Tribune libre de Christelle Lallemand & Laurent Bridier :

Protéger la Santé et le Modèle vertueux des Réunionnais


Publié / Actualisé
Madame La Ministre des Outre-Mer,

Lors de vos voeux en Janvier 2019, vous avez déclaré avoir 5 objectifs pour l'Outre-Mer : " zéro Dechet, zéro Carbone, zéro Intrant chimique, zéro Exclusion, zéro vulnérabilité ". Les Réunionnais-es responsables et conscients de l'urgence écologique souhaitent attirer votre attention sur trois points essentiels : l'incinérateur de déchets-CSR (appelé Unité de Valorisation Energétique ou UVE), l'autonomie énergétique durable et la pollution de notre environnement et de notre alimentation par les pesticides.
Madame La Ministre des Outre-Mer,

Lors de vos voeux en Janvier 2019, vous avez déclaré avoir 5 objectifs pour l'Outre-Mer : " zéro Dechet, zéro Carbone, zéro Intrant chimique, zéro Exclusion, zéro vulnérabilité ". Les Réunionnais-es responsables et conscients de l'urgence écologique souhaitent attirer votre attention sur trois points essentiels : l'incinérateur de déchets-CSR (appelé Unité de Valorisation Energétique ou UVE), l'autonomie énergétique durable et la pollution de notre environnement et de notre alimentation par les pesticides.

Brûler nos déchets c’est brûler nos ressources et nos chances de créer des emplois dans une Économie Circulaire

Concernant l’incinérateur de déchets-CSR, il faut d’abord rappeler que nous ne sommes pas opposés au développement d’une filière de traitement durable des déchets ultimes mais à deux conditions : qu’il ne soit pas produit à partir de déchets qui seraient encore recyclables (non garanti par le Tri Mécano-Biologique ou TMB) et que sa transformation en énergie/électricité ne produise pas de déchets toxiques et/ou dangereux (cas des chaudières de combustion CSR). En résumé, que cette installation de traitement soit conforme aux 5 objectifs annoncés dont le 0 Déchet et le 0 Carbone.

Or il apparaît que la combustion de déchets-CSR dans un incinérateur, même à vocation énergétique, loin d’être le nouvel Eldorado du Traitement des déchets, est en réalité un retour en arrière aux conséquences désastreuses sur le plan sanitaire (émissions de dioxines, métaux lourds, furanes…), environnemental (4000 t de résidus d’épuration de fumées ou REFIOM, 30 000 t de Mâchefers) et économique (30 emplois pour un investissement de 404 Millions d’euros !).

Non seulement La Réunion risque de devenir la poubelle de l’Océan Indien lorsqu’il faudra compenser le manque à gagner de l’industriel exploitant l’incinérateur dû à une réduction des déchets produits mais c’est aussi un très mauvais signal envoyé à la population : " plus la peine de trier les plastiques/papiers-cartons/bois : on brûle tout ! ", réduisant à néant les efforts de changement des comportements.

A cela s’ajoutent d’inquiétantes incertitudes techniques et financières. Incertitudes sur le tri réalisé en amont de l’incinérateur (TMB peu performant), sur la qualité du CSR (on parle de boues de STEP qui pourraient être également brûlées), sur la gestion des REFIOM (export coûteux ou construction d’une installation classée de stockage de résidus dangereux très peu adaptée aux conditions géologiques de La Réunion ? Même Le Président d’ILEVA a affirmé par voie de presse qu’il n’a, à ce jour, aucune réponse !).

Incertitudes financières car le remboursement de l’emprunt de 190 Millions € sur 30 ans soit plus de 530 000 € par mois est basé sur une recette prévisionnelle annuelle de 14 M€ soumise à l’autorisation de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE), autorisation toujours en suspens à ce jour. Le Président de la CRE avait d’ailleurs conseillé au Président d’ILEVA de ne pas signer ce marché de construction-exploitation-maintenance (sic) puisque cet incinérateur énergétique n’était pas prévu dans la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) 2019-2028 et que les fonds FEDER qu’espérait ILEVA (37 M€) risquaient fortement d’être remis en cause.

En effet, La Région Réunion a depuis Janvier 2018 annoncé sa volonté de mettre en place un scénario de Réduction / Réemploi /Recyclage appelé " Plan 0Déchet ", conformément à votre 1er objectif. En outre, cet Incinérateur CSR bénéficie en Outre-Mer d’exemptions voulues par le Gouvernement puisqu’il est prévu en France Hexagonale soit pour des besoins industriels spécifiques (cimenteries) soit en cogénération Électricité+Chaleur alors qu’à La Réunion il ne servirait uniquement à produire de l’électricité, remettant encore plus en question le modèle économique (3 fois le prix de rachat hexagonal).

Développer les Énergies renouvelables : des emplois à forte valeur ajoutée et une lutte active contre le Réchauffement climatique.

En ce qui concerne l’autonomie énergétique, l’objectif ‘100%ENR’ d’Énergies Renouvelables
(Solaire, Énergies Marines Renouvelables/Éolien Flottant, Stockage hydraulique…) en 2030 affiché dans le projet PPE Réunion 2019-2028 ne prévoit pas d’énergie produite à partir de déchets qui ne représenterait, de toute façon, qu’une très faible part (3 %) de la consommation annuelle de la population.

Qui plus est, la transition vers un modèle énergétique durable ne s’applique pas totalement sur notre petit territoire insulaire puisque la sortie du Charbon prévue en France Hexagonale bénéficie encore en Outre-Mer d’une exemption ! Pourquoi ? Nous, habitants de cette île verte, demandons à ce que cette interdiction pour 2022 soit effective également en Outre-Mer. Pensez-vous réellement que la santé des habitants et leurs efforts en matière de comportement citoyen respectueux de leur environnement ne méritent pas, comme en France Hexagonale, des mesures fortes anticipant, encore plus sur un territoire vulnérable et dépendant comme le nôtre, la fin du fossile (objectif ‘0 Carbone’) ?

Le Modèle de l’Agro-écologie : des emplois durables et une alimentation saine

Enfin, l’agriculture biologique connaît chez nous un essor extraordinaire malgré les nombreuses difficultés notamment en termes de débouchés. Pour donner un exemple, un agriculteur BIO qui élève des poules pondeuses ne peut vendre ses oeufs BIO dans un magasin s’ils n’ont pas été " calibrés ", ce qui nécessite un système de conditionnement que la plupart ne peuvent s’offrir. Seule la vente à domicile, sur le lieu de production, permet de s’affranchir de cette contrainte bloquante.

Or à La Réunion plus de 160 demandes de conversion du conventionnel vers le BIO ont été recensées en 2018, chiffre qui augmente d’année en année. Dans ce contexte, la mesure gouvernementale de report de l’interdiction du glyphosate, classé cancérigène probable par l’OMS, nous paraît en contradiction totale avec les efforts des agriculteurs responsables et la demande de citoyens réunionnais et ultra-marins soucieux d’une alimentation saine.

Comme pour les Déchets et l’Énergie, nous sommes fermement persuadés que La Réunion, classée 2ème Région française en terme de quantité de glyphosate par habitant selon une étude récente – triste record !, a la capacité de proposer un autre modèle durable basé sur le respects des sols, de la terre nourricière, de la diversification des cultures, de l’agro-écologie en général et de la permaculture en particulier.
Partout, sur notre petit territoire, des initiatives en ce sens voient le jour et des rayons entiers de BIO ‘Péi’ commencent à émerger, suivant ainsi une tendance forte de " consom’acteurs " qui ne s’arrêtera pas. Mais nous pouvons gagner du temps et éviter des pathologies telles que la maladie de Parkinson voire des décès prématurés.

L’État n’aurait-il pas tiré les leçons du Chlordécone, lui aussi classé cancérigène probable, et qui a ravagé et ravagera encore pour plusieurs générations voire plusieurs siècles, la terre martiniquaise et la santé de ces habitants ? Génération Écologie Réunion demande la mise en place d’un véritable plan d’actions concrètes pour sortir des pesticides et du glyphosate en particulier.

L’heure est venue pour La Réunion de se tourner vers un modèle durable : il est encore temps pour le Gouvernement de revoir sa copie et de nous accompagner dans cette démarche vertueuse que vous appelez de vos voeux (objectif ‘0Intrant chimique’). Vous affirmiez, lors de la crise suite au mouvement des Gilets Jaunes, que " La Réunion est le territoire le plus inégalitaire de France ". N’est-il pas temps de mettre fin aux exceptions qui sous prétexte d’insularité et de marché restreint, conduisent notre territoire à un moins-disant social, économique et environnemental, au détriment de la Santé des Réunionnais-es ?

Madame La Ministre des Outre-Mer, les Réunionnais-es responsables et conscients vous le demandent solennellement : faites passer l’intérêt général avant les Lobbys de l’Incinération, du Pétrole ou des Pesticides. Il en va de la crédibilité même de ce gouvernement et, au-delà, de l’avenir durable de La Réunion, des Réunionnais-es, de leurs emplois, de leur cadre de vie et de leur Santé.


Christelle LALLEMAND & Laurent BRIDIER co-délégués départementaux Génération Écologie
Réunion
 

   

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