Tribune libre de Jean-Yves Langenier :

"Vertueux" ? Vous avez dit "vertueux"?


Publié / Actualisé
La dernière réunion du conseil municipal du Port a été marquée par la présentation des différents bilans budgétaires de l'année 2017 que l'on appelle les comptes administratifs de la Ville et ensuite par l'information donnée de la sortie de la commune du dernier des emprunts dits "toxiques" contractés avant 2008.
La dernière réunion du conseil municipal du Port a été marquée par la présentation des différents bilans budgétaires de l'année 2017 que l'on appelle les comptes administratifs de la Ville et ensuite par l'information donnée de la sortie de la commune du dernier des emprunts dits "toxiques" contractés avant 2008.

Cela a donné au Maire l’occasion d’afficher sa satisfaction d’être dans “une situation... favorable pour envisager l’avenir” et d’être sur “un cercle vertueux”, ce qui laisse entendre qu’auparavant ce n’était pas le cas et que la gestion des finances de la commune laissait à désirer. L’élu qui n’a pas cessé de déplorer “40 années d’inertie” avant la date de son élection reste égal à lui-même.

Sans vouloir faire une critique des 4 ans de son mandat, je voudrais parler de la stratégie financière avant 2014 qui a été à la base du développement de la Ville du Port considéré par beaucoup à l’époque comme exemplaire.

Dans la seconde moitié du siècle dernier, la Commune du Port accusait des retards importants en matière de développement. C’était au Port qu’on comptait le plus de bidonvilles dont celui, célèbre, du Cœur Saignant ; l’électricité et l’eau potable à domicile étaient un luxe inaccessible pour une grande majorité de Portoises et de Portois ; ne parlons pas des écoles qui étaient des baraquements ne protégeant les enfants ni du vent, ni de la poussière ni de la pluie....On pourrait continuer cette énumération tant les problèmes de la grande pauvreté se posaient avec acuité dans notre ville.

Il a fallu trouver les moyens financiers pour investir dans l’objectif de satisfaire les besoins élémentaires de la population. Pour dégager les financements nécessaires, on pouvait soit faire appel à l’emprunt soit augmenter l’impôt. Le choix de la municipalité a été de privilégier l’emprunt, tout en contenant l’impôt sur les ménages pour ne pas toucher au pouvoir d’achat des familles.

Beaucoup d’emprunts ont ainsi été contractés par la commune du Port avec la plupart des banques. Ainsi une politique de grands travaux s’est déployée sur le territoire communal : les bidonvilles ont fait place aux différentes opérations de RHI ; la corvée “charoy do lo dann ferblan” est passée au rang des vieux souvenirs, puisque l’alimentation en eau potable assurée toute l’année est devenue progressivement réalité ; les enfants sont scolarisés dans des établissements dignes de ce nom et pour la plupart proches de leur domicile, de la maternelle au collège, puis au lycée; des équipements sportifs, culturels et socio-culturels ont été également réalisés, ainsi que des opérations majeures comme le Mail de l'océan ou encore l'opération Ville et Port.

Notre ville bâtie sur la Plaine des galets est devenue une ville verte, culturelle, sportive ... sans compter l’un des plus gros chantiers pour assurer la sécurité de la ville : celui de la construction des ouvrages de l’endiguement de la rivière des Galets, dont la décision a été prise à la suite du passage sur l’île du cyclone Hyacinthe en 1980.

Ce dynamisme a été possible grâce à un recours important à l’emprunt. En 2009, la dette totale, l’encours comme on l’appelle, s’élève à 58,5 millions d'euros. Un encours élevé mais que les banques n’ont pas estimé anormal compte tenu des garanties financières et des capacités de remboursement de la collectivité.

En 2008, commence la grave crise financière qui va ébranler le monde entier et La Réunion ne sera pas épargnée. Pour notre part nous découvrons avec stupeur que cette crise dite des “subprimes” concerne directement Le Port car, parmi les emprunts que nous avions faits, il y a 4 prêts dits toxiques, c’est-à-dire des prêts pouvant générer des intérêts hors normes, susceptibles de grever lourdement les finances communales.

En 2009, sur les 58,5 M € d’encours on comptabilise 21 M € de prêts “toxiques” et c’est avec la seule banque Dexia que nous avions contracté ce type d’emprunts.
Dexia est un groupe bancaire né de l’alliance de deux banques connues pour leur politique de financement des collectivités : le Crédit Local de France (CLF) et le Crédit Communal de  Belgique (CCB). On doit a posteriori constater que la politique financière de Dexia a été loin d’être exemplaire et que nous avons été trompés par les dirigeants de Dexia qui, sans doute motivés par la recherche de profits, ont entraîné de nombreuses collectivités, à La Réunion, en France et dans d’autres pays, dans des situations calamiteuses.

Pour la Ville du Port, cette situation s’est, de plus, aggravée par la réduction des dotations de l’État et également par la réforme de la fiscalité qui a privé la commune de la taxe professionnelle payée par les entreprises et qui représentait la recette fiscale la plus importante et de loin.

On doit dire que, si la collectivité s’est engagée sur un "cercle vertueux" dans le nouveau contexte financier, c’est bien avant 2017.

En effet, entre 2009 et 2013, 3 des 4 emprunts dits toxiques ont été renégociés et remplacés par des emprunts sécurisés, grâce à notre action. Sur la même période, la dette de la commune est passée de 58,5 M € à 50,1 M €, soit un remboursement de 8,4 M € de la dette.

L’actuelle équipe municipale n’a fait que poursuivre dans la voie ouverte par ses prédécesseurs, comme elle nous a habitués d’ailleurs à le faire, sans le dire, dans d’autres champs d’action de la collectivité.

Au lieu de “cercle vertueux”, formule utilisée par le Maire pour qualifier le résultat de son travail, j’aurais tendance à dire, à la lecture de faits divers concernant certains de ses proches, que la municipalité portoise est engagée dans une spirale qui n'a rien de vertueux.

Jean-Yves Langenier
Maire du Port de 1994 à 2014

   

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