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Réunion Pêche Australe demande l'arbitrage du président sur la pêche à la légine


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Réunion Pêche Australe demande l'arbitrage du Président de la République afin que les pêcheurs réunionnais ne soient pas exclus de la pêcherie de Légine, suite à la publication des nouveaux critères de sélection des armements par la Préfecture des TAAF. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Réunion Pêche Australe demande l'arbitrage du Président de la République afin que les pêcheurs réunionnais ne soient pas exclus de la pêcherie de Légine, suite à la publication des nouveaux critères de sélection des armements par la Préfecture des TAAF. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Réunion Pêche Australe (RPA), l’un des 5 armements français autorisés à la pêche à la légine par la préfecture des Terres Australes et Antarctiques françaises (TAAF) depuis 2016, fait part de sa plus totale incompréhension suite à la publication du plan de gestion 2019 – 2025 de la pêche à la légine australe sur le site de la préfecture des TAAF le 2 juillet dernier. Ce nouveau plan de gestion renforce encore les défauts du précédent, en dépit d’une mobilisation de nombreux parlementaires de La Réunion ainsi que des Présidents du Conseil régional et du Conseil départemental en faveur du projet de Réunion Pêche Australe.

S’il demeure en l’état, l’application de ce nouveau plan de gestion empêchera l’entrée de tout nouvel armement et entraînera l’exclusion définitive de Réunion Pêche Australe de cette pêcherie, ce qui serait contraire aux assurances qui lui avaient été données par l’Etat. Selon les nouveaux critères, donnant plus de poids encore à l’antériorité qu’auparavant, il lui serait impossible de dépasser la note éliminatoire de 10/20 pour faire partie des armements retenus. Réunion Pêche Australe maintient toutefois sa candidature et déposera un dossier de demande de quota à la Préfecture des TAAF dans les jours qui viennent, en comptant en dernier lieu sur l’arbitrage direct du Président de la République, pour réparer cette injustice qui pose en outre de sérieux problèmes au regard du respect de la concurrence.

Réunion Pêche Australe fait part de sa plus totale incompréhension suite à la publication du nouveau plan de gestion de la pêcherie à la légine par la préfecture des TAAF.

Lorsque, en 2017, l’Etat a décidé de lancer une réforme en profondeur du plan de gestion, il s’était donné trois objectifs clairs : " concilier l’exigence de stabilité et de visibilité des armateurs, l’exigence de concurrence effective et l’objectif d’améliorer les retombées de cette activité pour l’emploi et l’ensemble de la pêche de l’île de La Réunion ".

L’Etat avait ainsi fait le constat que la concurrence n’était pas assez marquée dans cette pêcherie, et que la pêche de La Réunion était la grande oubliée dans la distribution des droits de pêche à la légine.

Deux ans plus tard, voici que l’Etat adopte un nouveau plan de gestion qui tourne résolument le dos à ses objectifs initiaux : en même temps qu’il organise une protection jamais vue des quatre opérateurs " historiques " vis-à-vis de la concurrence, l’Etat met en place des critères qui aboutissent à exclure mécaniquement le seul armement 100% réunionnais actuel de cette pêcherie.

En effet, parmi les nombreuses barrières nouvellement érigées par l’Etat, le nouveau plan de gestion prévoit une note éliminatoire à l’étape de la sélection des dossiers. Or, il est impossible d’atteindre cette note si on n’est pas déjà présent dans la pêcherie, tout simplement parce que les critères notés se réfèrent pour l’essentiel aux résultats antérieurs dans la pêcherie à la légine.

" Le poids des critères d’antériorité dans ce nouveau plan de gestion est si important qu’il est impossible d’entrer dans cette pêcherie si on n’y est pas déjà, et même pour Réunion Pêche Australe, bénéficiant déjà d’une petite antériorité, il sera probablement impossible de garder sa place ", fait valoir Fabrice Minatchy, Directeur Général de Réunion Pêche Australe. " La mécanique est redoutable, et fait qu’aucun armateur ne pourra plus jamais entrer avec les critères qui sont mis en place. Ce d’autant qu’avant, il était possible de postuler chaque année, mais que maintenant on ne peut présenter un dossier qu’une fois tous les six ans. Ce qui se passe pose de très sérieux problèmes au regard du droit de la concurrence

Réunion Pêche Australe, qui regroupe 85 pêcheurs artisans, côtiers et hauturiers de La Réunion dans une entreprise commune, estime avoir été trompé par l’Etat car, depuis plus de deux ans, des assurances fortes avaient été données sur une plus grande ouverture de la pêcherie à la légine devant permettre aux pêcheurs réunionnais d’y prendre toute leur part.

Pour faire face aux grandes difficultés liées notamment à la baisse très importante du nombre de captures depuis 2017 (-35%), à la hausse considérable du prix des appâts, ou encore à l’inertie de l’État sur le renouvellement de leurs flottes de pêche, les pêcheurs de La Réunion demandent à pouvoir bénéficier d’un droit de pêche de 400 à 500 tonnes, sur les 6.000 tonnes répartis tous les ans.

Malgré le soutien de cinq parlementaires réunionnais, du Président du Conseil régional et du Président du Conseil général au projet porté par Réunion Pêche Australe, l’État a finalement estimé qu’il était prioritaire de maintenir la situation acquise des quatre opérateurs économiques historiques en place.

Cette décision est d’autant plus sidérante qu’elle intervient quelques semaines après que l’INSEE, dans une note[1] rendue publique en mai 2019, indique que " en trois ans, le chiffre d’affaires des armements de pêche australe s’est accru de 60% et s’élève en 2017 à 129 millions d’euros (…) avec un taux de marge de 79 % contre 67 % en 2014 ". Personne ne peut croire, à la lecture de ces chiffres, qu’il existerait un quelconque risque économique justifiant une telle protection accordée aux armateurs en place.

Réunion Pêche Australe déposera un dossier de demande de quota à la Préfecture des TAAF dans les jours qui viennent. La société en appelle au Président de la République pour qu’un arbitrage soit rendu à son niveau, et que les critères actuellement retenus soient modifiés pour permettre l’attribution d’un quota aux pêcheurs de La Réunion.

" Ce que l’État a fait, l’État peut le défaire : il n’est pas encore trop tard pour modifier les règles nouvellement promulguées et réparer cette injustice ", estime Stéphane Vienne, représentant des pêcheurs artisans et côtiers de La Réunion au sein de Réunion Pêche Australe.  " C’est la raison pour laquelle nous faisons appel directement à l’arbitrage du Président de la République, à qui nous venons d’adresser une lettre, et au soutien résolu des parlementaires et élus locaux de L’Ile de la Réunion ".

   

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Illustration : Kwa Films

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