Tribune libre de Wilfrid Bertile :

Je démisionne du PS


Publié / Actualisé
Monsieur le Premier secrétaire fédéral, cher Philippe, j'ai le regret, par la présente, de t'informer de ma démission de la fédération de La Réunion du Parti Socialiste. Plusieurs raisons motivent ce départ, notamment le renversement des alliances politiques de la fédération qui s'est alliée avec la droite et les conditions dans lesquelles il s'est effectué.
Monsieur le Premier secrétaire fédéral, cher Philippe, j'ai le regret, par la présente, de t'informer de ma démission de la fédération de La Réunion du Parti Socialiste. Plusieurs raisons motivent ce départ, notamment le renversement des alliances politiques de la fédération qui s'est alliée avec la droite et les conditions dans lesquelles il s'est effectué.

 

Ainsi que tu le sais, j’ai, avec plusieurs camarades, créé la fédération de la Réunion du PS en 1974. Elle a remplacé la fédération réunionnaise de la SFIO qui s’était compromise avec la droite et ne représentait plus grand-chose. Elle s’est résolument positionnée à gauche et pour l’union des forces populaires et progressistes. Grâce à cette stratégie, elle est devenue une importante force politique, un temps la première à gauche, avec plusieurs maires, des députés, des sénateurs et même un président de Conseil général.

Je m’en suis éloigné au début des années 2000, idéologiquement quand des dirigeants de la fédération ont fait capoter le projet de bi-départementalisation de La Réunion proposé par le président Chirac et le Premier ministre issu de nos rangs Lionel Jospin. Cet éloignement fut aussi physique puisque j’ai été pendant trois ans en poste à Maurice, en tant que secrétaire général de la COI.

Je m’y suis réinvesti en 2012, participant aux campagnes électorales de François Hollande et de Benoit Hamon (tout le monde ne peut en dire autant), du député Fruteau, de la tienne aux départementales et aux législatives, de celles des camarades de Saint-Philippe aux municipales. J’ai même été ton directeur de campagne lors des Européennes de 2014 pour l’ensemble de la circonscription des Outre-mer. J’ai aussi animé des séminaires et des séances de formation du parti.

Je n’y suis pas revenu pour avoir un mandat : je n’ai pas été candidat aux municipales, ni aux départementales, ni aux législatives. J’ai accepté de clôturer la liste des régionales de 2017 par solidarité avec ceux qui menaient ce combat.

J’ai constaté cependant combien le parti était instrumentalisé par quelques dirigeants. Le dernier congrès fédéral, au lieu de discuter des orientations, n’a servi que de tribune à un camarade pour se déclarer " premier des socialistes " aux régionales. Les instances dirigeantes sont des chambres d’enregistrement où j’ai vainement tenté de lancer des débats. Le parti n’arrive plus à parler aux travailleurs, aux classes populaires, à la jeunesse. Il n’a aucun projet pour La Réunion.

Aucune solidarité n’existe entre les sections, chacune devant se débrouiller avec ses propres moyens. Comment développer le parti dans les " terres de mission " dans ces conditions ?
Nos dirigeants devraient s’interroger sur nos résultats électoraux de ces dernières années qui sont catastrophiques : on n’a plus qu’une municipalité, une parlementaire, un conseiller régional, deux conseillers départementaux…

Concernant les Sénatoriales, j’ai été clair dès le départ : voyant que le candidat désigné ne rassemblait pas, j’ai dit ma disponibilité pour unir le maximum de forces politiques sur un projet. Ce projet, je l’ai publié. Le rassemblement ne se faisant pas, je me suis mis à l’écart.
Ce qui m’a fait changer d’avis, c’est le renversement d’alliance décidé par un seul en 48 heures, sans concertation, au détriment du Parti. Jusqu’à présent, nous allions aux élections, seuls ou dans le cadre d’une union avec des forces de gauche. Là, même si nos partenaires avaient fait savoir avant la réunion de nos instances  qu’ils acceptaient nos propositions, la décision fut prise d’un accord avec un parti de droite (on verra bien dans quel groupe s’inscrira le sénateur que la fédération a fait élire).

Je ne suis pas contre un élargissement des accords à une partie de la droite à condition que la gauche soit d’abord rassemblée et que ce soit sur ses propositions. Ce changement a été acté par le bureau fédéral sous la houlette de quelqu’un qui n’en est même pas membre et avalisé par un conseil fédéral majoritairement à sa botte. J’ai refusé de participer au vote qui a clôturé ce qui ressemblait à une mascarade.

J’ai alors décidé d’accepter la proposition des forces de gauche de conduire une liste de rassemblement sur la base d’un projet politique. C’est un grand honneur qui m’a été fait et ce rassemblement homogène est une garantie pour les combats à venir.

La fédération a décidé de s’engager dans un tête-à-tête avec un parti de droite dans une " coalition réunionnaise ". Ce renversement d’alliance auquel je ne souscris pas marque un désaccord stratégique qui motive mon départ.

En partant, je ne fais que suivre un chemin encombré emprunté avant moi par Lebreton, Fruteau, Jarnac, Ramassamy, Vergoz, J-Y Dalleau, J-M Lasson, Laurence Lougnon, Tamaya, Vlody, Nativel, Christophe Payet, Virgine Gobalou, Zettor et tant d’autres…

Je souhaite que le parti de Jaurès, de Blum, de Mitterrand et de Jospin que j’ai créé ici et auquel je suis attaché mette fin à ces errements, adopte un fonctionnement plus démocratique et soit fidèle à ses valeurs. Je ne doute pas alors que nous nous retrouverons pour d’autres combats pour le développement de La Réunion en faveur des plus démunis.
Avec mes sentiments socialistes les plus fraternels,

Wilfrid Bertile
 

   

1 Commentaire(s)

Sandra, Posté
Monsieur Bertil,
Vous avez toujours été en accord avec vous même et cette décision est admirable.
Vous n'êtes pas de ceux qui se fourvoient et vendent leur âme pour briller et accéder au pouvoir coûte que coûte. Vous êtes un grand Homme.