Ils demandent le soutien de l'Etat :

Mort suspecte de deux vaches dans le sud : les éleveurs sont en colère


Publié / Actualisé
Les éleveurs de bovins ont manifesté à Saint-Pierre ce lundi 11 mars 2019 après la mort de deux vaches dans le sud de l'île. La direction de l'alimentation de l"agriculture et de la forêt (DAAF) a accepté de payer l'autopsie des deux bêtes afin de définir les circonstances de leur décès. Mais les éleveurs maintiennent leur ras-le-bol et réclament davantage d'écoute de la part de l'Etat, tout en rappelant leurs dures conditions de travail.
Les éleveurs de bovins ont manifesté à Saint-Pierre ce lundi 11 mars 2019 après la mort de deux vaches dans le sud de l'île. La direction de l'alimentation de l"agriculture et de la forêt (DAAF) a accepté de payer l'autopsie des deux bêtes afin de définir les circonstances de leur décès. Mais les éleveurs maintiennent leur ras-le-bol et réclament davantage d'écoute de la part de l'Etat, tout en rappelant leurs dures conditions de travail.

Deux nouvelles vaches mortes : le bilan est lourd pour le cheptel de Mélusine Lauret. En tout, quatre bêtes sont mortes chez elle depuis le mois de janvier. " C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ", explique Jean-Michel Moutama, vice-président du syndicat CGPER, la Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion.

Lundi 11 mars 2019 dans la matinée, ils étaient une dizaine d’éleveurs à manifester à Saint-Pierre. Au milieu du cortège : les cadavres des deux vaches mortes, exposés devant les locaux de la DAAF, la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt. Les éleveurs réclament plus de considération de la part de l’Etat suite la mort de leurs animaux.

Un problème qui prend de l’ampleur depuis plusieurs d’années. Jean-Paul Bègue, qui tient d’un cheptel de 80 bêtes environ au Tampon, est bien placé pour le savoir : il a perdu 17 vaches l’année dernière. " C’est colossal sur l’ensemble d’une année. On ne peut plus vivre comme ça ".

4 à 6 mois pour obtenir les résultats des prises de sang

La leucose bovine fait des ravages sur l’île. Près de 90% des cheptels sont touchés. Aucun impact sur la santé humaine, selon les autorités, mais le risque est réel pour les bovins.

En attendant, le laboratoire départemental n’est plus fonctionnel. Pour Jean-Michel Moutama, cela impacte fortement la rapidité des analyses. Après les prises de sang, les échantillons partent en métropole. " Il faut ensuite attendre 4 à 6 mois pour obtenir les résultats ", explique Jean-Michel Moutama.

Des délais beaucoup trop longs pour les éleveurs, qui demandent un fonctionnement plus efficace : " Il suffit d’une bête malade : en 10 jours, elle peut contaminer tout le troupeau ", se désole Jean-Paul Bègue.

En plus de la lenteur des analyses de sang, les autopsies sur les vaches déjà mortes se font rares, car trop chères. Les éleveurs peinent déjà à arrondir leurs fins de mois, et les vétérinaires refusent de se déplacer, sans garantie d’être payés en temps et en heure. " Mélusine Lauret a dû faire face à ce problème ", explique Jean-Michel Moutama. " Elle cumulait déjà 2000 euros de dettes de frais vétérinaires, elle ne pouvait pas rajouter les frais d’autopsie à la liste… "

Une petite victoire cependant : la DAAF accepte de payer l’autopsie des deux bêtes mortes récemment dans le cheptel des Lauret. Cela pourrait ainsi permettre de mieux comprendre les circonstances de leur mort, et éviter de nouveaux décès.

" La situation est catastrophique pour les éleveurs "

Les pertes financières et l’impact moral s’ajoutent aux conditions de vie déjà difficiles des éleveurs. " Leur situation est catastrophique ", note le CGREP. Certains peinent à arrondir les fins de mois, au point de ne compter qu’une centaine d’euros de bénéfices à chaque fois.

Jean-Paul Bègue en est un exemple flagrant. " Le mois dernier, j’ai fait 110 euros de bénéfices sur mon cheptel ". Ses activités de maraîcher lui permettent de tenir, mais la rentabilité de son troupeau est bien faible.

Pourtant la filière laitière est florissante à La Réunion. La demande est forte, bien plus qu’en métropole. Mais le niveau de vie des éleveurs ne suit pas. Selon les chiffres donnés par le CGREP, on comptait 120 éleveurs il y a cinq ans, contre 60 seulement aujourd’hui. Soit une diminution de 50% en très peu de temps.

Les éleveurs réclament une plus grande transparence

Face à ces conditions extrêmement difficiles, les éleveurs tirent la sonnette d’alarme. " Nous ne demandons pas de subventions supplémentaires, nous savons bien qu’il y en a déjà beaucoup ", explique Jean-Michel Moutama. " Mais nous demandons à la coopérative plus de transparence pour savoir où finissent ces subventions, pour aller vers une meilleure répartition ". Ils espèrent ainsi obtenir le soutien moral de l'Etat pour un meilleur dialogue entre les différents acteurs de la filière laitière.

Fin décembre, l’Adefar, l’Association de défense des éleveurs de La Réunion, avait déjà réalisé une marche de 150 km pour justement réclamer plus de transparence dans l’élevage local.

Lire aussi : L'Adefar a marché pour réclamer une filière bovine saine

Pour le syndicat CGREP, il faut mettre un terme à ce cercle vicieux. " Sans argent, les éleveurs ne peuvent pas payer les frais vétérinaires, alors les vétérinaires ne se déplaceront plus, il sera donc difficile de pister et comprendre les maladies dont peuvent souffrir les bovins ", estime Jean-Michel Moutama.

L’éleveur Jean-Paul Bègue fait le point sur les potentielles actions à venir : " S’il n’y a pas de changements concrets, on pourrait bien finir par camper devant la coopérative. On ne compte pas rester les bras croisés ".

mm/www.ipreunion.com

   

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