Courrier des lecteurs de Reynolds Michel :

Elections européennes, pourquoi voter ?


Publié / Actualisé
L'Union européenne est à un tournant de son histoire. Les conséquences dramatiques de la crise économique et sociale déclenchée par la faillite bancaire de 2008 - montée alarmante du chômage et de la précarité, baisse des salaires et des retraites, angoisse d'une majorité de nos concitoyens à l'égard de l'avenir et espoir brisé de beaucoup de jeunes -, ont mis à rude épreuve les relations entre les États membres, qui peinent à élaborer une véritable politique économique commune. Les mesures d'austérité mises en oeuvre n'ont fait jusqu'ici qu' aggraver l'état de faiblesse économique d'un certain nombre de pays membres. L'Union est-elle condamnée à l'impuissance et à moyen terme à la dislocation ?
L'Union européenne est à un tournant de son histoire. Les conséquences dramatiques de la crise économique et sociale déclenchée par la faillite bancaire de 2008 - montée alarmante du chômage et de la précarité, baisse des salaires et des retraites, angoisse d'une majorité de nos concitoyens à l'égard de l'avenir et espoir brisé de beaucoup de jeunes -, ont mis à rude épreuve les relations entre les États membres, qui peinent à élaborer une véritable politique économique commune. Les mesures d'austérité mises en oeuvre n'ont fait jusqu'ici qu' aggraver l'état de faiblesse économique d'un certain nombre de pays membres. L'Union est-elle condamnée à l'impuissance et à moyen terme à la dislocation ?

Un désintérêt croissant pour l’enjeu européen

Pour l’extrême-droite, la cause est entendue, l’Union européenne est un "bateau fou" qu’il faut quitter le plus vite possible. Et on nous annonce que les forces populistes (issues de l’extrême droite) pourraient doubler leur score aux prochaines élections européennes de mai 2014 – le FN avant le PS ! Pour un certain nombre de militants de gauche, de "la gauche de la gauche" et de l’extrême-gauche, l’Union européenne " a été progressivement remise aux mains du système financier " – les traités successifs ont avalisé la liberté de la finance : création monétaire abandonnée aux banques privées, interdiction faite à la Banque centrale européenne de prêter aux États…  

Et le prix démocratique, nous disent-ils, n’a pas été moins élevé. En effet, nous avons encore en mémoire le contournement du vote référendaire par une ratification parlementaire – le nouveau traité de Lisbonne (décembre 2009) est à peu de choses près le Traité constitutionnel rejeté par les peuples français et néerlandais en 2005. Alors comment peut-on encore parler de la démocratie au sein de l’Union européenne ! D’où l’appel de certains au boycott ou au vote blanc.

Les critiques adressées à l’Union européenne sont nombreuses, certaines sont pleinement justifiées, d’autres un peu moins. Le problème, c’est que le degré d’adhésion affective de l’ensemble des citoyens à la nécessité de faire l’Europe est assez faible. Et corollairement, ils ne croient pas à leur capacité de peser sur ses orientations actuelles et de porter un projet social européen. Ecoutons les parlementaires européens lorsqu’ils reviennent de Bruxelles, ils se félicitent toujours, face à leur population, d’avoir défendu les intérêts de leur pays, menacés par les injonctions de Bruxelles.

Aux yeux de beaucoup d’hommes politiques, voire des ministres, l’Union européenne et ses institutions sont responsables de tous les mauvais choix, alors même que la politique européenne dépend des Etats membres et que la plupart des décisions sont prises sur le mode consensuel. Comment s’étonner alors de l’indifférence, voire la défiance des opinions publiques à l’égard de la construction européenne. Or, l’Union européenne a besoin de l’implication de tous ses citoyens pour franchir les nouvelles étapes de sa construction. C’est un impératif. La grandeur du projet européen, disait, je crois, Jacques Delors, passe par la mobilisation des citoyens.

Choisir l’Europe que nous voulons

Les élections européennes du 22 au 25 mai offrent aux citoyens européens l’occasion de s’approprier le projet européen et d’infléchir, s’ils le souhaitent, les orientations actuelles de l’UE. En désignant les représentants qui agiront en leur nom, ils peuvent, lors de ces élections, modifier la composition politique du Parlement européen (PE), dominé depuis plus de dix ans par une majorité du  " Centre droit " – qui a toujours soutenu la politique d’austérité que nous connaissons.

Le Parlement, la seule institution européenne à être élue au suffrage universel direct, depuis 1979, est loin d’être un " parlement d’opérette " ! D’abord consultatif, il a aujourd’hui de réelles compétences en matière législative, budgétaire et de contrôle. Au fil des traités, il a vu son pouvoir renforcé au point de peser directement sur les décisions de l’UE. C’est dire l’importance de notre choix lors de ces élections européennes. Le fait que les partis politiques représentés au Parlement européen désigneront une tête de liste qui pourrait devenir le Président ou la Présidente de la Commission en cas de victoire à ces élections donne un enjeu encore plus important à ce scrutin et à notre choix d’électeur.

De nombreux clivages traversent actuellement les institutions européennes, particulièrement le PE, mêmes s’ils ne se laissent pas réduire au clivage gauche-droite. Ils portent pour l’essentiel sur la poursuite de l’approfondissement de la construction européenne, c’est-à-dire sur " plus ou moins d’intégration " ou " plus ou moins d’Europe ". Ils portent également sur des enjeux de type " plus ou moins de régulation du marché " ou " plus ou moins de lien entre l’économique et le social ". Ces divisions ne sont pas celles qui opposent les experts européens aux peuples de l’UE, mais bien plutôt les citoyens européens entre eux, les partis politiques européens entre eux, les États de l’UE entre eux, voire les peuples d’Europe entre eux.

Il est donc vital de promouvoir des débats de fond sur les politiques à mettre en œuvre pour une Europe plus solidaire, plus démocratique et plus sociale. En rendant plus visibles ces clivages politiques, les citoyens pourront, lors de ces élections européennes du 2014, mieux exprimer leur choix pour tel ou tel projet européen..

Le débat sur les décisions de l’UE est plus ouvert qu’on le croit. Notre choix peut modifier l’équilibre des forces au Parlement européen et par là même réorienter la direction que l’Union européenne doit prendre dans les années à venir.

Reynolds Michel

   

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