Tribune libre de Bruno Bourgeon :

Les nouveaux modèles climatiques pointent +5°C


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Les modèles du climat s'améliorent. Mais la tendance qu'ils font apparaître inquiète : en cas de doublement de la concentration de CO2 dans l'atmosphère, le réchauffement sera plus important qu'on ne le prévoyait. (Photo d'illustration : RB/Imaz Press Réunion)
Les modèles du climat s'améliorent. Mais la tendance qu'ils font apparaître inquiète : en cas de doublement de la concentration de CO2 dans l'atmosphère, le réchauffement sera plus important qu'on ne le prévoyait. (Photo d'illustration : RB/Imaz Press Réunion)

En 1896, le Suédois Svante Arrhenius estimait qu’un doublement de la teneur de l’atmosphère en CO2 accroîtrait les températures de l’ordre de 5-6 °C selon les latitudes. Cette hypothèse du doublement du CO2 (d’ici 3.000 ans pour Arrhenius, au rythme de son temps) est devenue le fil conducteur des recherches sur l’évolution du climat et sa modélisation.

Dans les 5 rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publiés en 1990, 1995, 2001, 2007 et 2013, les fourchettes des prévisions à l’horizon 2100 ont évolué, toujours sous l’hypothèse du doublement : 2-5 °C ; 1-3,5 °C ; 1,4-5,8 °C ; 1,1-6,4 °C et 1,5-4,8 °C. Les incertitudes n’ont pas été réduites, et l’amélioration des prévisions ne pourra provenir que de manifestations plus explicites encore du changement climatique...

Les climatologues travaillent à partir de modèles, ces travaux de modélisation sont utilisés pour alimenter le GIEC. Le premier modèle date de 1950 (il a été testé sur le premier ordinateur existant, l’Eniac). À la date du 4e rapport, en 2007, le nombre de modèles indépendants utilisés par les laboratoires à travers le monde étaient de 23. Aujourd’hui, il existe une quarantaine de modèles, dont deux français. Soumis à une hausse de la concentration en CO2, tous ces modèles simulent un réchauffement. En revanche, l’amplitude de ce réchauffement varie selon les modèles, entre 2,5 °C et 4,5 °C pour un doublement de la concentration en CO2. Il y a des incertitudes, qui concernent les rétroactions climatiques, qui ne sont pas prises en compte de la même manière par les modèles. Les deux principales rétroactions sont liées à la vapeur d’eau (qui est un autre gaz à effet de serre) et aux nuages (surtout les nuages bas).

Au XIXème siècle, le taux de CO2 contenu dans l’atmosphère était d’environ 280 parties par million en volume (ppm). En 1958, lors des premières mesures effectuées sur le site de Mauna Loa, à Hawaï, il atteignait 315 ppm. Il est, le 12 mai 2019, de 415,4 ppm : + 100 ppm en 61 ans. Un record depuis que l’Humanité existe, bien avant les premières mesures qui datent de 1880. Et la croissance n’est pas linéaire, mais exponentielle : +3 ppm entre 2018 et 2019. A ce rythme, le doublement devrait survenir, sur un modèle linéaire, en 2067 : il surviendra bien avant. Et à +5°C, est-ce compatible avec la vie humaine sur Terre ? Si oui, à quel prix de décroissance démographique ? N’oublions pas, qu’au cours du Pliocène, il y a trois millions d’années, la température était de +3 à +4 °c par rapport à aujourd’hui, les arbres poussaient en Antarctique et le niveau océanique était de 15 m plus élevé que de nos jours. Évidemment on n’y arrivera pas, car la fonte des inlandsis prend du temps, mais on peut tabler sur 50 cm à 1 m selon les modèles, d’ici 2100. Et cela ne s’arrêtera pas à 2100, soyez-en sûrs.

Pour un doublement de la teneur en CO2 par rapport à l’époque préindustrielle, les résultats des travaux de modélisations les plus récents sont évoqués dans un numéro de la revue Science du 19 avril 2019. Jusqu’à présent, les modèles visaient un réchauffement entre 2 et 4,5 °C. Dans le cadre de la préparation du prochain rapport du GIEC, en 2021, les modèles développés par les centres de recherches américains, anglais, canadiens et français, les plus reconnus, conduisent à des résultats déconcertants : un réchauffement beaucoup plus sévère, atteignant au moins 5 °C.

Les résultats sont discutés, des scientifiques sont sceptiques, les modélisateurs eux-mêmes s’interrogent, mais la tendance est considérée comme bien réelle et définitive. Le pire serait-il sûr ? Un des modélisateurs, Andrew Gettelman, du National Center for Atmospheric Research, de Boulder, Colorado, semble le craindre : " L’aspect effrayant est que ces modélisations pourraient être pertinentes. "

Pendant ce temps-là, aux élections européennes, on ne parle que de La REM vs le RN, de migrations et du rôle de l’Europe… Dérisoire. L’enjeu n’est-il pas ailleurs ?

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID
Tiré de Michel Damian, Professeur émérite à l’Université de Grenoble-Alpes
Et de Futura-Sciences.com

 

   

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