Courrier des lecteurs :

"Lettre fictive au député Tartempion"


Publié / Actualisé
Monsieur le député, après avoir gardé mes vaches, j'ai eu l'honneur de battre (la) campagne pour toi avec le succès que tu connais. Je ne demande rien en retour, pas même un strapontin, contrairement à ceux qui gravitent autour de toi et qui veulent le beurre et l'argent du beurre. Je veux seulement te dire tout ce que je pense, avec la plus grande franchise, avec mes gros sabots, sans circonlocution, histoire de pouvoir un jour, par tes soins attentifs, auréoler un peu mieux Dame Marianne qui porte actuellement chez nous des vêtements bien trop délavés, bien trop froissés. Et cela dans un Etat de droit, qui ne va pas bien droit.
Monsieur le député, après avoir gardé mes vaches, j'ai eu l'honneur de battre (la) campagne pour toi avec le succès que tu connais. Je ne demande rien en retour, pas même un strapontin, contrairement à ceux qui gravitent autour de toi et qui veulent le beurre et l'argent du beurre. Je veux seulement te dire tout ce que je pense, avec la plus grande franchise, avec mes gros sabots, sans circonlocution, histoire de pouvoir un jour, par tes soins attentifs, auréoler un peu mieux Dame Marianne qui porte actuellement chez nous des vêtements bien trop délavés, bien trop froissés. Et cela dans un Etat de droit, qui ne va pas bien droit.

Horribile dictu ! dirait Cicéron, mon grand ami, que je sers de mon mieux sans être digne de délier la courroie de ses souliers, et l'ennemi juré d'une certaine Belkacem qui aimerait bien le précipiter du haut de la roche Tarpéïenne. J'en ai très gros sur le coeur, de tout cela. Lis attentivement mes doléances. Je te les fais parvenir par internet : plus besoin de cahier de doléances ! Je suis de mon temps et pardonne-moi si, d'une phrase à l'autre, je passe du coq à l'âne.

Tout récemment, tu as crié au scandale : trop d'abstentionnistes ! Mais réfléchis un peu pour une fois : tu es un pyromane qui crie au feu ! L'électeur qui se déplace pour voter blanc constate que son bulletin n'est pas comptabilisé parmi les suffrages exprimés. Et pourtant son vote exprime quelque chose :  on montre soit qu'on ne vote ni pour la peste ni pour le choléra, soit qu'on délivre un message de protestation. Cet électeur s'est pourtant bien exprimé et tu le frappes d'ostracisme, pour ainsi dire; son bulletin compte pour du beurre; il va tout droit dans la poubelle de la pauvre Marianne. Ton comportement est très, très vilain : c'est comme si, à ce diable de votant, tu lui plaquais ta main sur la bouche en hurlant comme un veau : "tak out bouce".  Et beaucoup d'abstentionnistes aimeraient bien faire entendre leur voix; mais, très vachement, tu leur coupes l'herbe sous le pied. Actuellement, grâce à ta loi, celui qui veut protester en utilisant l'urne - presque funèbre - n'a plus d'autre recours que de voter pour Marine Le Pen ou pour Mélenchon. Après, tu vas pleurer comme une Madeleine dans ta chaumière en criant : le FN est le premier parti de France. Mais en réalité, le premier parti, c'est l'abstention. Ouvre out cannette, te dirait un bon Créole. Le remède est simple :  considérer le vote blanc comme un vote en bonne et due forme; et des abstentionnistes viendront enfin voter, sachant qu'ils peuvent exprimer quelque chose, et ce quelque chose n'est pas rien : on rejette le programme de X, Y ou Z ! Et l'on doit annuler un scrutin lorsque les bulletins blancs sont majoritaires car, élu dans ces conditions, on ne serait pas représentatif ! Le programme sanctionné de la sorte est à mettre bien au fond de la poubelle de Marianne. 

Si, comme je l'entends, tu refais les calculs de la dernière élection de ma patrie d'adoption, tu constateras que Didier Robert a été élu par moins de 10% des Réunionnais en âge de voter et, fort de cette infâme légalité, il nous fait avaler ses couleuvres, entre autres, une NRL en pleine mer, au bas mot, à 2 milliards d'euros. Au bas mot ou aux bas maux, c'est au choix. Et pour cela, il met à sac ma patrie d'adoption : des carrières ouvertes partout dans mon île adorée. Ça me fend le coeur, dirait Pagnol s'il voyait le pillage. Et mon Didier-péi, le Didier 10% des cocotiers, est plus fier qu'un paon après cette victoire à la Pyrrhus. Pour un peu, il ferait la roue !

Députés et sénateurs - nos nouveaux seigneurs - votent leur propre budget, ce qui leur permet de se ménager, entre autres, une retraite en or; et pour les malheureux qui perdent leur mandat, c'est un parachute doré qui les attend ! On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même. Raboter tout cela de 20%, ce serait participer à l'effort national. Il faut cesser de jouer aux seigneurs. Tu me diras - car tu ne manques pas de bagout - que c'est entériné par le Conseil d'Etat; mais du tac au tac, je te pose la question : "Mais qui donc a élu ces personnages-là et que faisaient-ils auparavant ?" J'attends ta réponse. Et tu remarqueras que tu rabotes sans pitié la plèbe alors que chez toi, c'est le contraire, les indemnités des seigneurs provinciaux ont tendance à augmenter dans la France d'en bas. Un poids et deux mesures. Et l'actuel suzerain de l'Elysée, le pauvre, s'était promis de supprimer les inégalités. Je ne savais pas qu'il savait manier l'antiphrase ! Il les a creusés; et voilà les riches plus riches, les pauvres plus pauvres; maintenant, j'ai tout compris : la promesse sera tenue ... pour le jour où mes poules auront des dents. 

Députés et sénateurs se votent une IRFM (indemnité représentative de frais de mandat) : plus de 6000 euros par mois, somme non imposable, qu'ils redistribuent auprès d'associations ou autres, moyennant retour de l'ascenseur, selon le bon adage : "Je t'arrose, tu m'arroses (en faisant voter pour moi) ! " On sait entretenir sa clientèle, comme au temps de Cicéron. Le remède à cette perversité : il faut la verser intégralement pour la lutte anti-terroriste, pour la protection de tous les Français, blancs, noirs et jaunes - à vrai dire, les blancs à qui j'ai donné la priorité seront moins nombreux au fil des années. Plus tard, pour faire plaisir au CRAN, il faudra inverser : noirs, jaunes et blancs.

Les élus nationaux ou non  ont la fâcheuse tendance à cumuler. Il faut calmer la voracité de ces pilleurs de notre pauvre Etat. On a fait un petit effort; on a écrêté, mais si peu que rien, bref, une mesurette, de la poudre de perlimpinpin. Je salue tout de même ce petit effort laborieux mais la perversité transparaît encore trop nettement. Le plus simple, c'est de n'accorder qu'une seule indemnité pour un seul mandat, les autres mandats étant assurés gracieusement. Il faut suivre dame Nature : j'ai constaté, dans mon pré, qu'un veau ne peut pas téter deux vaches à la fois.

Des élus nationaux ou non sont passés sous les fourches caudines de dame Justice; ils ont été condamnés comme pilleurs de nos deniers publics ou complices. Et ces truands exercent encore leur talent, alors qu'un fonctionnaire qui n'a plus son casier judiciaire vierge est radié d'office et à vie. C'est être complice d'un truand que de l'accepter dans ses rangs. Je suis pour la même justice pour tous : nous lé pas plus, nous lé pas moins. Un candidat à une élection doit présenter un casier judiciaire vierge tout comme le candidat à la fonction publique : il faut être blanc comme neige, comme le candidatus romain qui menait campagne vêtu d'une toge passée à la craie. Mais pour le moment, on continue encore à faire un joli bras d'honneur à dame Justice !  Quousque tandem abutere patientia nostra ? dirait encore mon ami Cicéron.

Avec tes compères et commères, fais en sorte que, dans notre pauvre république, vous, vous ne soyez plus de fieffés fripons et que nous, grâce à vous, nous cessions enfin d'être vos dindons farcis après avoir été soigneusement plumés et puissions enfin mettre notre poule au pot tous les dimanches, comme au temps de Henri IV. Et enfin dame Justice sera fière d'arborer sa bonne balance.

Au travail, cette fois, et, comme dit le bon Créole de mon entouraze, ouvre out cannette et bouze out fesse et vitement car, au fond de ma campagne, je crois entendre le tocsin, l'annonce de la mort de la Vème république : c'est le Didier 10% des cocotiers, qui, au bout de la corde, agite  la lugubre cloche.
    
En caressant ce bel espoir, je te prierais d'agréer, monsieur le député, l'expression très respectueuse de ma très haute considération.

Gières.
Gérard Jeanneau, ex-gardeur de vaches.

   

3 Commentaire(s)

Gérard Jeanneau, Posté
Horribile scriptu !
Les inégalités... il les a creusées !

On peut approfondir le sujet en suivant le lien ci-dessous :
http://www.courriers-reunion.fr/Depute-Tartempion.html
Dominique, Posté
bien dit, bien écrit et tellement vrai
TAGOUN, Posté
Superbe ! j'espère que les députés "pays" vont la lire et méditer !