sur Cap Requins et décideront de la marche à suivre. C’était un programme dans lequel on retrouvait toujours les mêmes pêcheurs. J’ai mis un coup de pied dans la fourmilière car tout le monde devrait en profiter. Les appels d’offre manquaient de transparence", glisse-t-il.

Monsieur Baillif évoque notamment le rôle de l’ex-secrétaire général, Ludovic Courtois, accusé d’être aux manettes sous la présidence de Jean-René Énilorac. "C’est lui qui dirigeait. Ce n’est pas le commandant qui pilotait l’avion. C’était le steward. C’était de l’argent public. Les services de l’État décideront si des sanctions ou des suites judiciaires doivent être prises", précise-t-il.

- Absence de cadre légal -

Bertrand Baillif pointe également une absence de cadre légal et un manque de contrôle autour Cap Requins 2. Un programme contesté par Jean-Bernard Galves. Le porte-parole du collectif composé de plusieurs associations -dont Sea Sheperd et la fondation Brigitte Bardot- emploie le terme de "scandale". Il réagit dans un communiqué.

"Des fonds publics distribués hors de tout cadre légal et sans contrôle pour pêcher le requin. Ces financements publics ont été attribués par l’État, la Région, les communes au CRPMEM sur la base de rapports pseudo scientifiques rédigés par lui même dont il était porteur, bénéficiaire financier et juge", commente-t-il.

Le représentant souligne "la dangerosité des appâts placés près des plages". "De nouveaux accidents sont survenus. Le CRPMEM a-t-il pu placer des appâts à partir du 1er avril 2015 aux Roches Noires ? Le 12 avril, un tragique accident survenait à quelques coups de nageoires de requins de là." Une pétition réclame au ministre de la transition écologique l'ouverture d'une enquête et la suspension des programmes de pêche.

- Manque de trésorerie -

Le président du Comité des pêches prévoit d’ailleurs de communiquer cette semaine autour de la légine dans les Terres australes et antarctiques françaises. "Il faut un vrai programme pour la filière de la petite pêche afin que tout le monde soit concerné. Pas un projet comme celui de Réunion pêche australe. L’ancien Comité des pêches utilisait les petits progessessionnels comme cautionnaires. Les pouvoirs publics doivent revoir ce dossier", suggère-t-il pour conclure.

Prélèvements, finances dans le rouge, port de Sainte-Marie ensablé : Bertrand Baillif et son équipe subissent beaucoup d'avaries en même temps. Autant de défis après l’élection en janvier 2017. Pas sûr qu’ils imaginaient devoir écoper autant d'eau à bord du Comité des pêches.

Publié ce mardi 8 août 2017 à 3h00/ts/www.ipreunion.com

   

4 Commentaire(s)

La prefecture complice comme d'habitude, Posté
on comprend mieux la facilité avec laquelle le steward a fait pression pour refuser les observateurs independants. A l’époque cela avait ete denoncé par les associations sans que la prefecture ne leve le petit doigt et aligne les subventions. Aujourd'hui les protagonistes savoure leur parachutes dorés comme celui qui a laissé deliberement bruler la foret du maido en refusant de faire venir le dash
Pathetique, Posté
Tout ce pataquès pour pêcher des poissons ,alors que le retour à une commercialisation permettrait de gagner de l'argent.
Sans compter les milliers d'euros générés par la mise en valeur du littoral réunionnais.
Il semble que nous n'ayons pas encore touché le fond vu que certains continuent à creuser.
T42, Posté
"Des fonds publics distribués hors de tout cadre légal et sans contrôle pour pêcher le requin."
Après le surf, un autre sport régional ?
Aterla, Posté
En effet la crise requin n'était pas une crise pour tout le monde: " C’était un programme dans lequel on retrouvait toujours les mêmes pêcheurs."

Alors qu'il suffirait d'autoriser de nouveau la vente de requin pour consommation. Avec des prélèvements aléatoires et réguliers, le risque ciguatera (si jamais il y a eu un risque!) serait en partie controlé.

Tout le temps que l'on refusera de voir que la clef principale du problème est là, il faudra s'attendre à d'autres drames.

Je pense sincèrement que si on n'avait pas à l'époque chassé les requins avec des chiens en appâts vivants, on aurait pas eu cette fausse interdiction à la ciguatera. C'était la façon la plus rapide d'arrêter cette pratique barbare. Aujourd'hui, il suffirait de confisquer le bateau de pêche de celui qui déciderait d'utiliser cette méthode.