Le CHU commence déjà à reporter les opérations non urgentes :

Crise sanitaire : La Réunion en mode anticipation


Publié / Actualisé
La Covid-19 gagne du terrain à La Réunion, désormais en zone rouge. Si la situation reste pour l'instant maîtrisable, les autorités sanitaires se préparent déjà à un éventuel afflux de malades. Le CHU a commencé dès cette semaine les reports d'opérations non urgentes et le nombre de lits en réanimation a augmenté. Le mot-clé : l'anticipation. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
La Covid-19 gagne du terrain à La Réunion, désormais en zone rouge. Si la situation reste pour l'instant maîtrisable, les autorités sanitaires se préparent déjà à un éventuel afflux de malades. Le CHU a commencé dès cette semaine les reports d'opérations non urgentes et le nombre de lits en réanimation a augmenté. Le mot-clé : l'anticipation. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Ne soyons pas alarmistes, soyons réalistes. La Réunion fait officiellement partie des territoires à forte circulation virale depuis le 6 septembre et la communauté médicale anticipe un pic en décembre.

Lire aussi : Le taux d'incidence de La Réunion passe à 58 et le taux de positivité à plus de 3%

Selon nos informations, l'ARS table sur plusieurs "étages" d'alertes qui correspondent chacun à de nouvelles actions. Premier étage : l'utilisation maximale des ressources de l'île et des moyens matériels et humains présents. Deuxième étage : la capacité maximale en lits de réanimation est atteinte et La Réunion fait appel à la réserve sanitaire. Troisième étage : passer aux évacuations sanitaires vers la Métropole. Bien entendu, nous sommes encore très loin de ce schéma.

- Une modélisation pour mieux se préparer -

Mardi 8 septembre, à la sortie d'une réunion entre préfet et maires au Département, Ericka Bareigts a annoncé qu'une modélisation issue de l'Institut Pasteur était en cours pour déterminer l'évolution de l'épidémie à La Réunion. "On ne peut pas demander aux maires de faire attention à la santé des gens sans avoir de visibilité sur les choses" avait-elle fait remarquer.

Contacté à ce sujet, l'Institut Pasteur nous indique que la modélisation est "coordonnée par l'ARS régionale et la préfecture" et confirme réaliser "des études de modélisation qui portent sur tout le territoire français, y compris à La Réunion et dans les autres Dom-Tom. Ces études sont réalisées à la demande de Santé Publique France et des autorités publiques sanitaires".

L'agence régionale de santé de La Réunion indique ne pas avoir encore reçu la modélisation en question. "Je vous le dis en toute franchise, elle n'est pas parvenue à l'ARS" nous dit le docteur François Chièze, responsable de la sécurité sanitaire et particulièrement mobilisé sur la question de la Covid-19.

Cette modélisation, qui sera finalement un condensé de plusieurs modèles prédictifs réalisés en fonction de différents indicateurs, devrait permettre aux autorités sanitaires de mieux adapter la stratégie de lutte contre la Covid-19.

- Le CHU reporte les opérations non urgentes -

En attendant les projections de l'Institut Pasteur, les autorités sanitaires s'organisent. L'heure n'est pas à la panique loin de là, mais bien à l'anticipation. "On prévoit bien un pic en novembre-décembre, c'est ce qui ressort dans la communauté médicale" explique Reuben Veerapen, vice-président du Conseil de l'Ordre des médecins de La Réunion. "On attend quand même la modélisation pour être plus clairs là-dessus". Une prudence que recommande aussi le docteur Chièze à l'ARS.

Mais pour se préparer à toute éventualité, le CHU de La Réunion a déjà commencé à décaler les opérations dites "non urgentes". Un procédé qui avait déjà été mis en place au mois de mars, pour faire face à l'arrivée de nouveaux malades et libérer le personnel nécessaire.

A l'heure actuelle, "4 blocs ont déjà fermé au CHU nord et 4 blocs au CHU sud, soit 8 en tout sur l'île", indique Reuben Veerapen. Mais le docteur prévient : "cela n'a rien à voir avec la période de confinement, où on agissait en catastrophe. Là c'est vraiment de l'anticipation." Les opérations pour les cas graves, bien entendu, ne sont pas repoussées.

- Au moins 85 places disponibles en réanimation -

L'ARS indique aussi que 85 places sont déjà disponibles à ce jour en service de réanimation, sur les deux sites nord et sud du CHU. En août, le CHU de La Réunion avait indiqué que cette capacité était en effet espérée, elle est aujourd'hui atteinte.

Un nombre qui peut encore monter à 100 lits, voire 150 avec les capacités des autres centres hospitaliers, équipés en respirateurs.

"Si on stoppe certaines activités pour s'occuper de la Covid, et que les soins intensifs en privé par exemple sont transformés en services de réanimation, les places peuvent rapidement augmenter" estime Ruben Veerapen du Conseil de l'Ordre des médecins.

Par ailleurs, une salle d'opération est mise à disposition du CHU à la clinique Sainte-Clotilde dans le cas où le CHU aurait besoin d'être relayé sur d'autres maladies que la Covid.

"Il y a un vrai relais qui se prépare entre les différents établissements de soin" reconnaît Ruben Veerapen.

- La réserve sanitaire sur le qui-vive -

Autre élément d'anticipation : le potentiel appel de renforts humains. Dans le cas où le nombre de places en réanimation viendrait à s'amenuiser, le "deuxième étage" comme vu précédemment serait alors activé. C'est là que la réserve sanitaire entre en scène.

Constituée de médecins, infirmiers, pharmaciens ou encore d'ingénieurs sanitaires volontaires, la réserve peut être mobilisée à l'appel d'une agence régionale de santé. En cas de besoin urgent, l'ARS de La Réunion pourrait donc en faire la demande.

"L'appui national est déjà en préparation" confirme le docteur François Chièze. "Mais pour l'instant les capacités de personnels sont largement suffisantes".

Plus sceptique sur les capacités humaines de l'île, la docteure Christine Kowalczyk, présidente de l'Union des médecins libéraux, s'inquiète du manque de personnel. "S'il y a davantage de patients en réanimation, il faudra plus de moyens. En Métropole, les territoires peuvent jouer sur la proximité et profiter de l'aide des départements voisins. Ici ce sera la réserve, c'est tout, et pour des missions de maximum 15 jours."

- Tout pour éviter les évacuations sanitaires -

Le "troisième étage" inquiète beaucoup plus les autorités sanitaires. Car en cas de saturation dans les hôpitaux de l'île, il faudrait envisager des évacuations sanitaires. Ce qui semble pour l'heure quasiment infaisable ou du moins très compliqué en raison de la distance qui sépare La Réunion de la Métropole.

"Imaginez 11 heures d'avion pour une personne en situation de détresse respiratoire, c'est impossible" estime Christine Kowalczyk.

Selon nos informations, l'ARS y pense malgré tout, bien que cette éventualité ne soit absolument pas à l'ordre du jour. Les évacuations stratégiques sanitaires pourraient alors se faire sur le même modèle que la Métropole, encadrées par l'armée et avec des regroupements importants de malades pour limiter les trajets. Sans oublier les fameuses 11 heures d'avion qui nous séparent de l'Hexagone et rendent donc les manœuvres plus complexes en termes d'efficacité. 

Les modèles actuels d'anticipation sont donc là pour éviter ce cas de figure extrême, dont nous sommes encore loin. "A nous de faire attention, avant tout", prévient la docteure Christine Kowalczyk. Autrement dit : n'oubliez pas le masque, protégez vos gramouns, limitez les rassemblements, ne sortez pas si vous pensez avoir des symptômes. "Il faut prendre ses responsabilités, estime la docteure, il faut qu'on change nos habitudes de vie."

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

3 Commentaire(s)

Missouk, Posté
Si tout un chacun fait les efforts nécessaires notamment en termes de gestes barrières et de "bamboulas collectives", on pourrait éviter de saturer nos services d'urgence et nos hÃ'pitaux. Par contre, je ne vois rien concernant les EHPAD. Il serait bon que nos gramounes, population la plus fragile et la plus "à risques" soit la population la mieux protégée. Quand il aura fini de nous balancer des paquets de chiffres, ce bon docteur CHIEZE pourrait peut-être s'occuper de la protection de nos anciens et proposer un certain nombre de dispositions ?
FERRERE, Posté
Et pourtant c'est simple pour arrêter cette épidémie, il y a plus de 1000 voyageurs qui arrivent par jour, il faut faire un test à l'arrivée car il est fait au départ mais en 3 jours il peut y avoir contamination et ce n'est pas fiable et le test obligatoire à J+7.
Mimi, Posté
Ça craint !J'espère vraiment que nos granmounes et les personnes à risques vont bien se protéger.Parce que beaucoup d'autres qui s'en fiche de la covid, ou qui n'y croient pas peuvent mettre ces personnes fragiles en danger.