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Tribune libre de Marie-Claude Barbin :

12 élèves par classe, c'est bien, mais ... est-ce la panacée à l'échec scolaire ?


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Une réforme appliquée à la hâte, mesure phare relevant d'une promesse de campagne. Telle qu'elle est présentée sur le papier et les plateaux télé, elle a de quoi séduire. Ce serait la classe "idéale" pour que tous les enfants sachent "lire, écrire, compter, respecter autrui". Il va sans dire que le cours préparatoire (comme son nom l'indique) pose les bases de la réussite scolaire future, avec l'acquisition des fondamentaux.
Une réforme appliquée à la hâte, mesure phare relevant d'une promesse de campagne. Telle qu'elle est présentée sur le papier et les plateaux télé, elle a de quoi séduire. Ce serait la classe "idéale" pour que tous les enfants sachent "lire, écrire, compter, respecter autrui". Il va sans dire que le cours préparatoire (comme son nom l'indique) pose les bases de la réussite scolaire future, avec l'acquisition des fondamentaux.

 

Lutter contre l’échec scolaire en REP (Réseau d’Éducation Prioritaire Renforcé) part d’un bon sentiment. On ne peut que s’en féliciter ! Le chiffre 12 interpelle. Pourquoi 12 élèves au lieu de 15 par exemple ? À quoi fait-on référence ? L’absence de pédagogie pour accompagner la mesure pose également problème. Selon quels critères ces classes sont-elles constituées ? En vertu du bon vieux principe qui répartit les enfants dans les CP d’une même école : "Un bon, un moyen, un faible ?" Ou bien, tous les "faibles" dans la même classe ? On peut dire que le dispositif manque de clarté.

Dans les années 80, on a créé les CP dits "d’Adaptation" avec 15 élèves : un effectif allégé pour permettre à l’enseignant d’offrir un enseignement individualisé aux enfants repérés "en difficulté" suite aux évaluations réalisées par les enseignants de grande section maternelle. Mais voilà, ne pouvaient postuler que des volontaires ayant une solide expérience du cours préparatoire. J’ai postulé. Malgré toute ma bonne volonté, je me suis vite sentie démunie face à certains enfants qui n’arrivaient pas à investir les apprentissages, en raison de situations personnelles et familiales compliquées. D’où mon orientation vers l’enseignement spécialisé.

Ensuite, apparurent les GAP (Groupes d’Aides Psycho-Pédagogiques), remplacés par les RASED (Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) avec des enseignants spécialisés (1 et/ou 2 années de formation) dispensant des aides spécialisées aux enfants d’écoles maternelles et élémentaires en grande difficulté.

Puis, l’on a réduit considérablement, voire supprimé les RASED considérés comme le poil à gratter de l’Éducation Nationale, car pas rentables. Pensez-donc : tout ce personnel spécialisé (rééducateurs, psychologues...) qui ne travaille qu’avec un enfant à la fois ou un groupe restreint !

Un effectif réduit au CP permet certes, de résoudre des problèmes de discipline, de faire travailler chaque enfant à son rythme. Mais, peut-on d’un coup de baguette magique régler les troubles de l’apprentissage, sans formation, voire une sensibilisation aux difficultés psychologiques des enfants ? Et les RASED indispensables pour épauler les enseignants, que deviennent-ils ? On n’en parle plus !

Pour tenter de comprendre pourquoi un enfant n’investit pas les apprentissages, il est primordial de rencontrer les parents tout au long de l’année scolaire, les accompagner parfois au niveau d’un réajustement des méthodes éducatives, les orienter vers un professionnel... Cela nécessite des moments d’échanges (hors temps scolaire).

Pour l’instant, le flou et la confusion persistent. Si des réserves sont émises sur l’absence de locaux, d’enseignants ; est-ce que l’on s’interroge sur comment mettre en place cette mesure, comment l’évaluer... pour que "100% des enfants réussissent", selon le ministre de l’Éducation Nationale ?

Marie Claude Barbin

   

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