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Chronique de Jean-Hugues Savigny :

La fin de la vie chère, ce serait donc pour ... après-demain !


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Les socialistes devenus depuis 2008 chantres de "la concurrence libre et non faussée" ont découvert les vertus de ce qu'ils appellent "régulation économique" dans les outremers. Nonobstant le contenu de la loi du 10/10/12, on peut d'abord faire observer que l'idéologie qui serait bonne pour les îles ne semble pas bonne pour tout le pays. D'abord, en préambule, précisons que d'un point de vue économique, le prix de vente d'une marchandise (ou, dans une autre mesure, celui d'un service) est le résultat de transformations intervenues sur des matières brutes. Pour faire simple, ce prix comporte une rémunération directe et indirecte d'un travail, d'un capital, une charge fiscale pour participer au maintien d'un niveau de biens et de services communs, ... ainsi qu'une empreinte sanitaire et écologique.
Les socialistes devenus depuis 2008 chantres de "la concurrence libre et non faussée" ont découvert les vertus de ce qu'ils appellent "régulation économique" dans les outremers. Nonobstant le contenu de la loi du 10/10/12, on peut d'abord faire observer que l'idéologie qui serait bonne pour les îles ne semble pas bonne pour tout le pays. D'abord, en préambule, précisons que d'un point de vue économique, le prix de vente d'une marchandise (ou, dans une autre mesure, celui d'un service) est le résultat de transformations intervenues sur des matières brutes. Pour faire simple, ce prix comporte une rémunération directe et indirecte d'un travail, d'un capital, une charge fiscale pour participer au maintien d'un niveau de biens et de services communs, ... ainsi qu'une empreinte sanitaire et écologique.

A partir de ce rappel, le consommateur qui naturellement aspire à ce que les prix soient tirés vers le bas, ne peut – devenu citoyen – éluder la question de savoir au détriment de qui et de quoi cette action se fera. Le néolibéralisme est doublement néfaste au sens où dans l’essentiel des cas, la baisse des prix se produit en rognant prioritairement sur les salaires ensuite en réduisant la qualité du produit et enfin en agressant les milieux … pour au final préserver la rentabilité du capital. La main invisible du marché qui ne produit pas les équilibres (prix, qualité, écologie, …) outre-mer ne produira donc pas non plus ces équilibres au niveau de l’ensemble national. Le seul moyen d’éviter que travailleurs et écosystèmes soient les dindons de l’affaire est donc bien l’instauration d’un système régulé à tous les niveaux.

Donc, libéraux sur les textes nationaux (d’application des directives européennes), les socialistes péï seraient, à croire le titre de la loi, antilibéraux sur les textes qui touchent à l’outremer. Syndrome de Coriolis sans doute !

Au demeurant, l’examen de la loi fait apparaître un alignement des frais bancaires (Amendement P. Lebreton) sur ceux du national. C’est une excellente chose. Rappelons tout de même qu’une banque publique permettrait de le faire du jour au lendemain, sans attendre le gré du banquier privé ou la force d’une règlementation, et offrirait par ailleurs d’autres avantages (gestion du temps long, autre relation avec la clientèle, …) … mais que l’Europe y est intrinsèquement hostile. La remarque valant également pour le transport aérien.

Ensuite, l’instauration d’une surface dédiée aux productions régionales ou du double affichage (Amendement JJ Vlody) participent d’un bon sentiment. A savoir, la reconnaissance aux clients de qualités citoyennes pour des choix locaux ou des boycotts de productions provenant de " moutons noirs ". Mais étrangement cette reconnaissance citoyenne leur est refusée lorsque, regroupés en Associations, ils deviennent un contre-pouvoir plus puissant que nucléarisé. Seule l’Autorité de la concurrence dont tout le monde ignore la composition aura voix au chapitre. Sur les réformes structurelles – " véritable changement de système " selon la députée E. Bareigts, la loi fait dans l’oxymore puisqu’il est question " d’injonctions " mais " pas prises sans négociation ".

Enfin, le bouclier qualité-prix enferme autoritairement les consommateurs dans un groupe de produits sans qu’il ait d’une manière ou d’une autre leur mot à dire !

Si, comme le rapporte la presse, le ministre V. Lurel et la bande des cinq députés socialistes sont pleins d’enthousiasme sur la portée de cette loi, leur collègue Th. Robert fait, pour sa part, dans le contradictoire en déclarant " Cette loi est une bonne chose. […] mais je suis un peu inquiet sur l’efficacité de ce texte. ".

Au Parti de Gauche, nous pensons que, ce texte n’améliorera que marginalement le pouvoir d’achat des réunionnais et que si, à ce jour, des abus, des marges excessives existent, une communication à l’endroit des consommateurs – au nom de la transparence tant vantée par le député JC Fruteau – suffirait pour qu’ils sanctionnent eux-mêmes les profiteurs.

Enfin, nous rappelons que même dans un système concurrentiel pur (que nous ne voulons pas !) et y compris dans un marché étroit comme le nôtre, des consommateurs possédant un vrai pouvoir d’achat (au-delà du seuil de pauvreté), le remplacement de l’intoxication publicitaire par une information impartiale et une amélioration de l’écoulement de la production locale par des visas aux " frontières " seraient bien plus efficaces à tous points de vue.

Jean-Hugues Savigny

Parti de Gauche

   

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