Polémique :

Conflits à l'Université de La Réunion sur fond de liberté d'expression


Publié / Actualisé
Les tensions autour de liberté d'expression s'accentuent à l'Université de La Réunion. Depuis la suppression du canal Expression libre en novembre 2019, lieu où le personnel pouvait s'exprimer librement comme l'indique le nom, certains syndicats et la présidence de l'université se livrent une bataille sur la liberté d'expression. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Les tensions autour de liberté d'expression s'accentuent à l'Université de La Réunion. Depuis la suppression du canal Expression libre en novembre 2019, lieu où le personnel pouvait s'exprimer librement comme l'indique le nom, certains syndicats et la présidence de l'université se livrent une bataille sur la liberté d'expression. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Les difficultés commencent en novembre 2019, quand Frédéric Miranville, président de l'université, prend la décision de supprimer Expression libre. "Le canal n'était pas modéré, et cela à mener à de nombreuses dérives, notamment des règlements de compte entre personnels, des insultes et des propos injurieux" justifie ce dernier.

Mais aux yeux du syndicat SNESUP-FSU, il s'agit surtout de bâillonner la liberté d'expression au sein de l'université, notamment concernant les critiques qui peuvent être faites vis-à-vis de la direction. Ce que dément totalement Frédéric Miranville. "Expression libre a été créé en se basant sur l'auto-modération, mais il était prévu à termes de modérer les postes du personnel" assure-t-il.

Deux problèmes se posent ici. Tout d'abord, d'après Chloé Bourmaud, secrétaire académique du SNESUP, il n'a jamais été question de modérer Expression libre. "Je n'ai aucun souvenir qu'il ait été prévu de modérer un jour le canal" assure-t-elle. Une demande a bien été faite dans ce sens en 2015, mais la motion a été rejetée le 10 décembre 2015, soit deux ans après le lancement du canal.

Par ailleurs, en supprimant le canal en novembre 2019 et en n'ouvrant la plateforme actuelle seulement en mars, le personnel et surtout les organisations syndicales n'ont plus eu de support de communication pendant près de quatre mois. Une situation illégale, et inédite d'après certains membres du personnel.

- Des courriers censurés sur la nouvelle plateforme -

La nouvelle plateforme mise à disposition des personnels soulève plusieurs questions, notamment concernant les délais de publication. La modération étant désormais la règle, il faut que les publications soit approuvée, ce qui peut prendre quelques temps.

Cependant, la charte précise que le délai maximum est de 48 heures. Un délai qui ne serait pas respecté régulièrement. "Il arrive que certains de mes courriers syndicaux mettent jusqu'à deux semaines pour être publiés, ce n'est pas normal" dénonce Chloé Bourmaud.

Frédéric Miranville reconnaît qu'il peut arriver qu'il y ait des retards. "Ce n'est par contre pas moi qui me charge de l'approbation des publications mais le service de communication, je n'ai aucun regard sur ce qui est publié ou pas" explique-t-il. Une affirmation que Chloé Bourmaud assure être erronée.

La forme des publications est aussi critiquée : pour lire une publication, il faut désormais cliquer sur le lien reçu par mail, s'identifier sur le site, et confirmer sa demande. Il n'est pas non plus possible de télécharger les publications. "C'est chronophage, et beaucoup de personnes ne lisent plus les contenus" regrette Chloé Bourmaud. Si cela ne relève pas de la liberté d'expression à proprement parler, la complication de l'accès au contenu est regrettable d'après cette dernière.

- Le cas Fabrice Lemaire -

Un autre litige sur fond de liberté d'expression agite le personnel : Fabrice Lemaire, enseignant-chercheur, a été suspendu et n’a plus accès à sa boite mail professionnelle. Le président de l'université affirme que cette décision était motivée à la suite de nombreuses attaques et insultes à l'égard d'autres employés par mail.

"Il était de ma responsabilité de prendre des mesures conservatoires à son encontre pour faire cesser ses agissements" affirme Frédéric Miranville. Il mentionne un "dossier très lourd", qui justifie aujourd'hui ces mesures. L'enseignant-chercheur est désormais en attente de sa commission disciplinaire, qui décidera d'éventuelles sanctions.

Pourtant, au sein du personnel, une pétition a été lancée en soutien à ce dernier. Pour l'heure, elle a récolté environ 300 signatures. "Cette pétition est tournée de façon manipulatrice, en omettant le comportement de Fabrice Lemaire qui a motivé ces sanctions" explique le président de l'université. Il affirme par ailleurs que certains signataires, ignorant la situation au moment de signer, se serait rétractés.

Une affirmation qui ne convainc pas Chloé Bourmaud, qui considère de son côté que Fabrice Lemaire reçoit beaucoup de soutien au sein du personnel.

Elle a d'ailleurs, sur décision collégiale du SNESUP, partagé un nouveau courrier de ce dernier malgré sa suspension. En réponse, elle, ainsi que deux collègues, ont reçu une mise en demeure de Frédéric Miranville, l'intimant à cesser toute diffusion de propos écrits par l'enseignant-chercheur.

"A mes yeux, Fabrice Lemaire est le contre-exemple de la liberté d'expression : on ne peut pas se permettre d'insulter et humilier sous couvert de l'indépendance et de la liberté d'expression" assène Frédéric Miranville

- Un groupe de travail sur la liberté d'expression -

En réponse aux critiques, un groupe de travail a été élaboré pour étudier la question de la liberté d'expression. Lors de la première réunion, il a été abordé la question de la liberté d'expression des syndicats. "C'est ridicule, des lois encadrent la communication syndicale, il n'y a rien à discuter" signale Chloé Bourmaud.

Ce groupe de travail est d'ailleurs composé, entre autres, de six représentants syndicaux. Si une collègue devait bien participer à la réunion, cette dernière a dû se désister, et a proposé d'être remplacée par Chloé Bourmaud. Une demande qui serait restée sans réponse.

En novembre, il sera temps de voter pour la présidence de l'université. La syndicaliste s'inquiète désormais de l'organisation des prochains mois, et s'interroge sur comment les syndicats vont pouvoir communiquer librement.

as / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Jojo, Posté
lemaire le petit napoléon prétentieux mérite bien ça
Libertégalitéfraternité, Posté
Que l'université de la Réunion ne respecte pas les règles de communication syndicale ! Le Ministère a fait une charte et des règles claires pour les Rectorat. La communication c'est le lien avec les personnels, vouloir contrôler ces règles c'est faire de l'entrave à la liberté syndicale. Si les textes syndicaux sont diffamatoires ou injurieux, il reste toujours la possibilité de porter plainte. La modération sur ces communications est inconcevable.
Santa, Posté
Peut ont avoir la liberté d'être respecté dans ce pays, si nous nous trouvons actuellement dans une impasse de savoir vivre ensemble, c'c'est que le respect n'est pas prit en compte, nous n'avons pas le droit délibérément de rabaisser, juger notre prochain, et nous pourrons crier haut et fort Liberté Égalité FRATERNITÉ, le respect passe avant tout.