La justice s'engage pour une meilleure prise en charge des victimes :

38% des femmes tuées en douze ans à La Réunion avaient signalé leur bourreau


Publié / Actualisé
Ce lundi 25 novembre 2019 marque la fin du grenelle sur les violences faites aux femmes ainsi que la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes. A cette occasion, une séquence de travail se tient ce lundi à la Cour d'appel de Saint-Denis avec les acteurs de la lutte contre les violences sexistes. Cette réunion vise à présenter les mesures prises pour améliorer l'accueil des victimes lors du dépôt de plainte, privilégier le recours à la médecine légale et la construction de la procédure, mais aussi améliorer le déroulement et le jugement de l'audience ainsi que l'après jugement. En douze ans, ce sont 49 femmes qui ont été victimes de féminicide. 38% d'entre elles avaient signalé leur bourreau à la justice. (Photo as/www.ipreunion.com)
Ce lundi 25 novembre 2019 marque la fin du grenelle sur les violences faites aux femmes ainsi que la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes. A cette occasion, une séquence de travail se tient ce lundi à la Cour d'appel de Saint-Denis avec les acteurs de la lutte contre les violences sexistes. Cette réunion vise à présenter les mesures prises pour améliorer l'accueil des victimes lors du dépôt de plainte, privilégier le recours à la médecine légale et la construction de la procédure, mais aussi améliorer le déroulement et le jugement de l'audience ainsi que l'après jugement. En douze ans, ce sont 49 femmes qui ont été victimes de féminicide. 38% d'entre elles avaient signalé leur bourreau à la justice. (Photo as/www.ipreunion.com)

Le procureur comme le préfet l'admettent tous les deux : La Réunion est aujourd'hui un département particulièrement violent, contre les femmes, mais aussi contre les enfants. Une situation qui a poussé aujourd'hui à des actions dont Jacques Billant, le préfet, se félicite : "La Réunion est pionnière en matière de lutte contre les violences faites aux femmes aujourd'hui" souligne-t-il. "Mais comment faire autrement quand on constate les violences présentes sur le territoire ?" précise-t-il.

A l'issu d'une consultation, où 328 participants issus de quartiers prioritaires, quartiers ruraux et centres sociaux étaient présents, 45 préconisations ont été présentés aux instances judiciaires pour améliorer la prise en charge et le suivi des victimes de violences conjugales. Les mesures principales sont les suivantes :

  • le doublement des postes d'intervenants sociaux en commissariat et gendarmerie, passant de quatre à huit depuis septembre 2019. L'objectif est d'en avoir 15 d'ici 2020.
  • la création de cellules de prise en charge de situations complexes de violences dans chaque arrondissement
  • la reconduction par le conseil départemental des 16 postes adultes-relais pour trois ans
  • la création de deux espaces de rencontres dans l'est et l'ouest dédiés aux couples séparés pour faciliter le droit de visite (une mesure en suspens, le Premier Ministre ayant annoncé l'examination d'une loi retirant les droits parentaux aux pères auteurs de violences)
  • l'adaptation du 39 19 aux réalités réunionnaises en lien avec la plateforme 115
  • la professionnalisation de l'accueil des victimes dans les commissariats et gendarmeries, la transmission systématique des mains courantes et plaintes au procureur

Le préfet précise par ailleurs que le nombre de places en hébergement d'urgence devrait augmenter de 22 à 100 sur l'année 2020.

Jacques Billant détaille le plan d'action et sa nécessité à La Réunion, regardez :

La nécessité d'améliorer la prise en charge de ces victimes était le point d'ancrage cette séquence. Denis Chausserie-Laprée, procureur général de la Cour d'appel, admet d'ailleurs que des points faibles ont été soulignés au sein même des instances judiciaires. "Nous avons des progrès à faire sur notre capacité à collectivement réduire les risques de récidives et de faire en sorte de bien entendre et bien comprendre les signaux" admet-il. En effet, 38% des femmes tuées depuis 2007 avaient porté plainte ou déposé une main courante.

Le procureur souligne que de nombreuses femmes ignorent aujourd'hui leur droit, notamment en matière de prise en charge. "Il nous appartient de leur rappeler que des solutions leurs sont disponibles, et nous allons proposer que des documents soient remis aux femmes pour leur détailler tous les dispositifs qu'elles peuvent contacter en cas de danger" continue-t-il.

"Nous voulons aussi créer des accueils personnalisés pour ne pas traumatiser plus les victimes venues porter plainte, créer une salle réservée pour ces dernières, et leur donner la possibilité d'évoquer les faits à l'abris des regards" liste le procureur. Enfin, la possibilité de prévenir une victime de la sortie de prison de son agresseur condamné a été évoquée.

Denis Chausserie-Laprée détaille les mesures proposées pour la prise en charge, regardez :

Pour rappel, en 2018, 2 016 faits de violences conjugales ont été enregistrés par les services de police et gendarmerie, soit cinq plaintes déposées par jour. Cela représente une augmentation de 4,2% par rapport à 2017. De janvier à septembre 2019, 1 670 faits de violences conjugales ont été enregistrés, contre 1 513 en 2018 à la même période.  Au tribunal, ce sont trois affaires liées à ces violences qui ont été enregistrées par jour en 2018.

as / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

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