Tribune libre du député Jean-Hugues Ratenon :

La République en Marche, robins des bois des riches !


Publié / Actualisé
Discours de Jean-Hugues Ratenon pour la Motion de rejet du Projet de loi de Règlement du Budget 2018 de l'Etat. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Discours de Jean-Hugues Ratenon pour la Motion de rejet du Projet de loi de Règlement du Budget 2018 de l'Etat. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Monsieur le président,
Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues

Pour démarrer mon propos, je vais vous citer quelques exemples de désengagement de l’Etat, d’annulation de crédits qui ne seront pas reportés.

Aide publique au développement : 171,9 millions d’euro d'autorisation d'engagement et 31,6 millions d’euro en crédit de paiement
Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales :  530,9 millions d’euro d'autorisation d'engagement et 19,6 millions d’euro de crédit de paiement
Cohésion des territoires : 454,7 millions d’euro d'autorisation d'engagement et 13,3 millions d’euro en crédit de paiement
Défense : 1,2 milliards d’euro d'autorisation d'engagement et 102 millions d’euro en crédit de paiement
Justice : 167,3 millions d’euro d'autorisation d'engagement et 53,6 millions d’euro en crédit de paiement
Outre-Mer : 72,5 millions d’euro d'autorisation d'engagement et 73,8 millions d’euro en crédit de paiement
Relations avec les collectivités territoriales : 131 millions d’euro d'autorisation d'engagement et 103,2 millions d’euro en crédit de paiement
Sécurités : 79,6 millions d’euro d'autorisation d'engagement et 27,2 millions d’euro en crédit de paiement
Travail et emploi : 2,4 milliards d’euro d'autorisation d'engagement et 14,2 millions d’euro en crédit de paiement
Culture : 35,7 millions d’euro d'autorisation d'engagement et 1,2 millions d’euro en crédit de paiement

Voilà les annulations de crédit que vous vous apprêtez à voter. Tout cet argent, c'est l'argent que le Gouvernement n'a pas investi pour changer notre pays. Cet argent, vous n'allez pas le reporter sur le budget 2019. C'est donc une perte sèche pour la population.

Pourtant, qui peut dire ici que nos militaires ont vu leur équipement renouvelé à neuf ? Qui peut dire ici que la cohésion des territoires s'est accrue ? Qui peut dire ici que le nombre de chômeurs en France a suffisamment diminué pour que l’État arrête d'investir ? Qui peut dire ici que le monde de la culture va mieux ? Qui peut dire ici que nos tribunaux ont les moyens de fonctionner correctement ? Qui peut dire ici que la vie de nos agriculteurs s'est améliorer alors qu'ils sont encore si nombreux à se suicider ? Qui peut dire ici que votre Gouvernement a permis aux territoires d'Outre-Mer de relever la tête ? Personne.
Personne, car aujourd'hui toute la société vous dit que l’État s'est désengagé de ses mission de service public. N'avez-vous donc rien appris des Gilets Jaunes et de l’état d’esprit des français ?

Alors, évidemment, on va me répondre que ces économies sont une bonne chose car elles participeraient à la réduction de la dette. Eh bien c'est faux !
De 2017 à 2018, le déficit budgétaire de l’État a augmenté de 8,3 milliards d'euros ! Alors, avant qu'on vous demande de rendre l'argent, on va poser la question : où est-il passé ? Qu'avez-vous fait de tout cet argent ? 8,3 milliards d'euros, c'est trop pour que ça ne soit que les homards et les autres dîners qu'on donne dans les ministères et à l'Elysée pendant que le peuple meurt de faim. Alors, Monsieur le Ministre, où est passé l'argent ?
L'argent n'a pas d'odeur, mais il laisse des traces ! Alors je vais vous dire où est passé une partie de cet argent : dans les poches des riches amis de Monsieur Macron ! Et je vais vous en donner quelques détails.

Suppression de l'ISF – Impôt de Solidarité sur la Fortune : 3,2 milliards. Cadeau !
Prélèvement forfaitaire unique (qu'on appelle aussi flat-tax) : 1,6 milliards d'euros. Cadeau !
Augmentation du CICE : 3,5 milliards d'euros. Cadeau !
Diminution du taux de l'impôt sur les sociétés : 1,2 milliards d'euro. Cadeau !

A cela, on peut évidemment ajouter la suppression de la taxe 3 % sur les dividendes, invalidée par le Conseil Constitutionnel : 1,8 milliards d'euros. Cadeau aussi !
En face de cela, les impôts non-progressifs, qui sont les plus injustes, ont augmenté.
+4,1 milliards d'euro de hausse sur la fiscalité énergétique.
+0,9 milliards d'euro pour les diverses augmentations de la TVA, notamment dans le secteur du logement et de la construction.

On nous fait les poches.

Pourtant, le Gouvernement continue à nous dire que le pouvoir d'achat a augmenté de 1 % en 2018. Mais, Monsieur le Ministre, pourquoi est-ce que vous ne venez pas nous dire à la tribune le détail de cette hausse ? Disons la vérité : seuls les riches ont gagné du pouvoir d'achat ! Si on prend les chiffres cumulés des mesures en 2018 et en 2019, les 1 % les plus riches ont gagné 3016€ mensuels en plus grâce à Emmanuel Macron et son Gouvernement ! Et les très riches sont encore plus gagnants. Les 0,1 % les plus aisés ont connu une augmentation de revenu disponible de 17,5 %. C'est donc un gain annuel allant de 32.000 euros à plusieurs centaines de milliers d'euros supplémentaires pour les 30.000 ménages les plus riches de France.

Aujourd'hui, le constat est donc très clair : vous prenez dans les poches des français les plus pauvres pour donner aux plus riches. Vous êtes les robins des bois des riches de ce pays ! Pour conclure, je pense à deux citations assez connues de Victor Hugo. La première nous dit que " c'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches ", et vous, députés de la majorité, vous chargez d'ouvrir les portes du paradis pour les riches et d'attiser les braises pour l'enfer des pauvres.

Mais, Victor Hugo disait aussi que " rien n'est plus puissant qu'une idée dont le temps est venu ". Et ça y est, nous l'avons vu avec les Gilets Jaunes et toutes les mobilisations sociales que ce pays connaît : le peuple veut la justice sociale et fiscale. Cette idée est désormais enracinée dans les esprits du grand nombre. Une chose est sûre : le temps viendra où le peuple reprendra le pouvoir, vous demandera des comptes, et voudra répartir les richesses avec justice. Ce jour-là, je serai de leur côté, comme je l'ai toujours été.
Cette motion de rejet est donc une motion de rejet de votre politique en général et pas seulement de ce texte.

Jean-Hugues Ratenon, député de La Réunion

   

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