Tribune libre du Comité des pêches :

Un monde de requins


Publié / Actualisé
Le Comité des pêches, par la voix de son Président Bertrand Baillif, souhaite réagir suite au communiqué de Madame Anaïs Patel, concernant la crise requin. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le Comité des pêches, par la voix de son Président Bertrand Baillif, souhaite réagir suite au communiqué de Madame Anaïs Patel, concernant la crise requin. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Le 21 mai 2019, une rencontre a bien eu lieu au CRPMEM de La Réunion entre Madame Patel et Monsieur Baillif. Bien que certains points de convergence aient été relevés au cours de cet entretien, Madame Patel a pris quelques libertés dans son communiqué, qui ne reflète pas la réalité des échanges qui ont eu lieu. Effectivement, la pêche artisanale se trouve aujourd’hui dans une situation délicate et les pêcheurs artisans font face à une chute significative et constante de leurs revenus. Il est également vrai que les pêcheurs souffrent (entre autres) de la déprédation des requins autour de nos côtes, et le Comité de Pêches ne serait pas opposé à un prélèvement réfléchi et mesuré des requins par les pêcheurs artisans professionnels qui leur permettrait de toucher un dédommagement pour les captures réalisées.

Cependant, le Comité des Pêches ne peut que s’étonner de ce communiqué qui résume de manière parcellaire et orientée cette rencontre, qui a pourtant été suivi d’un mail formalisant les échanges. Ainsi, le 22 mai, Monsieur Baillif écrivait à Madame Patel : "Concernant les possibilités de valorisation des requins pêchés, je demeure néanmoins plus réservé. En effet, des solutions visant à exporter les captures ou à essayer de valoriser des produits comme leur peau auraient une chance de se montrer rentables. Néanmoins, la commercialisation de la chair de requin à des fins de consommation par les Réunionnais n’a, selon moi, que peu de chances de se développer, car ce produit fait déjà l’objet d’une réelle désaffection de la part des consommateurs [...] Par ailleurs, les espèces comme le requin tigre et le requin bouledogue, qui seront principalement ciblées, sont des poissons dont la chair est d’une très mauvaise qualité, car notamment particulièrement malodorante, et donc presque impossible à consommer. "

Le mail précisait également " La mise en œuvre d’une politique de capture raisonnée et contrôlée, ciblant des espèces bien définies et fixant des quotas et des périodes de capture stricts, permettrait alors de définir un cadre indispensable à une approche durable du sujet. Politique qui devra bien entendu être accompagnée d’une formation des pêcheurs à une remise à l’eau des espèces non ciblée, dans les meilleures conditions. " Cette nuance, pourtant essentielle au respect de l’environnement marin, n’est malheureusement pas reprise dans le communiqué de Madame Patel.

C’est donc avec surprise que le Comité des Pêches a pris connaissance, dans la presse, du communiqué de Madame Patel qui présente " la reprise de la commercialisation de viande requin " comme étant une solution dûment soutenue par le Comité des Pêches ce qui n’est aucunement le cas. Les différents projets de mesures présentés dans le communiqué de Madame Patel n’appartiennent qu’à elle, et l’instrumentalisation de l’échange qui s’est tenu visant à légitimer les positions de Madame Patel par un " soutien " du CRPMEM semble plus relever d’une manœuvre politique, que Madame Patel, bien que récemment arrivée dans les sphères politiques, semble avoir intégré avec une précocité remarquable.

Comité des pêches

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !