À deux heures de vol de La Réunion :

Crise humanitaire : le sud de Madagascar meurt de faim


Publié / Actualisé
C'est une crise humanitaire qui se joue à deux heures de vol de La Réunion. En proie à la sécheresse, le sud de Madagascar fait face à une famine menaçant plus d'1,5 million de personnes, dont 500.000 sont en situation d'urgence. Faute d'eau potable pour s'abreuver et de pluie pour arroser les terres, les habitants se résolvent à manger des cactus et du tamarin. À La Réunion, l'aide s'organise, à commencer par les associations malgaches en lien direct avec le pays. Des initiatives on ne peut plus nécessaires en attendant la mobilisation de la communauté internationale. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
C'est une crise humanitaire qui se joue à deux heures de vol de La Réunion. En proie à la sécheresse, le sud de Madagascar fait face à une famine menaçant plus d'1,5 million de personnes, dont 500.000 sont en situation d'urgence. Faute d'eau potable pour s'abreuver et de pluie pour arroser les terres, les habitants se résolvent à manger des cactus et du tamarin. À La Réunion, l'aide s'organise, à commencer par les associations malgaches en lien direct avec le pays. Des initiatives on ne peut plus nécessaires en attendant la mobilisation de la communauté internationale. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Les images font froid dans le dos. Le drame humain se déroule aux portes de La Réunion, à moins de deux heures de vol. Soit le temps qui sépare Saint-Denis de Saint-Joseph lorsque la circulation est un peu dense. Tout le sud de Madagascar se retrouve confronté à la sécheresse et à la famine. La région n’a pas connu de pluie depuis plus d’un an.

“On ne parle pas de 1.000, 2.000 ou 3.000 personnes, mais de 500.000 personnes exposées à la famine”, explique Pana Reeve, président de la Feo (Fédération des entités oeuvrant pour Madagascar), qui regroupe une vingtaine d'associations malgaches de la Réunion. “1,5 million de personnes sont menacées, dont 500.000 dans l'extrême pauvreté, en situation d’urgence.”

Derrière la famine que subit actuellement le pays se trouve le kere, la période précédant les premières récoltes et où le grain de la récolte précédente vient à manquer. Le kere est essentiellement dû à la sécheresse qui, depuis 1997, s'avère de plus en plus rude au fil des ans.

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Les plantes et le bétail souffrent également de l'aridité de la région, rendant le sol improductif et les biens alimentaires rares. “Au manque d'activités agricoles, d'élevage et de ressources, s'ajoutent aussi l'insécurité, le mauvais état des routes entraînant l'enclavement des zones les plus vulnérables. C’est un cercle vicieux”, déplore Pana Reeve.

Il est ainsi très complexe, voire risqué, de cultiver quoi que soit. Sans eau, les semences ont très peu de chance de produire de la nourriture et ne peuvent pas être récupérées. Des pertes que ne peuvent pas se permettre les populations exposées à la famine.

- “Quand il n’y a rien, les gens mangent du cactus” - 

Pour pallier le manque d’eau potable, des camions citernes remplis d’eau font le tour des villages, mais cela reste aléatoire et surtout onéreux. Parfois, les citernes n'arrivent jamais, et quand elles passent, elles vendent le bidon d’eau à presque 1.000 ariarys (22 centimes d'euros), une fortune dans ce pays frappé par l'extrême pauvreté.

"Quand il n’y a pas d’eau, les gens ne se lavent pas, ne lavent pas leurs vêtements”, relate le Père Jean Chrysostome Ravelomahitasoa, fondateur de l’association SOS Toliara. “On a essayé de faire des puits et des forages mais c’est impossible. Ils ont creusé jusqu’à 300 mètres et n’ont pas trouvé d’eau.”

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Un guide touristique vivant à Antsirabé, dans le centre de Madagascar, explique à Imaz Press que même les personnes disposant de quelques ressources financières “doivent prendre la charrette à zébus pendant 6 heures aller-retour pour acheter de la nourriture”. Pour trouver de l'eau et de la nourriture, certains doivent couvrir la distance de Bekily à Tolagnaro, soit plus de 300 kilomètres

Quand il n’y a rien, les gens mangent du cactus, ils se nourrissent avec le fruit. Quand il n’y en a plus, ils commencent à manger les feuilles après avoir enlevé les épines”, raconte le Père Jean. “Quand c’est encore plus dur, ils cuisinent le tamarin. Pour enlever le goût acide, ils mettent des cendres, pour tromper un peu le ventre. Mais il n’y a aucun apport alimentaire. C’est pour ça qu’il y a de la mortalité infantile. Il y a beaucoup de maladies, par carence de vitamines.”

Selon l'Agence française de développement, la situation nutritionnelle des enfants à Madagascar est en effet très précaire et structurellement fragile, même en dehors du kere : 53% des enfants de moins de 5 ans présentent un retard de croissance, 42% des enfants souffrent d’insuffisance pondérale, 13% souffrent de malnutrition aiguë, 50% souffrent d’anémie et 42% des enfants de moins de six ans présentent des signes de carence en vitamine A. Madagascar est le cinquième pays le plus affecté par la malnutrition du monde, selon l'Unicef.

- Une accalmie entre 2016 et 2019 -

Le kere existe depuis une vingtaine d’année à Madagascar. Pour autant, les conséquences humanitaires étaient moindre, notamment ces trois dernières années, entre 2016 et 2019. Une mesure de protection sociale avait en effet été mise en place par le précédent régime : des allocations familiales de 30.000 ariarys (6,50 euros) en moyenne, nommées Vatsy Fiavota, étaient versées tous les mois aux familles des endroits les plus exposés. Instituées par le Ministère de la population de l'époque et financées par la Banque mondiale, ces allocations avaient permis d'atténuer les conséquences de la sécheresse.

“Après le changement de régime, les aides ont visiblement été gérées autrement et une partie du budget prévue, 90 millions de dollars de rallonge de la Banque mondiale pour la période 2019-2022, semble avoir été réorientée pour faire face à la Covid à Tana et Tamatave”, suppose Pana Reeve.

“D'où la grande précarité de la population du sud, totalement démunie aujourd'hui. La crise a été un peu négligée par les autorités et ça nous saute à la figure avec des morts. Il n'y avait pas la grande crise que l’on connaît aujourd’hui”, ajoute-t-il. 

- Le président Andry Rajoelina sur place -

Devant l’ampleur de la crise humanitaire, le président malgache Andry Rajoelina s’est rendu sur place, ce lundi 4 octobre, pour distribuer des denrées et apporter son soutien à la population.

Une initiative à travers laquelle l'association Les indignés de Madagascar à La Réunion voient un simple exercice de communication. “Rajoelina est venu en hélicoptère dans le sud, où 8 enfants sont décédés. Au lieu d'observer une atmosphère de recueillement voire de deuil, il a organisé un rassemblement monstre dans une ambiance festive, avec sa musique de campagne en boucle”, dénoncent-ils. 

“Nous demandons une gestion directe des fonds alloués à la population par les donateurs et les bailleurs de fonds pour être sûrs que ces dons arrivent réellement chez les bénéficiaires, et ne soient pas détournés par les dirigeants”, poursuit l'association.

- L'aide s'organise face aux crises qui se multiplient -

D'un ton plus mesuré, Pana Reeve regrette que le président n'ait pas vu “toutes les zones sur le bord de la route nationale”, du fait de son moyen de locomotion. “Il y a des problèmes politiques à Madagascar. Les politiciens voient surtout les gens en ville et ne voient pas les gens en brousse”, confirme le Père Jean, dont l'association s'occupe justement du village d'Anjapirahalahy, en campagne, où 47 habitations ont pris feu au mois de septembre. 

“Les maisonnettes sont en paille. Quand la paille a brûlé, c'est tout le village qui a brûlé à cause du vent et du manque d’eau. Il n’y a pas de pompiers non plus. Toutes les richesses ont été perdues à l'intérieur des maisons. Les gens dorment maintenant sous les arbres en attendant qu’ils puissent reconstruire le village.”

Une tragédie qui s'ajoute au kere. Pour les associations, les solutions pérennes ne peuvent venir que des instances gouvernementales. “On fait des actions ponctuelles pour atténuer les souffrances, mais c’est plus au niveau étatique et international que ça va se régler. Ce sont des millions de dollars qu’il faut”, indique Pana Reeve. 

En attendant, la Feo a donné consigne à ses associations membres que toutes les initiatives humanitaires soient orientées vers le sud de Madagascar en raison de l'urgence de la situation. La Fédération a également établi un partenariat avec la plateforme www.agirpourmada.org, qui a commencé à distribuer des colis alimentaires à Amboasary et à Ampanihy.

aa / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

6 Commentaire(s)

Bob, Posté
Certaines femmes ont 10 enfants.26 millions personnes (5 millions en 1960)Que le gouvernement commencer part mener une politique de contraception, à partir de 4 enfants, par exemple..
Zef, Posté
@post1: La presse malgache est muselée et aux bottes du pouvoir. Rajoel fait de la com' c'est un pro c'est grâce à ça qu'il s'est enrichi; il distribue 10 sacs de riz pour les caméras alors que c'est des millions dont il y a besoin. La situation est connue depuis longtemps et il a fallu que cela soit médiatisé par la presse étrangère pour qu'il ramène sa pogne!
Didier, Posté
Rajoelina est le représentant de quelle classe sociale ? De la bourgeoisie ! C'est un partisan inconditionnel du capitalisme, donc de l'accaparement des richesses par la minorité de privilégiés et de vautours à laquelle il appartient.Comment peut-on attendre la solution de ceux qui sont à la racine du problème ?La solution ne peut venir que de ceux qui souffrent du système capitaliste : la classe ouvrière et les classes exploitées en général, en particulier les paysans pauvres. C'est ceux-là qui doivent agir et s'organiser pour mettre fin au système qui les maintient dans la dépendance et le besoin. Tant que le système capitaliste sera sur pied, ce sera la barbarie pour les plus pauvres. La solution, c'est la révolution sociale, l'organisation collective de la population pour réorganiser l'économie afin de répondre aux besoins vitaux de la population (se nourrir, se vêtir, avoir accès à l'eau potable, à l'électricité, à l'éducation et à la santé). Les moyens existent. Il faut que la population qui souffre les arrache des mains des voleurs qui dirigent la société !
Mayaqui, depuis son mobile, Posté
Triste ; en souhaitant que l'aide aille au bon endroit ...
Bertel974, Posté
25 millions d'euro! C'est ce que le président de la fédération de football malgache c'st mis dans la poche avant de prendre la fuite! Et combien de millions ont disparus dans les poches des dirigeants depuis des décennies ? Alors c'est vrai que c'est triste de voir une situation pareille, mais il faudrait peut être prendre le mal a la racine et faire revenir tout cet argent disparu ! Ça en fait des rations alimentaires et des tonnes de riz pour la population !!!!
Mais pourtant, depuis son mobile, Posté
Mais à lire la presse malgache le nouveau président fait du bon travail et distribue des rations alimentaires. Alors qui dit vrai ? Un moyen encore de nous faire culpabiliser ou nous prendre de l'argent qui n'arrivera jamais à destination