Grâce à #Balancetonporc la parole se libère (actualisé) :

Des Réunionnaises racontent leur harcèlement sexuel


Publié / Actualisé
Collectivités locales, secteurs du commerce ou de la communication... Le harcèlement sexuel et moral n'épargne pas certains pans du monde professionnel. Gestes déplacés, propositions douteuses, blagues graveleuses : quatre femmes de différents milieux balancent leurs porcs, rencontrés durant leurs relations de travail à La Réunion, sans les nommer. Elles témoignent mais tiennent à garder l'anonymat par peur des représailles de leurs harceleurs.
Collectivités locales, secteurs du commerce ou de la communication... Le harcèlement sexuel et moral n'épargne pas certains pans du monde professionnel. Gestes déplacés, propositions douteuses, blagues graveleuses : quatre femmes de différents milieux balancent leurs porcs, rencontrés durant leurs relations de travail à La Réunion, sans les nommer. Elles témoignent mais tiennent à garder l'anonymat par peur des représailles de leurs harceleurs.

 

Suite aux  révélations concernant le producteur américain Harvey Weinstein -accusé de viols et d’agressions sexuelles-, les langues se délient. Le hashtag "balancetonporc" sur Twitter connaît un succès viral. Il s’agit de la déclinaison française de #MyHarveyWeinstein. En moins de trois jours, plus de 160.000 messages étaient publiés sur les réseaux sociaux. 59.000 internautes se mobilisaient dont 16.000 racontaient leur calvaire.

Lire aussi : Harcèlement et agressions au travail : n'hésitez pas à témoigner

La Réunionnaise Murielle décrit "une descente aux enfers". En cause : le harcèlement d’un supérieur dans son ex-entreprise de communication. Caresses et réflexions à caractère sexuel… Elle raconte les agissements de ce cadre, marié et père de famille. "On restait faire des heures supps, tous les deux. Il a dérapé. Tu es une bombe anatomique, ton mec a de la chance avec le corps que tu as : ces réflexions revenaient souvent… C’était lourd mais pas bien méchant. J’ai déchanté. À deux reprises, il m’a caressé les fesses en disant ne pas avoir fait exprès, quand on se levait pour quitter la salle. Il m’invitait à sortir mais j’ai mis des limites", détaille-t-elle.

Après son refus, elle se retrouve mise à l’écart sur plusieurs dossiers. Elle tente malgré tout de clarifier les choses. "Il a nié en disant qu’il n’avait jamais essayé de me séduire. Qu'il avait perdu confiance en mes capacités professionnelles. Certains collègues ne comprenaient pas pourquoi j’étais bordée. Il a changé de comportement car je n’ai pas cédé ", assure-t-elle. La communicante décide malgré les conseils de ses proches, l'incitant à porter plainte pour harcèlement sexuel et moral, de taire cette histoire. Jusqu’à ce que, épuisée, elle finisse par quitter sa société.

"Je n’ai rien dit car ce supérieur avait de l’influence dans le métier. Il m’a laissée partir et m’a fait comprendre qu’il connaissait du monde. Même si c'est fini, je refuse de donner son nom car j’ai peur de lui. J’ai temporairement changé de voie à cause de lui. J’ai ensuite retrouvé du boulot dans mon secteur donc je préfère ne rien dire même si cette histoire m'a fait du mal", lance-t-elle.

Se taire plutôt que de dénoncer des délits punis par la loi. Un choix similaire à celui de Nathalie, dans le secteur du commerce. Elle refuse de dévoiler l'identité de son porc, malgré les actes douteux de son ancien supérieur hiérarchique.

- Mise à l'écart -

"J’étais son meilleur élément jusqu’au jour où j’ai refusé ses avances. On peut étendre notre collaboration jusqu'à la chambre d’hôtel m’a t-il dit lors d’une fête entre collègues. J’ai refusé. Il se montrait insistant. Au travail, il faisait souvent des réflexions sur la couleur de mon soutien-gorge, de mes tenues. Du jour au lendemain, je suis devenue la plus mauvaise des commerciales", commente-t-elle ironiquement. Comme pour Murielle, s’ensuit une mise à l’écart et des relations conflictuelles.

Nathalie demande une mutation loin de son harceleur. Mais les réflexions sexistes se poursuivent.  "Rien de ce que je faisais ne lui convenait. J’ai demandé une médiation qui n’a jamais eu lieu. Mon boss disait que ce responsable avait toujours eu ce comportement, qu’il ne fallait pas en tenir compte. Sauf que le harcèlement continuait. J’ai fini par être mutée. Il a arrêté ce petit jeu mais n’a jamais été sanctionné", précise-t-elle. Nathalie vient de changer d'entreprise. Elle envisage de porter plainte contre son ancien patron et son ex-supérieur hiérarchique.

Sa parole se libère mais la commerciale hésite à franchir le pas. "C’est leur parole contre la mienne. Ils se protègent entre eux et je ne fais pas le poids. Ils sont très malins et ne font des avances que de manière orale. Je ferai peut-être un signalement." Une omerta également bien présente dans certaines collectivités du département. Comme le détaille Mathilde. Selon elle, certains codes sont encore difficiles à casser dans ce milieu. Le schéma paternaliste et même des réminiscences du droit de cuissage se perpétueraient toujours.

"Tu es là grâce à moi, donc j’ai certains droits sur toi. Il y a une redevabilité latente car même si on a obtenu un concours c’est l'autorité qui vous nomme. Une forme de familiarité se met en place, même dans les rapports entre collègues. Les remarques sur les tenues et la sexualité sont hyper courantes", témoigne-t-elle. Selon Mathilde, le pouvoir donnerait une forme de toute puissance à certains élus et à certaines élues qui ne peuvent pas "entendre le mot non". Elle prend l'exemple d’attouchement d"élues sur leurs collaborateurs.

- "Elle a enchaîné les postes placard" -

"Si certains agents ne conviennent plus, on prétexte une lacune professionnelle alors qu’il s’agit d’un refus de passer à l’acte. J’ai connu une femme qui a enchaîné les postes placard après avoir refusé de coucher avec un élu. Ce n’est peut-être pas l’explication directe mais c’est étrange." Elle confie avoir eu beaucoup de mal se faire entendre dans certains réunions après avoir publiquement fait comprendre qu’elle se positionnait uniquement sur le terrain professionnel. Mathilde mentionne également un commentaire déplacé marquant.

"Tu es ravissante aujourd’hui. Ça va être dur de se concentrer avec toi. Ça va ? Tu es en manque en ce moment ? On pourrait étendre notre collaboration si tu en as besoin. Des phrases dites sous couvert d’humour mais quand elles se multiplient, c’est insupportable." Autre témoignage de l’intérieur : celui de Frédérique. Elle se souvient d’un administratif de collectivité souhaitant l’embaucher. Ce dernier se montre alors rapidement plus entreprenant.

"Il me parle de mes compétences, commence à me dragouiller, m’invite à manger. Me dit que je suis une très jolie fille, m’appelle pour me dire que je lui plaîs, qu’il faut que l’on marche main dans la main. Ce n’est jamais dit ouvertement mais comme je n’ai pas cédé, je n’ai pas été recrutée", confie-t-elle. Frédérique évoque aussi sa réception par un élu dans un bureau aux rideaux tirés et dans une ambiance tamisée.

"Il ne parlait que de mon physique et pas de mes compétences. Il faisait des remarques déplacées. Un administratif n’évoquait, lui, que mon physique lors de réunions. Je n’étais pas considérée. Je vivais ça comme une agression." Elle se rappelle également d’une autre collectivité où les toilettes étaient régulièrement bouchées par les préservatifs.

Lire aussi : Après #balancetonporc, Sandra Muller dénonce certains milieux "protégés"

"Un responsable m’a fait une réflexion sur mes attributs physiques. Il m’a aussi harcelé moralement, remettant en cause mes compétences car j’étais une femme. Quand tu es une femme, aussi bien dans les collectivités que dans le privé, tu dois te faire entendre plus fort que les autres car c’est plus dur. Je refuse de m’habiller différemment pour que l’on me prenne au sérieux. On ne demanderait pas ça à des hommes", lâche-t-elle.

#Balancetonporc n’épargne donc pas les femmes dans l’île. Les tweets, eux, continuent à défiler sur Twitter. Sandra Muller, journaliste pour la Lettre de l’audiovisuel,  lançait le mouvement sur Twitter, le 13 octobre 2017 à 14h06. Lorsqu’elle raconte sa propre histoire de harcèlement, le hashtag se met à exploser.

 

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les hommes s’impliquent aussi. 47 % d’entre eux s’exprimaient avec ce hashtag devenu populaire. Voici le top 3 des histoires les plus retweetées. De quoi déclencher les réactions outragées des utilisateurs du réseau social.

 

 

Le message suivant se classe en deuxième position des pires réflexions retweetées.

 

 

Voici le troisième message le plus retweeté.

 

 

ts/www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Candide, Posté
#balancetatruie

Au nom de l'égalité des sexes