Tribune libre du sénateur Michel Dennemont :

Carrière de Bois Blanc : lettre à la ministre de la Transition Ecologique et Solidaire


Publié / Actualisé
Madame La Ministre, Je souhaite vous sensibiliser sur le dossier de la carrière de roches massives ditela " Ravine du Trou-Bois Blanc " à La Réunion dans le cadre de la construction de la Nouvelle Route du Littoral dite NRL. Depuis maintenant plus de trois ans je suis aux côté de la population, des associations et des élus des trois communes concernées pour démontrer à l'Etat que ce projet de carrière est un non-sens écologique, économique et surtout une véritable catastrophe écologique et sanitaire. Et la justice nous donne depuis le début raison.
Madame La Ministre, Je souhaite vous sensibiliser sur le dossier de la carrière de roches massives ditela " Ravine du Trou-Bois Blanc " à La Réunion dans le cadre de la construction de la Nouvelle Route du Littoral dite NRL. Depuis maintenant plus de trois ans je suis aux côté de la population, des associations et des élus des trois communes concernées pour démontrer à l'Etat que ce projet de carrière est un non-sens écologique, économique et surtout une véritable catastrophe écologique et sanitaire. Et la justice nous donne depuis le début raison.

En effet le dossier de la carrière de " la Ravine du Trou-Bois Blanc " fait toujours l’actualité judiciaire à La Réunion : "Une victoire du droit " (JIR du 26 juillet 2019), " La NRL sanctionné par le Conseil d’Etat " (Le Quotidien 26 juillet 2019), " Le schéma départemental des carrières de 2014 définitivement annulé " (Imazpress 25 juillet 2019).

Encore une fois l’Etat est débouté dans le dossier de la carrière de " Ravine du Trou - Bois Blanc " à l’Île de La Réunion, et cette fois par le Conseil d’Etat : décision du Conseil d’Etat N°422743 du 24 juillet 2019. Certainement pour anticiper cette décision de justice les services de l’Etat ont pris l’initiative de convoquer la Commission Départementale de la Nature, des Paysages et des Sites : formation spécialisée dite " des carrières " en séance du 1 juillet 2019. D’autant plus que le seul ordre du jour était de valider l’existence de la Carrière de Bois Blanc dans le Schéma des Carrières.

Cette commission a validé le lancement de la procédure de modification du Schéma des Carrières. Dans son communiqué de presse la préfecture précise que cette procédure " nécessite la saisine de l’Autorité Environnementale puis une consultation du public ".

Aussi, Madame La ministre je vous demande de bien vouloir saisir l’Autorité Environnementale dans les meilleurs délais sur ce dossier sensible. Toutefois, je vous rappelle que nous sommes tous pour la réalisation de la NRL, et comme a répondu le jeudi 20 juin Madame la ministre de l’Outre-mer à la question du député Poudroux sur les solutions alternatives pour terminer cette route, il faut trouver les ressources mais aussi préserver les espaces, mais avant tout, il faut engager des discussions apaisées avant toute décision irréversible.

Techniquement je souhaite, comme beaucoup de réunionnais que l’on en revienne au tout viaduc comme préconisé par les premières études. Suite au dernier jugement rendu par le Conseil d’Etat, vous avez la possibilité, Madame La ministre, de stopper cette obstination de La Région Réunion et des services de l’Etat de vouloir absolument " passer en force " un projet de carrière qui va à l’encontre de la volonté de la population et surtout en contradiction avec les déclarations du chef de l’Etat dans le cadre de la protection de l’environnement.

Cette volonté des services de l’Etat ressemble, pour l’opinion publique, à un moyen de contourner des décisions de justice par un " tour de passe-passe " selon la presse du 2 juillet. Cette décision va à l’encontre des décisions de justice et des souhaits de la population. Cette décision met à mal le discours du 6 mai 2019 du Président de la République après avoir reçu une délégation des experts de l'ONU sur la biodiversité (IPBES) à l’Elysée.

En effet suite au rapport alarmant de l’ONU constatant la disparition imminente d’un million d’espèces, dont 37 à La Réunion, Le Président a annoncé que : "Ce rapport nous dit de manière claire que la biodiversité est un sujet aussi important que le changement climatique et que nous ne pouvons gagner cette bataille qu’en mettant ces deux objectifs ensemble".

Il appelle à " un changement profond " des modes de production. Nous assistons là, à un affligeant écart entre le discours et les actes ! Autoriser cette carrière c’est autoriser la destruction de plus de 35 hectares de nature alors que d’autres solutions existent et sont souhaitées par l’ordonnateur même du projet.

- Le Président de la Région Réunion, en personne, a déclaré au magazine national " Régions " en avril 2019, concernant les remblais : "Nous avons fait le choix de les récupérer sur des terres agricoles plutôt qu'en carrière, ce qui coûte plus cher mais est plus écologique."
- D’autant plus que la réserve marine sera également impactée au regard de sa proximité.
- Sur le site de Bois Blanc sont présents des espèces en danger de disparition imminente selon le rapport de l’ONU (Bois d'ortie, vanesse de Bourbon, caméléons, pétrel de Barau, chauves-souris Petit Molosse, Bois de lait.. pour ne citer qu’elles). Ce rappel est souligné par le juge du TA lui-même dans son jugement.

Alors que la population, les élus locaux, les associations représentatives, se sont exprimés à plusieurs reprises dans le cadre légale des enquêtes publiques contre ce projet de carrière, nous avons l’impression que l’Etat agit à contresens !

Les multiples manifestations de la population et les avis des élus ainsi que les dernières déclarations à la presse du Président de Région, montrent que nous avions raison, et que notre combat n’avait rien de personnel, mais relevait bien de l’intérêt général (ref la note de synthèse jointe)

Au regard des éléments du dossier, notamment des différents arrêtés illégaux du préfet, des non-respects du droit, tout au long de la procédure, en raison du risque écologique les réunionnais voient leur sentiment de suspicion grandir envers l’Etat dans le cadre de ce chantier.

J’ose espérer que La Réunion, haut lieu de la biodiversité mondiale, classée au patrimoine mondial, a autant d’importance pour nos dirigeants et gouvernants que n’importe quelle région de France territoriale même si elle se trouve à 10 000 km de Paris. L’Etat et le gouvernement ont la possibilité d’envoyer un message fort à la population en mettant immédiatement en pratique, deux des dix engagements demandés, par le mouvement du Président, aux futurs candidats aux prochaines élections :

- La mise en place d’une gouvernance participative associant les citoyennes et les citoyens, les corps intermédiaires et les associations : Dans ce dossier de carrière à Bois Blanc nous avons tous participé à la décision : les élus locaux, les associations et surtout la population se sont fortement exprimés contre la carrière de Bois Blanc trois fois de suite. Tout comme la CNPN du 21décembre2018.
- Faire de la transition écologique une priorité du mandat : détruire la biodiversité réunionnaise en autorisant une gigantesque carrière, avec un impact direct irréversible sur la faune terrestre et marine serait contraire à cet engagement.

Il faut aujourd’hui que le Gouvernement fasse preuve d’humilité, de sagesse, de respect des annonces faites. Comme l’a dit le Président de La République le 6 mai dernier, " Ce qui est en jeu est la possibilité même d’avoir une Terre habitable ". Il est urgent d’envisager que les pouvoirs publics se sont engagés dans la mauvaise voie.

Toute autre attitude pourrait laisser à penser à une certaine collusion entre l’État et les autres acteurs porteurs de ce projet de carrière à Bois Blanc.

Veuillez agréer, Madame La Ministre, l’expression de mes salutations dévouées.

Michel Dennemont, sénateur de La Réunion

   

1 Commentaire(s)

Gigi, Posté
Entièrement d'accord avec Michel Dennemont. Ce projet de carrière est une hérésie.