Tribune libre de la députée Nadia Ramassamy :

Ces défis auxquelles l'Union Européenne devra répondre


Publié / Actualisé
"Refonder l'Europe pour la sauver", "L'Europe que nous voulons", "Pour une Europe sociale", "Plaidoyer pour l'Europe", "Réenchanter l'Europe"... A l'approche des élections pour le parlement européen du 26 mai prochain où nous serons amenés à désigner nos 79 eurodéputés, on ne compte plus les tribunes sur l'Europe, tant les enjeux sont cruciaux pour l'avenir politique et historique de notre continent. (Photo d'illustration RB/www.ipreunion.com)
"Refonder l'Europe pour la sauver", "L'Europe que nous voulons", "Pour une Europe sociale", "Plaidoyer pour l'Europe", "Réenchanter l'Europe"... A l'approche des élections pour le parlement européen du 26 mai prochain où nous serons amenés à désigner nos 79 eurodéputés, on ne compte plus les tribunes sur l'Europe, tant les enjeux sont cruciaux pour l'avenir politique et historique de notre continent. (Photo d'illustration RB/www.ipreunion.com)

Prudence et ambiance de fin de règne en Allemagne avec la chancelière Angela Merkel, incertitudes et confusions autour du Royaume-Uni avec le Brexit, interrogations sur l’Italie avec une majorité gouvernementale fragile et populiste, craintes sur l’Europe centrale avec la vague illibérale, et la toile de fonds des élections législatives dans une Espagne toujours travaillée par la question catalane...

Pour des raisons de politiques intérieures ou d’instrumentalisation de l’Europe à des fins électorales, force est de constater que la coopération entre les États membres manque de souffle, de dynamisme et n’avance plus. Du côté de la Commission européenne, le sentiment qui domine chez les citoyens européens est celui d’une institution tatillonne, bureaucratique, désincarnée, hors sol, technocratique et éloignée de leurs préoccupations quotidiennes qui, de règlements en directives fait de l’Europe sans voire contre les peuples.

Et pourtant, les défis auxquels doit faire face l’Union européenne sont immenses.

Le défi démographique : comment conjuguer harmoniser nos politiques d’asile et d’immigration entre fermeté et humanité ?
Le défi écologique : comment construire à 27 une politique énergétique cohérente et ambitieuse ?
Le défi diplomatique : comment défendre nos intérêts et répondre collectivement à l’ingérence économique de la Chine et des États-Unis, entre le plagiat technologique de Pékin avec les Nouvelles routes de la soie et l’extraterritorialité du droit de Washington ?
Le défi stratégique : Comment approfondir une coopération opérationnelle et industrielle dans le domaine de la défense sans dépendre des États-Unis ?
Le défi géopolitique : comment endiguer la fracture politique est-ouest et sociale nord-sud au sein de l’Union ?
Le défi numérique : comment parler au XXIe siècle de souveraineté sans avoir des GAFA européens ?
Le défi technologique : l’Europe se dotera-t-elle des talents de chacun de ses membres pour être un leader dans l’intelligence artificielle ?
Le défi industriel : l’archipel Europe regardera-t-elle vers ses territoires ultramarins pour assurer une relative autonomie dans la production des métaux rares ?
Le défi social : comment procéder à une convergence sociale vers le haut ?
Enfin, le défi de l’identité et de la citoyenneté: comment passer d’une Europe en soi à une Europe pour soi ?

Ces défis actuels et futurs touchent le cœur du destin de nos concitoyens et ils ne pourront être surmontés sans écrire un nouveau chapitre. Depuis trop de temps, les dirigeants européens évoquent le " sommet de la dernière chance " et donnent l’image d’une institution guidée par un instinct de survie afin d’éviter sa fragmentation.

Depuis trop longtemps, notre continent fait preuve de naïveté vis-à-vis des autres grandes puissances. Depuis trop longtemps, nous n’avions pas eu assez d’ambition pour l’Europe car nous n’en avions pas pour la France. Ainsi, pour renforcer la souveraineté et la puissance de l’Europe, je propose d’accroitre le recours à l’euro dans les transactions internationales. Aussi, ne soyons pas naïfs, toutes les grandes puissances se protègent. L’Europe doit faire de même et dresser une liste de secteurs stratégiques (défense, ressources naturelles, énergie, terres arables...) où l’Union européenne pourra mettre un véto à des investissements étrangers.

Ensuite, il convient de remettre les citoyens au cœur du projet européen. Ainsi, je propose de rapprocher le parlement européen des parlements nationaux en les réunissant désormais quatre fois par an pour débattre les migrations, la gouvernance de l'euro, la fiscalité et la politique étrangère. L’Europe est grande et diverse. Chaque territoire doit pouvoir s’épanouir et être représenté à Bruxelles. Je propose donc le retour des listes régionales pour les prochaines élections européennes en 2024.

Aussi, le fonctionnement des institutions européennes doit gagner en transparence. Ainsi, je propose l’organisation d’un débat et d’un vote au Parlement européen en amont des réunions du Conseil européen et sur le projet de conclusions issu du Conseil. La démocratie représentative est un pilier fondamental de nos sociétés libérales. Les eurodéputés sont des élus du peuple européen, leur rôle de contrôle de la Commission doit se renforcer tout comme leur capacité législative. Ils doivent par conséquent disposer de l’initiative des lois. Toutes ces mesures ne concernent pas uniquement Bruxelles, car sans l’Union européenne, la France seule, ne peut répondre à ces défis. Mais sans la France, l’UE ne peut y répondre. 

Si le projet européen n’avance plus c’est parce que la France, isolée et muette, n’est plus la force motrice du continent. L’UE est une confédération d’État nation, elle n’est que le résultat de ce que ses États membres veulent en faire. Le projet européen est ancré dans l’ADN de notre pays et c’est uniquement au coeur de ce projet que l’on pourra agir efficacement et utilement dans la défense de nos intérêts.

Utilisons l’Europe comme un démultiplicateur de puissance et non comme le coupable de tous nos maux. L’Union européenne est trop précieuse pour la paix et trop sérieuse pour notre destin, que l’on ne peut la laisser à l’instrumentalisation de ceux qui prétendent défendre les peuples mais qui les vassalisent.

L’extrême gauche? Elle a voté contre le mécanisme de filtrage des investissements étrangers dans l’Union européenne. L’extrême droite ? Elle s’est abstenue sur l’octroi par Bruxelles à Pékin de son statut d’économie de marché.

Ceux-là veulent miner l’Europe, alors qu’il convient de la changer. Puissante, stratège, efficace et concrète, une autre Europe est possible. Et c’est cette qui Europe-là qui peut peser dans les affaires du monde et défendre son modèle politique et sociale libérale, démocratique, humaniste et reposant sur la force de l’état de droit. Est-elle réalisable? La réponse ne dépend que des Européens et donc de chacun d'entre nous.

Nadia Ramassamy

   

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