Courrier des lecteurs de Didier Bourse :

"Tafta" déor !


Publié / Actualisé
À La Réunion il semble que le mot "Tafta" n'appartienne pas au vocabulaire de la plupart de nos élus. Pourtant ce 18 avril, journée mondiale de mobilisation, des milliers de personnes en Europe, aux USA... et plus d'une centaine dans notre île ont scandé ce mot pour en dénoncer tout ce qu'il contient de dangers pour les populations.
À La Réunion il semble que le mot "Tafta" n'appartienne pas au vocabulaire de la plupart de nos élus. Pourtant ce 18 avril, journée mondiale de mobilisation, des milliers de personnes en Europe, aux USA... et plus d'une centaine dans notre île ont scandé ce mot pour en dénoncer tout ce qu'il contient de dangers pour les populations.

Après les mots "OMC" (Organisation mondiale du commerce), "AMI" (Accord multilatéral d’investissements), c’est pourtant un mot qu’il va bien falloir comprendre pour éviter que ceux qui l’ont fabriqué nous atteignent dans ce qui nous reste de protection sociale, de code du travail, de garanties élémentaires pour les salariés et en particulier pour les agriculteurs. Pour faire court, le Tafta est le nouveau marché de libre échange que les USA et l’Union européenne sont en train de négocier pour accroître encore davantage la libre concurrence et permettre aux multinationales d’envahir tous les marchés. Tout se négocie entre technocrates sans information, ni  concertation auprès de la population, de manière totalement antidémocratique.

Pourtant ce traité permettra de réduire a minima les normes sociales, sanitaires, alimentaires et environnementales en s’alignant sur celles des USA. Ce qui se traduira par la remise en cause du code du travail, des hôpitaux publics (qui pourront être considérés par leurs principes de financement comme une atteinte à la libre concurrence du système privé de santé), par la libéralisation totale des produits à base d’OGM, par l’emploi de pesticides déjà largement exploités aux USA… On imagine rapidement les conséquences sociales, de santé publique et environnementales pour La Réunion.

Le traité veut faire sauter toutes les protections douanières. Les conséquences pour les produits réunionnais qui seront soumis à une concurrence massive de produits à bas coûts par des échelles de production sans commune mesure avec notre territoire seront catastrophiques pour l’emploi.

Toutes ces mesures seront mises en exécution par une arme fatale concoctée par le Tafta : toute entreprise privée pourra porter plainte face à l’Etat contre toute mesure qui pourrait faire obstacle à  ses profits et à la marchandisation devant une juridiction privée. Ainsi, des Centres de formations privées qui s’implanteront à La Réunion pourront porter plainte contre l’Education nationale pour concurrence déloyale de par les financements publics injectés dans les établissements scolaires !

Attention il ne s’agit pas ici d’agiter un chiffon rouge ! Mais la réalité est déjà là. Les accords de même niveau (ALENA) entre les USA, le Canada et le Mexique ont étranglé le plus faible à savoir le Mexique. Ainsi 5 millions d’emplois agricoles ont disparu depuis 1994 dans ce pays suite au déversement des produits américains et canadiens par l’agriculture éminemment productiviste de ces deux pays (pour exemple : le Mexique grand exportateur de maïs dans les années 1990 importe aujourd’hui fortement cette alimentation de base). En moyenne aux Etats Unis une ferme est treize fois plus grande qu’en Europe et les contraintes en matière d’hormones de croissance, d’antibiotiques, d’OGM sont très libérales… On imagine bien ce que deviendra La Réunion par le rouleau compresseur d’un tel marché.

Aujourd’hui, il est encore temps de réagir. Attac Réunion, dans le collectif "Stop-Tafta", appelle les élus à se mobiliser en déclarant des zones "Hors Tafta" (communes, territoires intercommunaux, département, région). Ces zones symboliques seront exemplaires pour s’imposer face aux technocrates européens et américains, en montrant que la population ne reste pas sans réagir.  Cette position est l’occasion de dénoncer toutes les atteintes au niveau social, sanitaire, alimentaire et environnemental, la mise en place de juridictions privées ayant pouvoir sur les institutions publiques, de défendre  la notion de service public et d’intérêt général.

La mise en place de ces zones "Hors Tafta" doit aussi être l’occasion de demander un moratoire sur les négociations de ce traité, la diffusion des éléments de la négociation, enfin de refuser toute tentative d’affaiblir le cadre réglementaire national ou européen en matière d’environnement, de santé, d’agriculture, de protection des travailleurs et des consommateurs.

Plus de 100 zones sont d’ores et déjà  "Hors Tafta" à ce jour sur le territoire français. La Réunion ne peut se tenir à l’écart de cette juste et indispensable réaction.

Didier Bourse, Attac Réunion

   

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