Le taux de positivité est passé à 2,5% à La Réunion :

Covid-19 : non, ce n'est pas (uniquement) parce qu'on teste plus qu'il y a plus de cas positifs


Publié / Actualisé
Ce n'est plus un secret, La Réunion fait face à sa première vague épidémique. La circulation virale est active sur l'île et les cas autochtones ont désormais dépassé les cas importés. Avec 13 clusters actifs à ce jour et 48 nouveaux cas, La Réunion est plus que jamais touchée par la Covid-19. Certains s'agacent des messages alarmistes entendus partout, martelant que c'est parce qu'on teste davantage que les cas positifs augmentent. C'est pourtant le taux de positivité qu'il faut regarder et celui-ci augmente aussi : aujourd'hui 2,5% des tests réalisés sont positifs à La Réunion. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Ce n'est plus un secret, La Réunion fait face à sa première vague épidémique. La circulation virale est active sur l'île et les cas autochtones ont désormais dépassé les cas importés. Avec 13 clusters actifs à ce jour et 48 nouveaux cas, La Réunion est plus que jamais touchée par la Covid-19. Certains s'agacent des messages alarmistes entendus partout, martelant que c'est parce qu'on teste davantage que les cas positifs augmentent. C'est pourtant le taux de positivité qu'il faut regarder et celui-ci augmente aussi : aujourd'hui 2,5% des tests réalisés sont positifs à La Réunion. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

"C'est normal que les cas de Covid-19 augmentent à La Réunion, c'est parce qu'on teste beaucoup plus." Cette phrase, peut-être l'avez-vous déjà lue ou entendue quelque part. Elle est cependant inexacte.

Les cas positifs sont en hausse sur l'île, qui connaît sa première véritable vague épidémique, et cela n'est pas uniquement lié au nombre de dépistages. Et sans vouloir être alarmiste pour autant, il y a bel et bien une circulation virale active sur l'île, désormais "difficile à maîtriser" reconnaît la communauté médicale.

• Un taux de positivité décuplé

Alors que le 21 août, lors d'un point de situation sur la crise sanitaire, la directrice de l'ARS Martine Ladoucette parlait d'un taux de positivité en-dessous de 2, celui-ci est désormais passé à 2,5 annonce l'ARS à Imaz Press.

"A ce jour, pour La Réunion, 2,5% des tests réalisés sont positifs sur l'ensemble des prélèvements" nous indique-t-on. Concrètement, cela signifie que pour 100 personnes testées à ce jour sur l'île, on compte 2 personnes et demi positives.

"Il y a 4 ou 5 mois, nous nous trouvions entre 0,1% et 0,3% de positivité" rappelle pour sa part le docteur Reuben Veerapen, vice-président du Conseil de l'Ordre des médecins. Ce taux de positivité augmente donc fortement depuis le début de l'épidémie à La Réunion. Et si les cas positifs sont en effet davantage détectés puisque l'on teste plus, leur proportion augmente.

• Un dépistage quotidien massif mais aujourd'hui limité

Depuis quelques semaines et en adéquation avec les recommandations du ministère de la Santé, La Réunion effectue désormais 1.700 tests par jour. L'île était "supposée tester 1.300 personnes, ce chiffre nous l'avons maintenant largement dépassé", se félicitait alors Martine Ladoucette.

Pourtant il semble que La Réunion arrive au bout de ses capacités : "on est au maximum de ce qu'on peut faire" estime le docteur Reuben Veerapen.

Des tests salivaires avaient été envisagés pendant un temps, mais ils sont aujourd'hui considérés comme insuffisants par l'agence régionale de santé. "L'ARS n'a toujours pas validé ces tests parce qu'ils sont considérés comme étant un peu moins fiables que les tests PCR. Pourtant il vaut mieux avoir des tests que pas de tests du tout", déplore le vice-président du Conseil de l'Ordre des médecins.

• Les enfants ne sont plus totalement épargnés

La hausse des cas positifs s'accompagne aussi d'un changement de cible, et la Covid-19 semble changer d'âge. Considérés comme épargnés au début de l'épidémie, les jeunes ne sont plus entièrement à l'abri du virus.

"Cependant de nombreuses études sérieuses sur le sujet montrent bien que le virus circule beaucoup moins chez les enfants" précise Reuben Veerapen. Ce fut le cas en Corée du Sud et en Islande, où de nombreux tests ont été réalisés, révélant que seuls 2% de contamination était observé chez les 0-19 ans.

Dans le Val d'Oise également – en Métropole – il a été observé que le virus ne circulait quasiment pas en milieu intra-scolaire, et qu'il était transmis à l'extérieur de l'école.

"Les enfants sont beaucoup moins exposés, mais le virus a muté aussi" rappelle le vice-président du Conseil de l'Ordre des médecins. Si au départ les gramouns étaient dépeints comme le public cible du virus, les proportions ont changé.

"C'est aussi lié au fait que depuis le déconfinement, les personnes âgées font davantage attention, aussi parce qu'elles sont sujettes à d'autres maladies. Les jeunes se protègent moins, parce qu'ils se sentent moins vulnérables" ajoutent Ruben Veerapen.

Impossible de dire avec précision aujourd'hui cependant quelle est la répartition des cas positifs par tranche d'âge, l'ARS ne communiquant plus sur le sujet, mais dès le 21 août, Martine Ladoucette avait tenu à rappeler que les différents clusters identifiés sur l'île concernaient en grande partie des jeunes personnes.

• Plus de cas autochtones, mais n'oublions pas les cas importés

La vague actuelle montre bien que ce sont les cas autochtones qui sont désormais majoritaires. Dans les chiffres fournis ce mardi 25 août par les autorités de l'île, on constate que le nombre total de cas importés est de 448 tandis que les cas autochtones montent à 638. Soit quasiment 200 de plus.

La courbe s'est tant inversée que La Réunion compte 4 clusters supplémentaires annoncés ce mardi, pour un total de 13 foyers de contamination actifs.

Le taux de positivité est "inférieur à 0,5% pour les voyageurs réalisant leurs tests à J+7, ce qui démontre que ce n'est pas, aujourd'hui, la positivité des voyageurs qui provoque la circulation du virus dans l'île" nous dit l'agence régionale de santé.

Pour autant, la communauté médicale recommande la plus grande vigilance. "Certes le problème ne vient plus des voyageurs, mais si des précautions avaient été prises au début, nous ne serions pas dans cette situation" dénonce le docteur Reuben Veerapen. "C'est la communauté médicale qui a poussé l'ARS et le préfet à mettre en place une quatorzaine, à tester à J-3 avant le vol vers La Réunion, et à J+7 ensuite" tient-il à rappeler.

Si les cas autochtones sont majoritaires, le vice-président du Conseil de l'Ordre des médecins appelle à ne pas baisser la garde pour éviter une nouvelle vague de cas importés qui viendrait s'ajouter à celle des cas autochtones. "Il ne faut donc pas oublier le test à J+7, fortement recommandé pour les voyageurs et le maintien strict des gestes barrières en arrivant sur l'île, ainsi le port du masque partout et tout le temps."

• Un plan Orsec ou vigipirate utile mais à l'échelle régionale

Ce mardi 25 août, le président du Conseil scientifique a émis l'hypothèse d'une gestion de crise par niveaux et adaptés aux territoires, à l'instar d'un plan vigipirate. La maire de Saint-Denis, Ericka Bareigts, prône quant à elle la mise en place d'un plan Orsec, comme pour les cyclones.

"Adapter les mesures, ça a du sens, mais pour le territoire en entier", estime Ruben Veerapen. "Continuer à faire des mesures par micro-régions en l'occurrence ça n'a pas de sens, à cause des flux de ville en ville à La Réunion. Impossible par exemple de faire des reconfinements locaux. Mais un plan adapté à toute La Réunion, ce serait logique en effet."

• Evacuations sanitaires impossibles pour La Réunion

Le docteur, comme l'ensemble de la communauté médicale, rappelle le "goulot d'étranglement" qu'est le service de réanimation. "C'est là que tout se joue", estime-t-il. "Si le nombre de lits est insuffisant, impossible pour nous de faire des évacuations sanitaires."

Le CHU de La Réunion vient justement d'annoncer que le nombre de places en réanimation sur le site Sud augmentait de 6 lits supplémentaires, annonçant par la même occasion l'ouverture d'une unité de médecine Covid.

La Réunion, France du bout du monde, peut difficilement se permettre d'évacuer des malades graves vers la Métropole, située à 11 heures d'avion. Une surcharge des services de réanimation signifierait également que l'île ne peut plus accueillir de malades mahorais. "On l'a vu avec les EVASAN venant de Mayotte, 2 heures 30 d'avion c'est déjà suffisamment long pour des patients en situation critique". C'est également la raison pour laquelle La Réunion a compté plusieurs décès sur son sol de patients tout juste évacués de Mayotte.

• Le risque du manque de moyens humains

La communauté médicale redoute également un manque de moyens humains pour gérer les nouveaux malades. "L'ARS refuse de verser des primes de risque aux médecins libéraux, comment les pousser dans ce cas à abandonner leur cabinet pour se rendre en unité Covid ?" s'agace le docteur Ruben Veerapen.

L'un des nombreux sujets épineux en termes de gestion de crise, qui opposent parfois les différents professionnels de santé. Côté collectivités, il a été décidé ce mardi 25 août que les réunions de la cellule de crise entre les maires et les autorités sanitaires se tiendraient deux fois par semaine.

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

15 Commentaire(s)

Doudou, Posté
On peut facilement attraper le covid en faisant ses courses. Fini le gel hydroalcoolique á l'entrée, les gens touchent á tout, les caissières ne se désinfectant plus les mains
Sapoties, Posté
Oui ATERLA, les gens pourraient être des adultes responsables qui se prennent en main, mais ils préfèrent, ou bien nier les faits et crier au complot, ou bien tout mettre sur le dos du Gouvernement... c'est ainsi ?­.
Arthur1, Posté
Oui le taux de positivité des tests est un indicateur de propagation du virus mais il ne faut pas être alarmise car la Réunion va vers l'été austral et en été le virus circule moins qu'en hiver. Ce n'est pas de la méthode Coué que de le dire sinon que l'aéroport est le point névralgique et que la Réunion ne peut pas être en autarcie à cause du virus
En cas de montée de l'épidémie, c'est la réanimation le point critique, peut être une expérimentation de l'oxygénothérapie à domicile pour gérer la pénurie de lits
Aterla, Posté
Très intéressant les commentaires, entre je-m'en-foutisme-car-je-suis-intelligent et paranoïa!
Ne pourrions-nous tout simplement trouver un juste milieu où on fait de son mieux et on met un masque pour protéger les autres et soi-même ?
Satia et, Posté
Que la ds marliemmaine chasse ce coronavirus a cette date...
Mimi, Posté
A lisa, totalement d'accord !
Mayaqui, depuis son mobile, Posté
Attestation de non contaminé ... lol
On se croit dans un monde de bisounours !!!!
Franchement le test a j plus 7 serait plus efficace qu un bout de papier que je vais certifier exact alors que je n'en sais rien !!!!
Zoreille, Posté
c'est la faute gouvernman si les reunionnais font n'importe quoi et se f..tent bien des mesures barrières .. non ?
Bibik, Posté
Bref aussi bons journalistes que mathématicien.
HULK, Posté
Non la phrase n'est pas totalement inexacte. Pour exemple, monnaie a été testée positive en mars. Moi je ne me suis pas fait dépister mais j'ai eu quelques symptÃ'mes. Un ami médecin m'a conseillé de rien faire compte-tenu de la faiblesse de ces symptÃ'mes. J'ai respecté strictement le confinement. Je n'ai pas été comptabilisé positif. Aujourd'hui tout le monde veut se faire dépister : pourquoi? Pour voyager tout simplement. De toute manière les gens ne respectent pas les règles, à quoi çà sert? A faire peur aux gens. Eta demain ils vont nous vendre les vaccins et se gaver. Courage les moutons...
A lisa, Posté
Des cas autochtones... le virus est venu de l'extérieur c'est parce qu'il n'y a pas eu de contrÃ'le sérieux que le virus s'est répandu sur l'île alors vous me faites rire quand vous me parlez de cas autochtones.... les voyageurs n'ont pas été testé à J7 certains sont dans la nature.... les autorités on mal gérés c'est tout.... bien sÃ"r le virus circule à fond quand je suis à la pâtisserie le matin le journal passe de main en main les tables sont pas désinfecter entre chaque client... alors que si j'étais responsable de pâtisserie le journal ne serait plus à disposition sauf à l'achat ou sur le net et je mettrai à disposition des lingettes désinfectantes pour les clients ..... tout est une question de logique ....car il ne sert plus à rien de confiner... le virus ne disparaîtra pas.... à la Réunion nous allons certainement atteindre le taux d'immunité assez rapidement qui sait.... par contre aller dans les entreprises contrÃ'ler les chefs d'entreprises qui parle de théorie du complot et qui n'applique pas les gestes barrière dans leur entreprises.... le virus circule parce que les gens ne respecte pas les règles et que vous les autorités vous n'avez pas fait votre travail correctement ..vous avez laissé rentrer le virus à l'intérieur de l'île et maintenant vous parlez de quoi autochtone... laissez-moi rire.
Sociale, Posté
quand nous étions confinés, il n'y avait pas de virus sur l'île et maintenant que le virus circule c'est la fête au village. Tout le monde vaque à ses occupations, travaille, va à l'école, à la crèche. .. On marche sur la tête.
LaPeurDeLautre, Posté
On entend effectivement des messages alarmistes partout... On nous tient dans une peur de l'autre. L'autre n'est plus un homme ou une femme, un ami, quelqu'un de notre famille, l'autre se résume à "un potentiel porteur de virus dangereux" !
Bravo, on est en 2020, et le message qu'on a mis dans la tête de tout le monde est bien celui-ci : "l'autre est dangereux pour toi"... Quelle belle connerie !

"La Réunion fait face à sa première vague épidémique"... selon les dires de médecins et les chiffres suivis depuis des mois... on peut penser que ce sera la "seule vague"...

Pas d'avis, ou plutÃ't plein d'avis sur cette question... La principale interrogation est "mais pourquoi on nous harcèle avec ce sujet ?"
Légitimer l'article en commençant par "... vous l'avez tous entendu"... si vous voulez...

Ce virus est partout, c'est le virus des médias, il pourrit le quotidien de la presse
ComAnd, Posté
"pour 100 personnes testées à ce jour sur l'île, on compte 2 personnes et demi positives". Cela veut-il donc dire que pour 600 000 habitants à la Réunion il faut compter 15 000 personnes dites "positives" ???? Je ne pense pas avoir déjà vu ou entendu ça quelque part dans les médias....ou alors l'info m'est passée à cÃ'té. Mais si oui, alors combien de personnes hospitalisées ? Et combien de décès ? Il faut donner ces chiffres également ! Ce sont ceux-la qui informent vraiment de la gravité de cette "maladie" et non pas le nombre de cas positifs ! Les chiffres de la contagiosité sont une chose, ceux de la létalité en sont une autre. De 0 test par jour on est passé à 1700 tests par jour et on s'étonne de trouver plus de cas positifs ??? Et Madame Ladoucette s'en félicite ? Que n'a t-elle pas mal fait dans cette crise ? L'impéritie des politiques et "spécialistes" de toutes sortes n'est plus à démontrer dans cette crise.
7AC, Posté
On paie cash le fait d'avoir fait confiance à la responsabilité des gens !