Courrier des lecteurs de Reynolds Michel :

La Bible et la question de l'homosexualité


Publié / Actualisé
Le recours à la Bible pour parler de l'homosexualité est-il pertinent ? Des articles récents dans le Courrier des Lecteurs de la presse locale le donnent à penser. Et les auteurs respectifs de citer le livre du Lévitique pour le Premier Testament (Lv, 18, 22 et 20,13) et La Lettre aux Romains de Saint Paul (Rom, 1, 26-27), ou encore sa Première Lettre aux Corinthiens (1Co, 6,9-11) pour le Second Testament, pour justifier leur propre positionnement sur la question.
Le recours à la Bible pour parler de l'homosexualité est-il pertinent ? Des articles récents dans le Courrier des Lecteurs de la presse locale le donnent à penser. Et les auteurs respectifs de citer le livre du Lévitique pour le Premier Testament (Lv, 18, 22 et 20,13) et La Lettre aux Romains de Saint Paul (Rom, 1, 26-27), ou encore sa Première Lettre aux Corinthiens (1Co, 6,9-11) pour le Second Testament, pour justifier leur propre positionnement sur la question.

Cette position est-elle justifiable ? Peut-on solliciter ces textes sans tenir compte de la distance culturelle et historique qui nous sépare de leurs conditions de production ? Les conceptions et codifications concernant les relations sexuelles élaborées au VIe siècle avant J.-C – Le Lévitique –, ou au 1er siècle – Les Lettres de Paul –, peuvent-elles être transposées immédiatement dans notre culture moderne et utilisées ? Pour souligner la distance qui nous sépare de cette époque, il suffit de noter, qu’en ce temps là, le lépreux était considéré comme impur, l’épileptique comme démoniaque, la cécité comme conséquence du péché, l’esclave comme un fait de société. Et il a fallu mener bien de durs combats pour repenser toutes ces classifications !

D’autre part, n’est-il pas impératif de tenir compte de l’énorme déplacement qui s’est produit dans notre connaissance de l’homosexualité ? Nous savons aujourd’hui que les personnes homosexuelles ne sont nullement responsables de la spécificité de leurs tendances. Car, elles n’ont pas choisi de les avoir. C’est un fait qui n’est pas d’ordre moral – ni " une faute ", ni  "  un vice " –,  c’est une réalité incontournable avec laquelle ils doivent s’arranger, ″faire avec″, d’une manière ou d’une autre. La vie en couple stable semble être la meilleure façon pour eux de vivre pleinement leur sexualité.

Par voie de conséquence, ce que nous qualifions aujourd’hui d’homosexualité semble avoir peu de chose en commun avec l’homosexualité dont il est question dans les textes bibliques. En effet, qu’est-ce qu’une homosexualité vécue dans l’amour, la tendresse et le respect de l’autre, à a voir, avec l’homosexualité dont il est question, par exemple, dans les Lettres de Paul, c’est-à-dire, une homosexualité en dehors de toute passion amoureuse et en conformité avec l’ordre social qui veut que dominant et dominé restent à leur place ? À l’évidence, tout un monde sépare ces deux formes de l’homosexualité. A l’époque de Paul, il était culturellement impossible de faire une distinction entre des formes diverses d’homosexualité. Appliquer donc les textes de Paul aux homosexuels qui n’ont pas choisi de l’être, même s’ils assument pleinement leur condition, est un non sens, une violence.

Je tiens à souligner, contrairement à ce que j’ai pu lire dans un Courrier des lecteurs, que la Bible ne fait pas de distinction entre disposition et passage à l’acte, c’est-à-dire entre ce que " fait " la personne et ce qu’elle " est " . Car, dans la conception sémitique, " dire ", c’est " faire ". Le violeur est celui qui passe à l’acte et non celui qui est tenté de passer à l’acte. Le monde sémitique ne distingue pas non plus l’ " acte subi " de l’" acte consenti ". Ainsi, le viol d’une jeune fille, qui apparaît d’ailleurs moins grave qu’un viol homosexuel, est toléré dès lors qu’il est autorisé par le père (Juges 19, 16-30). Or, pour nous aujourd’hui, ces distinctions sont capitales. C’est dire que la morale bouge, évolue en fonction de notre conception de l’homme.

Que conclure sinon dire que la lecture de la Bible exige une lecture critique, une mise à distance, un détour par son contexte de production et de communication, son statut, son langage, la stratégie narrative à l’œuvre dans chaque récit, etc. Si l’on ne prend pas toutes ces précautions méthodologiques, toute interprétation spontanée de la Bible court le risque de justifier notre propre pensée, voire nos préjugés.

La Bible a sans doute quelque chose à nous dire sur la sexualité (et avec elle l’homosexualité). Faut-il encore bien comprendre la visée des auteurs bibliques lorsqu’ils parlent de cette question. Ce qu’ils cherchent, c’est la place de l’humain, homme et femme, dans l’ordre de la création, dans le dessein de Dieu. Dans cette perspective, la manière de  vivre sa sexualité, de vivre son corps et le corps d’autrui, n’est pas, notamment pour Paul, sans lien avec notre reconnaissance de Dieu (1 Co 6, 12-20 et 7,4). Leur réflexion, d’une très grande amplitude, est d’ordre théologique et non moral. De ce fait, il n’est pas pertinent  fortiori d’ériger deux ou trois passages de la Bible en vérité utilisable en tout temps et en tout lieu, ni même de demander à la Bible de répondre à la question de l’homosexualité telle qu’elle se pose aujourd’hui.

Reynolds Michel

 

   

4 Commentaire(s)

Arnold Jaccoud, Posté
Merci Reynolds. Quel bonheur de lire ces lignes ! À l'égard de toutes les figurations de Dieu, comme de toute référence spirituelle par ailleurs, la prise de distance culturelle, psychosociale, historique est une nécessité absolue. Impossible de transférer tel quel, dans une socioculture postindustrielle, sans profonde réflexion, les représentations de l'homme et du monde valables il y a deux ou trois mille ans, dans les contrées semi-désertiques de la Palestine.
Ccourouve, Posté
La Bible est archaïque sur ce sujet comme sur tout le reste. L'adhérence aux textes "sacrés" est obscurantiste.
Matthieu, Posté
Merci à Reynolds remettre les choses à leur place. Rien de pire que des citations bibliques hors contexte pour justifier ses opinions. La Bible n'est pas un Livre d'opinion mais de questions et d'interrogation sur l'Homme. Toutes réponses simplistes sont à fuir...
Rappelons à @Nidieunimaitre que cette même réflexion a été engagée chez les musulmans même si ce n'est pas très médiatisé !
Nidieunimaitre, Posté
À quand la même réflexion des musulmans avec le Coran ?