Le protocole se durcit :

Confusions ou petites astuces : les restaurateurs face au retour de l'état d'urgence sanitaire


Publié / Actualisé
Port du masque jusqu'au premier couvert, cahier de rappel, table de six personnes, les restaurateurs peinent à appliquer le renforcement du protocole sanitaire, mis en application lundi 19 octobre 2020, quand ils n'usent pas d'astuces pour s'y conformer. L'état d'urgence sanitaire est de retour partout en France depuis le 17 octobre dernier, impliquant des mesures plus strictes. (Photo rb/ www.ipreunion.com)
Port du masque jusqu'au premier couvert, cahier de rappel, table de six personnes, les restaurateurs peinent à appliquer le renforcement du protocole sanitaire, mis en application lundi 19 octobre 2020, quand ils n'usent pas d'astuces pour s'y conformer. L'état d'urgence sanitaire est de retour partout en France depuis le 17 octobre dernier, impliquant des mesures plus strictes. (Photo rb/ www.ipreunion.com)

Le protocole sanitaire se renforce à l'ère de l'état d'urgence sanitaire. Les restaurateurs ne peuvent plus servir que six personnes à la même table, contre dix avant. Ils sont aussi priés d'assurer un "cahier de rappel" où le client indique nom, prénom et numéro de téléphone afin de les tenir à disposition des autorités sanitaires en cas de contamination de l’un des clients.

Il est également obligatoire pour le client de maintenir le masque en place, même assis, jusqu'à ce que le premier couvert soit servi. Enfin, le restaurateur doit afficher sa capacité d'accueil à l'entrée de son établissement et limiter le déplacement des clients en les encaissant à même la table où ils mangent. Des mesures que tous les restaurateurs n'appliquent pas.

• Attendre le premier couvert : quasiment infaisable

"C'est très bizarre, on ne sait plus sur quel pied danser", se justifie un restaurateur. Lui n'impose pas le masque à ses clients jusqu'au premier couvert. Il affirme avoir reçu un mail de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH) où ne figure pas ce rappel, ni l'obligation d'un cahier d'appel. "C'est pourtant bien en vigueur", nous confirme Patrick Serveaux à la tête du syndicat hôtelier, démentant l'absence de ces mesures dans un mail. Une excuse dont ne s'embarrassent pas certains : "je n'étais même pas au courant", se défend un restaurateur du centre de Saint-Denis.

Un autre autre nous affirme : "on m'a dit que je n'avais pas besoin de le faire", sans plus de précisions. Des indications fournies par des proches issus du "monde de la santé", nous dit ce restaurateur qui préfère rester anonyme. "L'aération est suffisamment bonne", lui aurait-t-on assuré. C'est "simplement trop difficile de le faire respecter quand on est débordé", avoue un autre restaurateur dionysien.

La Terrasse de Bourbon de son côté a trouvé l'astuce pour ne pas forcer les clients à se lécher les babines sous le masque en attendant le premier plat : "on leur sert directement des chips à table", relate Océane Tremellat, responsable du restaurant.

• Le cahier de rappel : "un art de pédagogie"

Cette restauratrice indique également ne pas appliquer la règle du cahier de rappel... "Sinon ils ont l'impression qu'on les flique", se justifie-t-elle en évoquant une dizaine de personnes de personnes parties parce qu'ils s'offusquaient d'inscrire leurs coordonnées dans le cahier de rappel.

Ce cahier de rappel, c'est tout un art de pédagogie, nous raconte Saïd Ali Saïd, gérant du restaurant japonais le Wasabi : "c'est un peu spécial, mais on leur explique que ce n'est pas pour les embêter, c'est pour les prévenir en cas de problème. J'ai une clientèle assez régulière, donc ils comprennent facilement quand je leur explique".

Des mesures qui reposent donc sur la confiance du client. "Je leur dis de faire attention, car s'ils mettent un faux numéro, ça peut leur retomber dessus", continue Saïd. Demander la pièce d'identité n'est pas autorisé, ce qui énerve parfois un autre restaurateur : "vu que je ne peux pas la demander, ils peuvent mettre un numéro bidon, s'appeler Claude François ou Mickaël Jackson".

• Six personnes à table : une pénalité financière

Là où le bat blesse pour tous ces restaurateurs, c'est le porte-monnaie. Le restaurant breton le Saint-Georges n'est revenu qu'à 70% de son activité depuis la fin du confinement. La restriction de six personnes à table ne leur facilite pas l'affaire. "On essaie de séparer les familles en deux, d'un côté les enfants, de l'autre les adultes," détaille la gérante Pascale Kozyk.

"Mais un repas de famille séparé, les gens n'en veulent pas". Une difficulté financière que Pascale estime pouvoir surmonter "si on nous laisse servir le soir... notre chiffre, on ne le fait pas le midi", explique-t-elle, redoutant de nouvelles mesures impliquant notamment de fermer les établissements plus tôt.

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Des peurs qui s'ajoutent à des mesures déjà strictes, notamment l'obligation de fermer à 00h30. "C'est une perte de 15% de mon chiffre d'affaires, calcule un restaurateur qui avait l'habitude de fermer vers 2h du matin.

Entre confusion, peur d'harceler des clients et de les perdre, les restaurateurs ont l'impression de jouer les équilibristes. Pourtant, l'addition pourrait coûter cher en cas de non-respect des normes fixées par le protocole sanitaire : une addition passible d'un simple avertissement jusqu'à six mois maximum de fermeture administrative. Ça n'a été le cas pour aucun restaurant à La Réunion, pour l'instant, nous assure la préfecture. 

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vp / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

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