Tribune libre de Jacques Rivière :

Quand la démocratie conduit à la dictature


Publié / Actualisé
La démocratie moderne est fondée sur le mandat donné par la majorité des citoyens votant à des représentants élus. C'est certainement le moins mauvais système de conduite des affaires publiques. Il peut certes être amélioré par une plus grande participation populaire, le référendum local ou les sondages sérieux en sont les exemples quelque peu négligés souvent. Les relais proposés par le tissu associatif et syndical complètent ces possibilités d'expression. Et peut-être pourrait-on aller plus loin sur l'exigence de l'obligation de résultat de nos mandataires élus. Un homme un mandat oui, mais pourquoi pas aussi un homme un mandat non renouvelable? Coup dure au clientélisme..
La démocratie moderne est fondée sur le mandat donné par la majorité des citoyens votant à des représentants élus. C'est certainement le moins mauvais système de conduite des affaires publiques. Il peut certes être amélioré par une plus grande participation populaire, le référendum local ou les sondages sérieux en sont les exemples quelque peu négligés souvent. Les relais proposés par le tissu associatif et syndical complètent ces possibilités d'expression. Et peut-être pourrait-on aller plus loin sur l'exigence de l'obligation de résultat de nos mandataires élus. Un homme un mandat oui, mais pourquoi pas aussi un homme un mandat non renouvelable? Coup dure au clientélisme..

Mais crier que le pouvoir s’exerce par le peuple, revient à autoriser le port d’arme dans la rue. La démocratie directe usitée dans l’antiquité, est impensable pour des raisons de bon sens liées au résultat cacophonique que cela engendre, et compte tenu de la complexité des problématiques d’aujourd’hui. Il ne suffit pas de prendre aux riches pour donner aux pauvres. Le mythe de Robin des Bois..

La démocratie quand on la dénature conduit à la dictature. Quand des manipulateurs, animés des meilleures intentions, enfument une population exaspérée et désorientée par des promesses de jours facilement meilleurs mais après le sacrifice du chaos collectif, ce n’est pas pour partager le pouvoir avec leurs supporters. L’histoire de l’humanité nous l’a montré trop souvent. La gravité ici est évidemment moins caricaturale mais le processus lui est bizarrement similaire. Cette stratégie des agitateurs minoritaires dans les urnes et archaïques dans les idées, est dangereuse car ces derniers jouent leur va-tout et savent qu’après l’extinction du mouvement ils retrouveront leur
hibernation léthargique. Ya plus de paillotttes..

Les pouvoirs publics ne peuvent pas décider du jour au lendemain d’augmenter les petites retraites, le Smic, baisser les charges patronales et sociales, baisser les prix qui sont effectivement librement fixés par des commerçants, mais quand même acceptés depuis (trop) longtemps par des consommateurs addicts du dernier I phone. Par contre, ils peuvent empêcher que la concurrence soit faussée, que des abus restent impunis, et qu’un accompagnement financier soit apporté pour des gens qui bossent, veulent ou ont bossé, créent de l’emploi, et prennent des risques dans un contexte
d’éloignement et d’insularité. Ok les mesures d’urgence récentes sont insatisfaisantes, tardives et insuffisantes. A partir de là on fait quoi ? Statu quo ? La vocation des blocages c’est de manifester sa désapprobation et la pugnacité de ses convictions mais pas la destruction collective de ceux-là même qu’on veut défendre ? C’est illogique. Marmailles les gilets jaunes ont déjà gagné ! D’abord la reconnaissance de la légitimité du mouvement, ensuite le respect de la force de l’unité réunionnaise pourtant fragile, car mise généralement à mal par les corporatismes, les égoïsmes, la cupidité et la bêtise qui sont le cancer de nos sociétés. La flamme est rallumée à cet endroit et il faut la cultiver : cette unité retrouvée c’est l’âme créole unique en ce monde. Respect aussi pour avoir obligé deux collectivités et un gouvernement à accepter de revoir les causes des dysfonctionnements de notre système insulaire. Et Mme Girardin, à qui il faut rendre hommage pour son énergie et son courage, peut-être parce que c’est une ultra marine insulaire, a eu raison de dire qu’on est au début de ce travail. Notre rôle de citoyens est aussi et d’abord de changer nos comportements en participant d’avantage à la vie publique et citoyenne, en évitant de redevenir que des consommateurs esclaves et béats. C’est de notre faute s’il y a une grande surface qui fleurit tous les quatre matins à chaque coin de rue. Ne l’oubliez pas. Notre devoir de citoyen c’est également d’arrêter de sur critiquer nos représentants car on a les élus qu’on mérite ! Du coup cette implication revendiquée devrait produire une meilleure vigilance et un contrôle renforcé de l’action des mêmes pouvoirs publics. Allons écouter les délibérations des conseils municipaux, départemental ou régional quand ils siègent ; adhérons aux associations qui militent pour la vie citoyenne et solidaire. Dans un cadre pacifié marquons notre présence dans le débat.

Quant à nos édiles de tous bords, ils ne sortent pas grandis. Fallait-il donc en arriver à là pour obtenir une zone franche globale demandée depuis des années , pour un jour en finir avec ce système colonial de distribution et de commercialisation ? Pour réajuster l’incohérence entre le niveau des prix exorbitants et les rémunérations modestes ? Pour éradiquer cet infernal chômage de masse ? Je pense que nos élus n’ont jamais eu un sentiment aussi fort d’impuissance, d’inefficacité et paradoxalement d’injustice à leur égard car bon nombre se démènent malgré tout dans une époque bien difficile. C’est pour cela qu’ils devraient favoriser l’intégration des volontaires qui émaneront du mouvement GJ.

En entendant des auditeurs GJ dire à l’antenne que le peuple avait faim, je me suis remémoré cette scène qui m’aura marqué à jamais Il y a quelques années dans un Zuma de Tamatave où une petite fille en haillons d’environ 7 ans avec sa petite sœur dans les bras, m’avait interpellé pour me vendre de la tisane. Et un peu plus loin quelques minutes après je devenais témoin d’un marchandage entre des touristes réunionnais ( !) et la vendeuse, pour gagner 50 cents sur un produit artisanal vendu vraisemblablement autour de 1€ ( en monnaie malgache)…

Jacques Rivière

   

1 Commentaire(s)

Pascal Rey, Posté
Je partage complètement votre point de vue. Oui à plus d'écoute multilatérale de nos élus et de participation citoyenne mais ne tombez pas dans un autoritarisme sous couvert de représentativité du peuple auto proclamée.