Tribune de Thierry Robert :

"La situation de La Réunion exige des modifications profondes"


Publié / Actualisé
Dans une tribune envoyée ce mercredi 1er novembre 2017, le député Thierry Robert a salué la justesse du discours du président Macron en Guyane, tout en exigeant des modifications profondes pour la situation de La Réunion. Nous publions ci-après et dans son intégralité la tribune :
Dans une tribune envoyée ce mercredi 1er novembre 2017, le député Thierry Robert a salué la justesse du discours du président Macron en Guyane, tout en exigeant des modifications profondes pour la situation de La Réunion. Nous publions ci-après et dans son intégralité la tribune :

"La démocratie c’est l’égalité des droits, mais la République, c’est l’égalité des chances". Tels sont les mots de l’ancien Président de la République, Monsieur Jacques CHIRAC.

Il a été question d’égalité à l’occasion de la loi égalité réelle Outre-mer. J’avais indiqué lors de l’examen de ce texte en séance qu'"il n’est pas de plus grande inégalité aujourd’hui entre l’Hexagone et les Outre-mer que dans l’accès aux opportunités qu’elles soient économiques, culturelles, de mouvement vers l’extérieur, d’accès au numérique et bien d’autres".

Lors de son discours en Guyane, le Président de la République a dressé une perspective ambitieuse pour La Réunion. Chacun, à chaque niveau, devra prendre ses responsabilités.

Transformer les Outre-mer 

Les Outre-mer, riches de leurs atouts et de leurs spécificités, disposent de moyens pour rayonner, voire prospérer. Véritables vitrines de la France et l’UE dans leurs aires géographiques respectives, nos territoires représentent fièrement notre pays et sont de véritables laboratoires, des précurseurs et des zones d’expérimentation dans les énergies renouvelables, la production d’eau par le dessalement, la valorisation de la biomasse, la production d’air conditionné à partir de la mer, etc.

Or, la situation des Outre-mer en général et de La Réunion en particulier, exigent des modifications profondes tant dans les mentalités, que dans les pratiques.

Dans les mentalités tout d’abord, car l’esprit de responsabilité doit en effet primer, que ce soit parmi les élus, les acteurs socio-économiques, ou encore nos concitoyens.

En second, dans les pratiques, afin de favoriser des projets, des initiatives, dans le strict respect de la loi, mais également en mobilisant l’ensemble des financements existants et des dispositions de notre droit positif, en les adaptant lorsque cela est nécessaire, pour garantir l’exécution des dits projets.

Des moyens publics au service du territoire, de ses entreprises et de l'emploi

L’évolution du Code des marchés publics permet de mieux orienter la commande publique mais qui n'est pas toujours appliqué, alors même que les aides devraient servir le tissu économique local, les TPE-PME.

Tel fut le cas pour la réalisation de l’ouvrage d'art du pont de la Rivière des Galets, pour lequel les seuils financiers imposés excluaient les TPE-PME locales et pour lequel il n'y avait pas d'allotissements ; de même pour la nouvelle route du littoral (NRL), avec 1,6 milliards d'euros investis mais très peu de création d'emplois.

Le Président de la République a rappelé ce principe, qui peut sembler comme une évidence, lors de son discours pour l’ouverture des Assises des Outre-mer en Guyane samedi dernier.

La question de l’emploi est primordiale. Tout un chacun doit pouvoir choisir son chemin et bénéficier d’une diversité d’opportunités où qu’il se trouve.

Or dans nos territoires, il y a une proportion élevée d’emplois publics. La création d’emplois dans le secteur marchand doit être stimulée pour pallier au déséquilibre qui existe aujourd’hui dans la répartition entre emplois publics et emplois privés dans les Outre-mer.
Je considère ce déséquilibre nuisible économiquement mais pas seulement. Cela pose des questions de démocratie avec le rôle d’employeur des collectivités.   Nous voyons cela avec les contrats aidés, qui sont victimes de la mauvaise réputation selon laquelle ils sont utilisés à des fins politiques, de "clientélisme".

Lutter contre les monopoles et la vie chère

Ces situations grèvent le budget de nos concitoyens, des collectivités et de l’Etat.

En février 2016, j’ai attiré l’attention du ministre de l’Economie, de l’Industrie et du numérique, Monsieur Emmanuel MACRON, sur la politique tarifaire menée par les trois compagnies aériennes qui relient l’Hexagone et La Réunion sur le constat d’une hausse des tarifs de chacune de ces compagnies dans le même laps de temps alors même que le prix du carburant avait chuté.

Lors de son allocution en Guyane, le Président de la République a très justement rappelé son attachement à : " une politique de concurrence beaucoup plus vigilante pour les monopoles dans chacun de nos territoires ", avant d'indiquer " ce sera aussi ce que nous ferons pour les compagnies aériennes et leur politique tarifaire ".

L'ère de l'adaptation

La loi EROM avait consacré pour les collectivités ultramarines la possibilité de recourir aux habilitations, expérimentations et adaptations dans le cadre des plans de convergence, afin d’adapter des dispositions législatives et réglementaires aux spécificités et aux réalités géographique et démographique des territoires.

Mais demeurait la disposition de l’alinéa 5 de l’article 73 de la Constitution (ou amendement Virapoullé) qui interdit à La Réunion l'habilitation législative.
Le Président Macron a indiqué à ce sujet être prêt à rouvrir les débats, à revenir dessus et à le porter avec les élus.

Depuis la création du LPA en 2012, nous avons inscrit dans les règles d'or de notre mouvement, la reconnaissance des spécificités locales. Cette vision politique s'oppose de façon claire à l'alinéa 5 de l'article 73 de la Constitution.

Je considère pour ma part, que le plus important, est de permettre l’adaptation afin de déverrouiller nos scléroses, de lever des obstacles jusqu’ici impossibles à éviter et ce afin de servir la production locale.

Sur ce sujet, le Président de Région devra clarifier sa position contradictoire. Pour rappel, lors des élections régionales de 2015, il promettait aux entreprises locales une baisse de l'impôt sur les sociétés à 15 %. Cette adaptation n'est pas de son recours aujourd'hui mais pire, elle n'est absolument pas envisageable avec l'amendement Virapoullé. L'esprit de la demande d’expérimentation et/ou d'adaptation est simplement contraire à cet alinéa gravé dans le marbre de la Constitution en France.


Thierry ROBERT

   

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