Tribune libre :

Lettre ouverte de Jean Hugues Ratenon à Madame Agnès Buzyn, ministre de la santé


Publié / Actualisé
Madame, soyez la bienvenue dans ce Département de la Réunion qui doit faire face à une situation sanitaire extrêmement préoccupante : Elle est la région française la plus concernée par le diabète, avec un taux de mortalité lié trois fois supérieur au taux métropolitain. Cela tient principalement au fait que le suivi médical est très insuffisant, largement inférieur aux recommandations de la Haute Autorité de Santé.
Madame, soyez la bienvenue dans ce Département de la Réunion qui doit faire face à une situation sanitaire extrêmement préoccupante : Elle est la région française la plus concernée par le diabète, avec un taux de mortalité lié trois fois supérieur au taux métropolitain. Cela tient principalement au fait que le suivi médical est très insuffisant, largement inférieur aux recommandations de la Haute Autorité de Santé.

 

Ce Département voit sa population vieillir. Au nombre de 62 000 aujourd'hui, soit 3 fois plus nombreux qu'au début des années 80, les Réunionnais âgés d'au moins 65 ans seront 106 000 en 2020, soit 12% de la population. Le taux de dépendance de ces personnes âgées passerait de 12% actuellement à 35% en 2040! (source: INSEE).

Cette situation constitue un enjeu majeur pour l'île. Vous allez lors de votre séjour visiter un EHPAD. Les conditions de travail dans ces établissements, malgré le dévouement du personnel, sont très préoccupantes comme l'a confirmé la mission flash du 03 août dernier.

Le personnel, les aides soignantes notamment souffrent physiquement et psychologiquement, la médicalisation est insuffisante, il n'y a pas d'infirmier de nuit, pas de médecin coordonnateur, le système de tarification est qualifié de "  kafkaïen ".
Le constat est sans appel: dans certains EHPAD, on parle de " maltraitance institutionnelle "pour reprendre les termes de Madame Monique IBORRA, rapporteure de ladite mission flash.

Quelles mesures comptez vous prendre Madame la Ministre ?

Un autre sujet lié à la question des personnes âgées: de plus en plus de personnes sont obligées de quitter leur travail pour s'occuper de leurs parents, parce que justement par manque de places dans les établissements spécialisés.

Comptez vous créer un statut pour ces enfants qui ne veulent pas abandonner leurs parents et honorer leurs droits de filiation?
Comptez vous donner plus de moyens humains et financiers à ces EHPAD afin d'y retrouver des conditions plus humaines?
Quelle politique allez vous développer pour soutenir le maintien à domicile des personnes âgées?
Madame la Ministre, le chômage frappe sévèrement notre île, plus de 162 000 chômeurs toutes catégories confondues au mois d'août dernier, dont 60% de jeunes.
Un Grand Service à la Personne pourrait être une réponse pour créer de l'emploi.

Autre dossier majeur: les risques sanitaires.

Votre Gouvernement a décidé de supprimer brutalement de plus de moitié le nombre de contrats aidés à la Réunion. Or ces emplois correspondaient à de vrais postes de services. Regardez la grande pagaille actuellement dans les crèches, les activités péri-scolaires, les écoles, le manque d'Atsem, une rentrée scolaire reportée, le fonctionnement de nombreuses associations et services perturbés.
Cette décision fait aussi courir de grands risques à la population. A quelques semaines de l'été, beaucoup redoutent une flambée des maladies vectorielles mortelles: chikungunya, dengue.

En 2006: plus de 300 000 personnes avaient contracté la maladie qui a fait 203 morts. C'est grâce à ces contrats aidés, " les emplois verts " que l'épidémie à pu être arrêtée.

Comment éviter une nouvelle crise majeure Madame la Ministre?
Qui pour nettoyer les ravines?
Qui pour mener les opérations de démoustication?
On ne peut pas écarter également une recrudescence de cas de leptospirose.
Si on ne pas se satisfaire de ces contrats précaires, vous ne pouvez pas non plus les supprimer sans proposer une alternative.
Que répondez vous aussi à ce dirigeant grossiste-répartiteur Cerp Réunion qui dans la presse de ce samedi 30 septembre affirme: "  qu'en cas d'épidémie, la Réunion ne saura pas faire face "; il ajoute: "  qu'il n'y a aucun stock d'avance " et " qu'il faut un véritable contrôle de la profession ".

Madame la Ministre, la Réunion toute entière a été bouleversée par le drame de Marie Stanislas Boutiana.
Âgée de 33 ans, cette mère de famille de Saint Paul était atteinte d'un cancer incurable et avait dû être hospitalisée en métropole, à Roche-sur-Yon.
Son souhait le plus cher était de finir le reste de sa vie auprès de ses proches à la Réunion.

Sous l'égide d'une association " petits cœurs " une chaine de solidarité s'était mise en place pour tenter d'exaucer son vœu, mais malheureusement le temps a manqué, Marie Stanislas n'était plus transportable et est décédée en métropole le 19 août dernier, une semaine après son anniversaire.

Actuellement je m'occupe d'un cas où un jeune étudiant de 18 ans atteint lui aussi d'un cancer doit commencer en urgence son traitement. Il fait ses études en Belgique et doit être hospitalisé à Lyon.

Le jeune homme est isolé en métropole, sa mère est obligée de quitter son travail pour aller le rejoindre et être à ses côtés. Là aussi une solidarité est entrain de se mettre en place pour cette famille.

Autre cas: cet Agent Technicien Ouvrier Service en métropole qui n'arrive pas à obtenir sa mutation à la Réunion pour pouvoir assister ses parents âgés de 78 et 80 ans dont l'état de santé s'est subitement aggravé ces dernières semaines.

Cette femme vit dans l'angoisse tous les jours et craint de ne pas arriver à temps pour passer quelques moments avec des parents vivants.
Des situations très difficiles humainement et qui ne sont pas malheureusement pas isolées.

Ce samedi, (hier), j'ai assisté à une réunion organisée par l'association " petit cœurs " et à laquelle était invitée tous les élus, les services de la préfecture, les services sanitaires, les organismes sociaux, etc... L'objectif était de définir une feuille de route pour faire face à ce genre de situation où il faut gérer dans l'urgence avant que le pire ne se produise.

Quel part l'État pourrait il prendre dans ce dispositif?

Notre île est réputée pour ses cascades majestueuses, mais l'eau desservie aux robinets est loin de répondre aux normes de qualité. Ainsi selon l'Observatoire Régionale de Santé, s'appuyant sur des données de l'ARS, 47% des clients(171599) sont alimentés par des réseaux ne garantissant pas une sécurité suffisante du fait  de l’absence de traitement de clarification des eaux d’origine superficielle avant désinfection.
5%, soit 18255 foyers sont alimentés par des réseaux pour lesquels le risque sanitaire est avéré (détection de parasites pathogènes) en permanence (absence de désinfection).

A la Réunion 57% des abonnés subissent un traitement de potabilisation insuffisante, résultant de situation de non-conformité temporaire mais chronique lors des pluies.

Une situation intolérable qui entraine nombre de maladies comme les gastro-entérites, la leptospirose, la fièvre, l'hépatite ou encore la gale...
Quel programme comptez vous mettre en place pour accélérer la potabilisation de l'eau sur l'ensemble de notre territoire?

Enfin Madame la Ministre, j'attire votre attention sur le fait que 40% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté(1000 euros); 28 à 30% de la population vivent dans un logement qualifié d'indigne.

Le manque de logements sociaux est flagrant d'autant plus que le plan logement Outremer voté en 2015 qui prévoit 4000 constructions et 1000 réhabilitations ,ne décolle pas; nous n'en sommes aujourd'hui qu'à 800 logements sortis de terre!

La résorption de l'habitat insalubre, RHI, se heurte au désamiantage.

Le parc de logement est vieillissant et selon la CNL 33 000 logements doivent faire l'objet d'un diagnostic de l'amiante, hautement cancérigène, mais à peine 10% des bâtiments l'ont été aujourd'hui, en raison du coût exorbitant de telles opérations.
La LBU, ligne budgétaire unique, d'un montant de 300 millions d'euros dont 200 millions en défiscalisation, stagne depuis quelques années et est loin de pouvoir répondre à cette problématique.

Aussi il conviendrait de mettre en place une enveloppe spécifique au sein de la LBU et de manière conséquente pour permettre aux bailleurs de répondre rapidement à cette obligation de désamiantage du 1er juillet 1997. Il y va de la santé de milliers de Réunionnais.

 

Madame la Ministre, comme vous pouvez le constater les problèmes sont nombreux et je n'ai pas évoqué le manque d'effectifs dans les hôpitaux, les Urgences, le nombre insuffisant d'ophtalmologue, de dentiste, il faut parfois plusieurs mois avant d'obtenir un rendez vous, le problème de l'addiction à l'alcool qui fait des ravages, etc....
Vous êtes à la tête d'un ministère hautement important, il ne faut plus de réunions, de missions; les constats sont connus, il vous faut agir.
Nous vous jugerons sur les actes.

Bon séjour Madame la Ministre.

Jean Hugues Ratenon
Député de la Réunion 

 

   

1 Commentaire(s)

Josumé, Posté
Est-ce que le citoyen Ratenon comprend ce que le député Ratenon a écrit ?