Courrier des lecteurs de Philippe Azema :

Ce sont bien les inégalités qui sont au coeur de la mobilisation des gilets jaunes


Publié / Actualisé
" Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs " (Déclaration des droits de 1793). C'est ainsi que les révolutionnaires légitimaient l'action populaire du 10 août 1792 ayant mis fin à la monarchie. Macron serait bien inspiré de relire avec attention ce texte qui met en avant la notion d'égalité entre citoyens devant celle de liberté ou celle de propriété. Ce sont bien en effet les inégalités qui sont au coeur de la mobilisation des gilets jaunes.
" Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs " (Déclaration des droits de 1793). C'est ainsi que les révolutionnaires légitimaient l'action populaire du 10 août 1792 ayant mis fin à la monarchie. Macron serait bien inspiré de relire avec attention ce texte qui met en avant la notion d'égalité entre citoyens devant celle de liberté ou celle de propriété. Ce sont bien en effet les inégalités qui sont au coeur de la mobilisation des gilets jaunes.

Inégalité devant l'impôt : la pression fiscale est d'autant plus forte que les revenus sont faibles. Les impôts indirects (taxes, TVA, octroi de mer...) ne sont pas progressifs et frappent de la même façon un travailleur au SMIC qu'un patron du CAC 40.

Le cœur de l'injustice fiscale se situe là, dans le fait que l'impôt sur le revenu, dont les tranches ont été rognées, ne représente plus que le quart des recettes de l'Etat. Dans le fait également que l'ensemble des prélèvements sur les hauts revenus se sont affaissés. C'est ainsi que l'impôt sur les société a reculé de 10,5% en une année, que la quasi suppression de l'ISF a coûté près de 4 milliards au budget sur la même période.

De plus les ressources de l'Etat ont été asséchées pour financer les 38 milliards de CICE cette année. De fait, la taxation accrue des carburants a pour effet de faire porter l'effort fiscal sur les travailleurs, les pauvres pour financer les cadeaux fiscaux faits aux plus riches.

L'injustice fiscale devient insupportable

La réduction des ressources mène à dégrader la qualité des services publics, la santé en particulier crie misère, mais également l'éducation, les transports publics...
Les travailleurs sont donc condamnés à une double peine : ils paient davantage d'impôts indirects mais reçoivent moins de services publics en retour. L'injustice fiscale devient insupportable.

C'est pour essayer malgré l'évidence de la faire accepter que Macron a tenté de faire passer la nouvelle taxe sur les carburants en la maquillant sous un discours écologique. 
Soudainement, le gouvernement qui avait réussi à écoeurer tout récemment N.Hulot, pourtant très bienveillant à l'égard du président de la République, ce gouvernement  qui récemment également privatisait pour mieux disloquer la SNCF, sans aucun souci écologique, qui persiste à promouvoir l'énergie nucléaire, découvre le respect de la nature et de l'environnement !

Ce vernis écolo ne fait pas illusion

C'est ainsi environ trois milliards d'euros prélevés dans la poche des travailleurs prisonniers de leur voiture individuelle pour aller sur leur lieu de travail. Dont un quart seulement aurait une fonction environnementale, l'essentiel tombant dans le budget général de l'Etat.

Ce vernis écolo ne fait pas illusion. C'est un député LREM, Mathieu Orphelin (Maine et Loire), proche de N.Hulot qui affirme dans son blog à propos des accords la COP que " ...la France ne respecte pas 8 des 9 engagements climatiques qu'elle s'est elle-même fixés... ". Dont acte.

Pour notre île, le désastre écologique vient creuser le désastre social : 2 milliards d'euros dépensés pour la NRL au détriment d'un transport en commun propre et efficace, somme qui pèse sur le budget  de chaque travailleur réunionnais, sans création d'emplois significative (environ 500).

Choix dicté par des considérations politiciennes de bas étage qui disqualifie définitivement ceux et celles qui l'ont porté. Choix qui emprisonne les Réunionnais dans leur voiture, choix qui multiplie les camions sur nos routes, sans oublier les dégradations de l'environnement liée aux carrières. Comment croire une seule seconde aux protestations écologiques des taxeurs de l'Etat ou des collectivités ?

Les Gilets jaunes ont posé la question de la démocratie

Comment ne pas comprendre que ce choix a mobilisé d'énormes ressources qui auraient été mieux employées à développer l'emploi local et sortir notre île de l'ornière de la dépendance ?
Les sarzèr dlo qui tout d'un coup veulent imposer aux travailleurs le coût d'une pseudo transition écologique devraient d'abord " balayer devant leur porte ".

Il est donc bien normal que ces menteurs soient aujourd'hui remis en cause par le mouvement des gilets jaunes. Ceux-ci ont posé de manière très directe, très concrète la question de la démocratie : l'usage des réseaux sociaux, le refus des récupérations, la volonté de la publicité des négociations qui devraient être télévisées en direct, la foule de réflexion sur les institutions, le rôle des élus, la fonction des référendums, tout cela constitue un formidable creuset de réflexion sur ce que devrait être une démocratie authentique.

Non représentatives socialement des électeurs

Le modèle dit " républicain " où l'expression du citoyen se réduit à voter de temps en temps pour ensuite être oublié, dédaigné, est vécu comme une insulte des possédants, des riches, contre les travailleurs, contre le peuple. Combien trouve-t-on d'ouvriers, d'employés à l'Assemblée nationale ? Moins d'une dizaine. Quelle représentativité a cette assemblée   dont l'écrasante majorité n'a pas la moindre idée de ce que c'est que vivre avec 1200 euros de salaire ou 450 de RSA ? Les Gilets jaunes contestent la représentativité des institutions parce qu'en effet, elles ne sont pas représentatives socialement des électeurs.

Les syndicats n'échappent pas à la crise de confiance

Le fonctionnement des institutions est ressenti comme complètement extérieur à la vie quotidienne de l'immense majorité des électeurs dont une bonne partie s'est désormais écarté des urnes (84,4% d'abstentions à la récente élection législative de la 7e circonscription , à la Réunion, en Septembre 2018 ). Avec une suffisance incroyable, les petits marquis de la Vème république ne manquent pas d'ailleurs de leur reprocher cette abstention.

Cette désaffection des institutions touche également les organisations syndicales souvent vivement contestées sur les barrages des gilets jaunes. Cette crise de confiance à leur encontre est liée à des dizaines d'années d'orientations qui ont imposé des formes d'action peu efficaces, (journées d'action à répétition, sans succès d'envergure, qui aurait permis une réelle amélioration des conditions de travail et des salaires).

L'Histoire ne repasse pas les plats

La présence de ces organisations à la préfecture pour rencontrer Girardin, dans le dos des Gilets jaunes, par obsession de la négociation, n'a pu que creuser le fossé entre les manifestants et ces syndicalistes de couloir.
Il n'est pourtant pas trop tard pour redresser la barre : un appel explicite du mouvement syndical à soutenir les gilets jaunes assorti d'un appel à mobilisation des salariés contre la vie chère, pour la hausse des salaires, sous forme d'une grève générale ne serait-ce que d'une journée pourrait " sauver la donne ", pourrait replacer le mouvement syndical dans une authentique dynamique de lutte. Mais il ne faut pas attendre, " l'histoire ne repasse pas les plats ! ".

Macron a perdu une bataille

Le recul assez piteux d'Edouard Philippe à l'assemblée le 5 décembre est une victoire partielle certes mais réelle. Pour la première fois depuis dix-huit mois malgré toute son arrogance et son mépris, Macron a perdu une bataille. Mais ceci n'a été possible que par l'utilisation d'une forme d'action particulièrement radicale, inscrite dans la durée. Même les affrontements violents, la plupart à l'origine des forces de l'ordre, comme à la Possession la semaine dernière ou aux Champs Elysées n'ont pas découragé les manifestants.

C'est une vraie leçon grandeur nature sur la manière de se mobiliser, d'agir pour gagner sur une revendication.
C'est comme un écho des mouvements populaires de la Révolution française pour qui le mot insurrection avait valeur de constitution.


 

   

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