Coupe du monde 2018 :

Xhaka, Shaqiri et l'aigle à deux têtes qui attise le débat identitaire en Suisse


Publié / Actualisé
"Le geste qui divise": en célébrant au Mondial leurs buts par un signe rappelant un aigle à deux têtes, symbole de leurs origines albano-kosovares, les joueurs de l'équipe nationale suisse, Xhaka et Shaqiri, ont créé la polémique dans leur pays d'adoption.
"Le geste qui divise": en célébrant au Mondial leurs buts par un signe rappelant un aigle à deux têtes, symbole de leurs origines albano-kosovares, les joueurs de l'équipe nationale suisse, Xhaka et Shaqiri, ont créé la polémique dans leur pays d'adoption.

Les deux mains croisées reliées par les pouces, sur fond de maillot blanc frappé du drapeau suisse et les visages extatiques de deux joueurs aux anges: les photos du milieu de terrain Granit Xhaka et de l'attaquant Xherdan Shaqiri ornent ce lundi toutes les manchettes des journaux helvétiques.

Mais si le petit pays alpin, peu habitué aux succès en Coupe du monde, a explosé de bonheur vendredi soir après que la "Nati" l'eut emporté (2-1) face à la Serbie après avoir été menée, le week-end a été consacré à la polémique créée par les deux joueurs sur fond de débat sur l'identité suisse et l'intégration des étrangers.
"Je ne peux pas vraiment me réjouir", tweetait en allemand dès vendredi soir la conseillère nationale (députée) Natalie Rickli de l'Union démocratique du centre (UDC, le parti de droite populiste qui compte le groupe le plus important au Parlement fédéral), précisant: "les deux buts n'ont pas été marqués pour la Suisse mais pour le Kosovo"."A la Coupe du monde, nous soutenons la Suisse et nous jouons pour la Suisse", a-t-elle ajouté.

Shaqiri est né en 1991 au Kosovo, ancienne province serbe majoritairement peuplée d'Albanais qu'il a quittée avec sa famille alors qu'il n'était âgé que d'un an, tandis que Xhaka est né en Suisse en 1992 dans une famille kosovare. Son frère Taulant, après avoir évolué avec les sélections suisses jusqu'aux moins de 21 ans, a choisi de porter le maillot de l'Albanie.

- "Mercenaires étrangers" -

D'autres élus helvétiques se sont également montrés critiques à l'égard des deux joueurs dont le geste "était déplacé et inutile", a par exemple souligné Jürg Stahl, lui-aussi élu UDC et président du Comité olympique suisse.
Mais pour d'autres élus, plus que les célébrations des deux footballeurs, c'est le procès en "suissitude" qui leur est fait qu'ils jugent choquant, dans un pays très attaché à son identité jusqu'à parfois flirter avec la xénophobie.

Avant le match, un autre élu UDC, Roger Köppel, avait ainsi qualifié l'équipe nationale de "troupe expérimentée de mercenaires étrangers à l'accent balkanique, enrichie par quelques Africains "ensuissés"".
C'est "une honte en regard de tout le bonheur que ces deux joueurs ont apporté à notre pays depuis des années, à la sueur qu'ils ont déversée, aux efforts qu'ils ont accomplis sous le maillot de l'équipe de Suisse", a souligné Géraldine Savary, élue nationale socialiste, dans le quotidien Le Matin.

- "Pas de politique" -

Le conseiller fédéral (ministre) en charge des Affaires étrangères, Ignazio Cassis (Parti libéral-radical, droite), qui n'est devenu suisse qu'à l'âge de 15 ans et a choisi de renoncer à son passeport italien lorsqu'il s'est présenté au gouvernement, a de son côté affirmé n'avoir "aucun doute sur le fait que l'on puisse ressentir des émotions patriotiques à l'égard de la nation que l'on a choisie, sans pour autant oublier sa patrie d'origine".
"Ces deux joueurs ont aussi des racines, et il est tout à fait normal que, dans des moments de forte émotion, ils aient envie de leur rendre hommage, qu'ils y pensent tout simplement", renchérissait un autre élu socialiste, le conseiller national Mathias Reynard.

Les principaux intéressés mettaient aussi cette émotion en avant: "C'est un jour spécial pour moi, a déclaré Granit Xhaka. "C'est une victoire pour ma famille, pour la Suisse, pour l'Albanie et pour le Kosovo. Ma célébration était destinée aux gens qui m'ont toujours soutenu, et pas dirigée contre quelqu'un", a-t-il ajouté, tandis que Xherdan Shaqiri a déclaré: "Je ne fais pas de politique, je joue au football".
Si la Fifa reconnaît le caractère politique de la célébration de Shaqiri, Xhaka et de leur capitaine, Stephan Lichsteiner, qui, sans attache albanaise, avait lui-aussi fait le symbole de l'aigle à deux têtes, ils pourraient être victimes d'une suspension d'un à plusieurs matches.

AFP

   

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