Tribune libre de Wilfrid Bertile :

La Réunion n'est pas la France qui va bien


Publié / Actualisé
La presse l'a souligné : la représentation de La Réunion à l'Assemblée Nationale est bien différente de ce qui est constaté au niveau national où le parti du Président domine largement. Ce parti représente, au dire des analystes, la France " qui va bien ", celle qui s'accommode de la mondialisation néolibérale dont notre président est le chantre, mais qui laisse tant de gens " au bord du chemin ".
La presse l'a souligné : la représentation de La Réunion à l'Assemblée Nationale est bien différente de ce qui est constaté au niveau national où le parti du Président domine largement. Ce parti représente, au dire des analystes, la France " qui va bien ", celle qui s'accommode de la mondialisation néolibérale dont notre président est le chantre, mais qui laisse tant de gens " au bord du chemin ".

La Réunion partage avec le reste de la Nation ces "vaincus de la mondialisation néolibérale". Avec eux, le peuple français a rejeté en 2005 le TFUE (Traité de Fonctionnement de l’Union européenne). Ils ont marqué leurs souffrances en votant pour JLM et MLP aux élections présidentielles. Ils ont montré leur méfiance envers les élus en s’abstenant majoritairement (57%) au 2e tour des Législatives.

Mais chez nous ces éléments sont encore plus accentués. Les Réunionnais ont mis JLM et MLP en tête au premier tour des élections présidentielles. Ils se sont davantage abstenus que la France métropolitaine lors du 2e tour des Législatives (60%). Ils ont donné trois sièges à la droite, trois à la gauche et un au centre. Tout se passe comme si le " phénomène Macron " s’est arrêté aux rivages de notre île.

C’est qu’ici " ceux qui vont bien " sont minoritaires, encore plus qu’au niveau national. Le taux de pauvreté y est trois fois plus élevé. Le taux de chômage y est deux fois et demie plus important. Les inégalités sociales plus y sont plus grandes, la vie plus chère, la désespérance plus présente. La majorité des Réunionnais ne se sont pas retrouvés dans les candidats de Macron qui n’étaient pas à leur image…

Prendra-t-on un jour la mesure de ce qui se passe à La Réunion ? On peut en douter, en écoutant les élus qui n’ont qu’une connaissance toute relative de la mission d’un député, qui promettent de faire ce qui relève de la commune, du département, de la région, toutes choses qu’ils se gardent bien de réaliser quand ils appartiennent aux exécutifs de ces collectivités. Autant dire que leur bilan sera des plus ténus dans 5 ans, du moins au regard de ce qui est annoncé. Au niveau national-même, le nouveau pouvoir veut organiser des " Assises des Outre-mer ", les énièmes du nom, exercice qui occupera les esprits quelques mois, accouchera de quelques dizaines de mesures sectorielles sans lendemain. Les EGOM de 2009 ont été un fantastique exercice de concertation. Ils n’ont débouché sur rien ou presque.

Quand comprendra-t-on que La Réunion a besoin d’un vrai projet, non pas une addition d’actions disparates ainsi présentée par les exécutifs locaux, mais d’un projet global, cohérent, systémique, fondé sur les spécificités de son territoire et l’identité de sa population ? Ce projet ne peut émaner de la technocratie parisienne ou bruxelloise ; il ne peut être sous-traité à des bureaux d’études ; il ne peut faire l’objet de réunions de travail, entre soi, au sein des institutions. Il doit émaner des partis, des élus et de la société civile de La Réunion. En sont-ils capables ?

Wilfrid Bertile

   

1 Commentaire(s)

Bruno Bourgeon, Posté
Oui, Wilfrid. Un bémol cependant : trois élus de droite certes, mais deux Macron-compatibles (Bareigts et Robert), et deux de la gauche Macron-incompatible. Pour le reste je partage ton analyse, bien qu'il ya ait, au-delà des causes conjoncturelles à l'abstention que tu décris très bien, des causes structurelles comme l'inversion du calendrier électoral après le passage au quinquennat présidentiel, en 1998, sous Jospin-Chirac. A partir de cette date, l'abstention n'a cessé de croître.